De l’impossibilité de concevoir un monde parfait

Une quadrilogie pour adolescents qui aborde les thèmes de la société utopique à caractère collectiviste, l’enfermement, l’aliénation, l’intolérance, mais aussi la liberté, le courage, le dépassement et l’affirmation de soi.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

De l’impossibilité de concevoir un monde parfait

Publié le 25 août 2020
- A +

Par Johan Rivalland.

J’ai découvert il y a maintenant une dizaine d’années, en lisant Le passeur de Lois Lowri, ce que je croyais être une trilogie jusqu’à ce que je découvre très récemment qu’un quatrième volume était sorti, dont je viens d’achever la lecture.

Une quadrilogie captivante et passionnante dont le premier tome a donné lieu à un film à succès que nous avions déjà eu l’occasion ici-même de présenter.

Une société insipide

Dans une société à la « Anthem », telle que pouvait l’imaginer Ayn Rand, nous voilà plongés au sein d’une société insipide, sorte de communauté sans couleurs (on comprendra pourquoi) dans laquelle tout est mis en œuvre pour refouler tout sentiment et toute velléité de questionnement sur une quelconque recherche de sens. Une société où les émotions sont anesthésiées et de toute évidence interdites ; pour le bien de la communauté.

De fait, on ne s’y pose pas de questions et on se met au service de la communauté. Qui seule compte. Chaque individu, on pourrait dire plutôt citoyen, est amené à occuper la place qui lui est dévolue en fonction de ses attributs. La notion de classe n’existe pas, pas plus que de différenciation sexuée (il n’y existe d’ailleurs pas de désir, ni de relations sexuelles, on comprendra aussi pourquoi). Tout le monde accepte ce qui est choisi pour lui dès sa naissance puis tout au long de sa vie. C’est ainsi.

Une société parfaitement égalitaire et sans histoire où chacun tient simplement la place qui lui est allouée.

Un monde sans histoires, mais aussi sans histoire

Une sorte de monde « idéal », où l’on ne connaît ni la guerre, ni la faim, ni le chômage, ni toutes ces souffrances qui émaillent notre monde. Une société qui, à première vue, peut donc faire rêver.

Mais une société de relative uniformité, sans passé reconnu, sans véritable contrariété. Où règne « l’Identique », construction humaine destinée à gommer toutes ces aspérités qui rendent la vie si difficile… mais aussi peut-être sans ce qui en assure le charme.

Un monde sans livre, ou presque, juste les recueils de règles et lois essentielles qui régissent la vie en société et les conduites à tenir. Un monde où courtoisie, politesse et confidences publiques quotidiennes et instituées, devenues quasi-mécaniques, assurent un équilibre collectif salvateur, tandis que chaque vie est réglée, comme pré-déterminée et tient compte des aptitudes observables de chacun. Mais comme dans toute société idéale, où l’on peut se demander si tout est aussi idéal qu’il y paraît.

Quatre volumes, quatre destins qui se croisent

… et quatre univers ou lieux différents.

Chacun des volumes peut se lire indépendamment des autres. Mais un fil conducteur existe. Celui présenté auparavant. Et il y a un certain charme à croiser ou retrouver certains des personnages des volumes précédents au gré de la découverte de chaque volume. Cela offre une cohérence d’ensemble intéressante et réjouissante.

Dans Le passeur, nous allons nous intéresser à Jonas, un jeune garçon de 11 ans qui va vivre une expérience unique et stimulante, mais tout à la fois très angoissante, qui a quelque chose de la souffrance christique. Et qui va venir bouleverser la relative stabilité de cette communauté un peu terne.

L’élue nous entraîne dans une autre communauté où, à l’inverse, règne la loi du plus fort, d’une certaine manière, dans les étroites limites de ce que posent les règles érigées par « les Sages », dont là encore on pourra se demander d’où leur provient ce statut privilégié et leur légitimité. Un contrôle sur les esprits et la société d’un type tout à fait différent, où l’on préfère laisser s’exprimer les mauvais instincts (au masculin et au féminin, dans ce qu’on peut imaginer de plus brutal), l’égoïsme au mauvais sens du terme et les caractères rustres, en contrepartie d’une stabilité relative.

Au détriment de l’individu, encore une fois, dont les droits les plus élémentaires ne sont que peu reconnus. Le personnage principal est une jeune fille souffrant d’un handicap à une jambe et qui ne devra sa survie, tant qu’ils seront encore en vie, qu’au caractère exceptionnel de ses parents (dans une société où même les parents rejettent habituellement toute faiblesse ou imperfection), puis à un don unique pour la couture, qui va jouer un rôle central dans cette histoire.

Dans Messager, d’une dimension plus fantastique que les autres, on a plaisir dans un premier temps à entrer dans une communauté où règnent l’harmonie et l’entraide. La bonté des gens trouve son origine dans l’histoire même de ses habitants et l’oppose à ceux des sociétés des volumes précédents.

Mais, à l’instar de ce qui se passe dans nos sociétés, quelques travers sont susceptibles de s’installer et de remettre en cause l’harmonie collective. De même certains personnages sont-ils susceptibles à eux seuls de venir changer les choses, par leur caractère exceptionnel, leur courage et leur persévérance.

Non sans une part de mystère, fruit d’une artiste de l’écriture, Lois Lowry, qui entend laisser libre cours à l’imagination et à la réflexion, laissant volontairement ouvertes certaines questions auxquelles nous ne savons pas toujours répondre nous-mêmes dans la réalité.

Enfin, Le fils referme la boucle. Nous retrouvons la société du « Passeur », dans laquelle nous allons suivre une partie de l’existence de Claire, une jeune fille dont le destin que lui réserve la Communauté, déterminé comme pour chacun à l’âge de ses 12 ans, est d’occuper le rôle de mère porteuse.

À la suite d’un événement imprévu, Claire va sortir petit à petit de sa torpeur, pour commencer à se poser des questions existentielles pourtant en principe endormies et qui n’auraient pas dû être.

Avec en filigrane une critique sous-jacente (indirectement) de la GPA et de toutes ces perversions humaines souvent issues des délires collectivistes. Sans que cela prenne une apparence engagée. Au fil de ces près de 500 pages passionnantes, nous allons passer progressivement d’une sorte d’engourdissement au questionnement et à la lente prise de conscience, puis à une véritable évasion vers un ailleurs étonnant et plein de surprises.

Une très belle série, que je conseille. Une idée lecture pour vos ados, ou pour vous-mêmes.

  • Lois Lowri, Le passeur,L’école des loisirs, 288 pages.
  • Lois Lowri, L’élue,folio junior, 256 pages.
  • Lois Lowri, Messager,L’école des loisirs, 192 pages.
  • Lois Lowri, Le fils, L’école des loisirs, 528 pages.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don
Le collectivisme tel que défini par Schäffle

Le collectivisme, tel que défini par Albert Schäffle, repose sur l'idée de la propriété collective des moyens de production, en opposition à la propriété privée.

Dans ce système, les biens-fonds, les ateliers, les machines et tout l'outillage nécessaire à la production seraient détenus collectivement par la société, plutôt que par des individus ou des entreprises privées. La concurrence capitaliste, avec ses dynamiques de marché, serait remplacée par une organisation sociale du travail centr... Poursuivre la lecture

La bureaucratie inca a jeté son filet sur tous ceux qu'elle gouvernait, les transformant en sujets dociles et obéissants.

Les exemples de contrôle gouvernemental sur la vie sociale et économique sont aussi vieux que l'histoire, et présentent toujours des caractéristiques universelles dans leurs effets pervers, indépendamment de l'époque ou du lieu. L'un des épisodes collectivistes les plus célèbres est celui des Incas et de leur Empire en Amérique du Sud.

L'Empire inca est né d'une petite tribu des montagnes péruviennes aux XIIe... Poursuivre la lecture

Dans Woke fiction - Comment l'idéologie change nos films et nos séries, Samuel Fitoussi* élabore une critique libérale du wokisme et de son impact sur le monde du cinéma et de la série. Un entretien réalisé par Baptiste Gauthey, rédacteur en chef de Contrepoints.

Contrepoints : Bonjour Samuel Fitoussi. Dans les dernières années, de nombreux essais politiques ont été publiés sur la question du wokisme. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur ce sujet, et qu’est-ce qui fait l’originalité de votre ouvrage ?

Passionné de cinéma,... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles