Jeunesse, l’autre échec de François Hollande

Publié Par Vincent Feré, le dans Politique

Par Vincent Féré.
Un article de Trop Libre

Parti socialiste-François Hollande(CC BY-NC-ND 2.0)« Si je reçois le mandat du pays d’être le prochain président, je ne veux être jugé que sur un seul objectif […] : est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ? » déclarait le candidat Hollande le 22 janvier 2012 au Bourget en s’adressant à une jeunesse « trahie, sacrifiée, abandonnée, reléguée ». Le constat était juste et la priorité justifiée dans un pays fort de sa démographie. Mais quatre ans plus tard, le président a déjà pu entendre la réponse des jeunes au candidat : non, ils ne vivent pas mieux en 2016 qu’en 2012 !

Crise sociale et défiance politique

Sans doute, parler de la jeunesse relève d’une simplification abusive car, à l’image du reste de la société, les inégalités se sont creusées en son sein. Nul ne peut nier la réalité d’un fort clivage intra générationnel et le président du Secours populaire, Julien Leprêtre, indiquait récemment que 249 000 jeunes, dont 25 000 étudiants, ont été aidés en 2014 contre 105 000 en 2010 ! Une étude conduite en 2014 par les sociologues Camille Peugny et Cécile van de Velde révèle que 45% des 18-25 ans imaginent que leur vie sera pire que celle de leurs parents : le pessimisme envers l’avenir, le sentiment de frustration sociale sont bien le lot commun de toute une génération.

La crainte du chômage et l’inquiétude manifestée face à la loi El Khomri renvoient du reste à une réalité vécue par beaucoup de jeunes : l’âge moyen d’obtention du premier CDI a reculé de 22 à 28 ans entre 1992 et 2016 et les 15-24 ans connaissent un taux de chômage de 24%1 – deux fois plus que le taux global – même si le calcul ne porte que sur ceux qui sont dans la vie active, la majorité d’entre eux continuant de se former.

Désenchantée socialement, la jeunesse est aussi désabusée politiquement : au premier tour des régionales de 2015, 75%2 des 18-25 ans se sont abstenus et le Front national est devenu, chez ceux qui votent, le premier parti de France, juste devant les Républicains. Une loi de la science politique a donc vécu : « la jeunesse vote à gauche ». Le pouvoir socialiste a manqué son rendez-vous avec elle.

Un quinquennat pour rien

Si le bilan des emplois d’avenir est mitigé – ils ont permis un temps de diminuer légèrement le nombre des chômeurs parmi les 15-24 ans3 -, celui des contrats de génération, une mesure phare du candidat Hollande en 2012, a été jugé récemment par la Cour des Comptes, « hybride », « peu lisible », avec « effet sur le chômage quasiment négligeable ».

En matière d’apprentissage, si le président de la République a affiché en janvier 2016 l’objectif « qu’aucun apprenti ne soit sans employeur et qu’aucun employeur ne demeure sans apprenti », les premières mesures du quinquennat, et notamment en mars 2013 l’abrogation d’une disposition autorisant l’apprentissage pour les jeunes à partir de 14 ans, n’ont pas permis de combler le retard français en la matière : la France compte aujourd’hui deux fois moins d’apprentis que le Royaume Uni. Quant à l’École, personne n’osera dire que la réforme des rythmes scolaires et celle du collège ont tenu lieu de refondation. Le bilan est accablant mais le politique, s’il veut renouer le lien avec la jeunesse, ne doit pas se tromper sur ses attentes.

Les attentes de la jeunesse

En dépit de quelques slogans trompeurs dans les cortèges des récentes manifestations, les jeunes sont aujourd’hui beaucoup moins sensibles qu’il y a dix ans, au moment de la crise du CPE, aux mots d’ordre d’une certaine gauche. Depuis longtemps d’ailleurs l’UNEF ne les représente plus. 2016 n’a donc rien à voir avec 2006 et encore moins avec mai 1968. L’étude de Camille Peugny et Cécile van de Velde le montre bien : la jeunesse n’est pas en conflit sur les valeurs ; elle ne rejette pas la société, elle se désespère de ne pas y trouver sa place. Elle déclare du reste accorder une grande importance à la valeur travail.

Dans le fond, les jeunes sont à l’image de la société dont ils partagent les difficultés. Ils ne veulent pas en découdre avec leurs aînés, ils sont comme eux dans l’attente d’une réponse politique qui aille au-delà de mesures technocratiques, catégorielles et finalement inefficaces. S’« il n’est de richesse que d’hommes » (Jean Bodin), le pays aurait tout intérêt à ouvrir ses portes à la jeunesse : qui peut dire que dans les entreprises, les partis politiques, les institutions ce soit aujourd’hui le cas ?

En matière de formation ne mérite-t-elle pas mieux qu’un système sclérosé, obsolète, résumant tous les blocages et les conservatismes français ? N’est-ce pas finalement autour de cette thématique que le politique peut espérer regagner le crédit perdu auprès des jeunes ? Le défi est immense. La gauche, embarrassée par ses a priori idéologiques et un électoralisme d’un autre âge n’a pas su le relever. C’est donc à la droite de s’en charger.

Le défi de la formation

Si les jeunes aujourd’hui ne se voient pas d’avenir et s’ils se défient des institutions, c’est en grande partie la faute d’un système de formation qui persiste à orienter par l’échec en fonction d’objectifs statistiques nationaux. On devrait s’inquiéter du taux de réussite à l’université – 25 % des étudiants en droit a eu la moyenne au premier semestre dans un grand établissement de province -, on devrait même s’en scandaliser.

Pourtant depuis trente ans au moins rien n’a été fait pour remédier à une telle situation. Qui de bonne foi peut s’étonner de ce chiffre quand parallèlement, dans la même académie, on poursuit la politique consistant à décourager les élèves qui voudraient s’orienter dans la voie professionnelle au motif absurde qu’il faut augmenter le taux de passage en seconde générale, le seul critère d’évaluation des collèges ?

À quand une politique éducative respectueuse des jeunes ? Dans le même temps, comble de l’hypocrisie, l’institution feint de s’interroger sur les causes du décrochage scolaire. Mais 32% des décrocheurs qui constituent la majorité des 150 000 jeunes sortis chaque année du système sans diplôme le fait en classe de seconde. N’y aurait-il pas par hasard une relation entre ce chiffre et le système d’orientation ? Il serait temps de prendre la mesure des conséquences morales, sociales, économiques d’une telle situation et définir la politique de formation au plus près des réalités du terrain.

Il faut donc en finir avec le monopole de l’État en matière de formation de la jeunesse.

Après le ministère de l’Instruction publique et celui de l’Éducation nationale, pourquoi pas d’ailleurs un grand ministère de la Formation, régulateur et coordonnateur en la matière ?

Un rapport de Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’Éducation nationale, intitulé Grande pauvreté et réussite scolaire, et daté du printemps 2005, avance comme remède aux maux du système une alliance éducative entre les parents d’élèves, les collectivités territoriales et les associations. Ajoutons-y les entreprises et il y a là les bases d’un contrat renouvelé entre l’école et la nation, entre la nation et la jeunesse.

Un programme digne d’un candidat à l’élection présidentielle ?

Sur le web

  1. La Croix du 15 mars 2016.
  2. Le Point.fr du 10 décembre 2015.
  3. L’express emploi du 6 février 2015.
  1. Echec sur toute la ligne ! Il a quand même réussi à inverser la courbe de la sécurité routière (dans le mauvais sens, bien sûr) …

  2. Si si, Hollande a fait beaucoup pour les jeûnes.

  3. Pour les apprentis, de nouvelles taxes y pourvoiront. Avec + 5% de TVA sur les entreprises sans apprenti, elles se rueront sur les jeunes.

    Mauvaise idée ❓ Mais ils ne savent rien faire d’autre :mrgreen:

  4. Ce n’est pas un échec plus spécifique qu’un autre à cause de ses promesses. Promesse pas envers les jeunes,son boulot était que tout aille bien et mieux.
    L’échec vis-à-vis de la jeunesse n’est qu’une partie de l’échec global du socialisme !

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