Qui m’a fait grossir ?

Personne ne tique lorsque nous racontons comment les industries de l’alimentation et des boissons nous ont fait grossir, ont bouché nos artères et nous ont rendus incapables de faire de bons choix pour notre santé. 

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Qui m’a fait grossir ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 janvier 2023
- A +

Un article du Risk-Monger

 

Chaque jour on nous alerte : les taux d’obésité explosent. Une épidémie de diabète est imminente. La crise due à nos modes de vie et à notre alimentation va réduire notre espérance de vie. Et bien entendu, l’industrie de la restauration rapide s’en met plein les poches en nous tuant !

Est-ce vraiment une surprise si, dans un monde où nous accusons l’industrie de tout (le réchauffement climatique causé par les géants du pétrole, les entreprises de la chimie qui nous empoisonnent, l’air pollué par les usines qui attaque nos poumons, les banques qui prêtent de manière irresponsable, les géants de la pharmacie qui soudoient nos médecins…) nous accusons aussi l’industrie de cette épidémie d’obésité ? Personne ne tique lorsque nous racontons comment les industries de l’alimentation et des boissons nous ont fait grossir, ont bouché nos artères et nous ont rendus incapables de faire de bons choix pour notre santé. Nous lisons tous les livres, nous voyons les films, nous parcourons les réseaux sociaux jusqu’à être convaincus que l’industrie alimentaire s’est comportée d’une manière vraiment épouvantable. Pauvres de nous.

Ce jeu de la recherche du coupable est tellement convaincant que les États s’y sont mis et nous défendent avec des idées de « taxes anti-obésité » qui rapportent, dernièrement au Mexique. Peut-être qu’une partie du produit de ces taxes pourrait être dépensée en investissant dans des jardins publics, des fontaines pour les joggers, des équipements sportifs sécurisés en zones urbaines et de l’information du public sur la santé par la nutrition, mais qui suis-je pour perturber une grande campagne d’accusations avec des faits ? Voyez comme le blog du Risk-Monger a pronostiqué le destin fatal de la taxe anti-obésité danoise.

L’industrie de l’alimentation et des boissons n’est pas irréprochable – elle produit une large gamme d’aliments et de boissons qui renforcent le goût plutôt que la satiété, accompagnés de campagnes marketing très tentantes (je résiste très mal au chocolat belge – une faiblesse responsable d’au moins 20 kg de ma masse corporelle). Comme toujours dans ce monde, certains dans l’industrie ont transgressé les règles (étiquetage trompeur, ingrédients de mauvaise qualité et emballage inadéquat), mais ces entreprises en payent généralement le prix en perte de confiance, perte de marchés et comme on le voit souvent, disparition. Les grandes entreprises savent bien qu’elles doivent protéger leurs marques avec des pratiques responsables et des codes de bonne conduite, alors que les entreprises louches qui veulent faire des coups rapides noircissent la réputation de l’industrie alimentaire avec des pratiques marketing douteuses. Pour faire durablement des affaires, l’industrie n’a aucun intérêt à tromper ni à tricher.

Pour rester à flot, les entreprises de l’alimentation et des boissons doivent répondre aux exigences du marché. L’une d’entre elles est la nourriture pas chère (et il semble qu’on reproche à l’industrie d’avoir fait cela). Une autre exigence est la nourriture saine et l’industrie s’y est conformée avec une grande variété de produits sûrs et pratiques, fruits et légumes, pâtes aux céréales complètes et une large gamme de produits aux propriétés nutritionnelles améliorées (les « alicaments »). Aucune de ces évolutions n’est due à la réglementation étatique ni aux taxes. L’industrie de l’alimentation n’essaie pas d’empoisonner les gens, elle répond aux attentes du marché.

 

Mais j’ai grossi et je suis en colère !

Et pourtant j’ai grossi et maintenance je suis en colère ! Puisque l’État ne prend pas ses responsabilités et que je ne vais certainement pas m’accuser moi-même pour ce que j’ai ingéré ou pour mon manque d’exercice, alors avec l’aide de mes amis qui refusent aussi de se contrôler eux-mêmes, nous sommes tombés d’accord sur le fait que l’industrie alimentaire (insérez ici le logo de l’entreprise que vous détestez le plus) est coupable et doit en payer le prix (procès, pétitions, campagnes pour exclure certaines entreprises…)

Cela fonctionne encore mieux si ces campagnes contre l’industrie qui nous empoisonne peuvent être reliées à la destruction de l’environnement et à des effets néfastes sur la santé (voyez les campagnes contre les déchets d’emballages, les additifs chimiques, la destruction de la forêt tropicale par l’huile de palme mauvaise pour la santé, les inefficiences en agriculture et le gaspillage alimentaire). Les réseaux sociaux sont remplis de ces campagnes d’accusations et il y a un grand catalogue de livres et de films à succès (comme Food, Inc. ou Supersize Me) pour renforcer ce biais de confirmation.

Et si c’était l’industrie qui fournissait une solution ?

L’industrie pharmaceutique est à la recherche du Graal de la pilule de régime qui permettra de faire fondre la graisse. Nous voulons des solutions sans effort – la panacée d’une pilule. Nous faisons appel à des opérations chirurgicales sur notre estomac, mais le problème ne disparaît pas pour autant.  L’industrie alimentaire nous propose des alternatives saines, nous avons des programmes de sport et suffisamment d’information et pourtant nous continuons à opter pour de mauvaises habitudes et à accuser les autres.

Et si l’épidémie d’obésité était due, non pas à notre nourriture mais à la manière dont nous la métabolisons ? Des études récentes ont examiné si l’obésité est liée à certains types de bactéries dans nos intestins. Par exemple, des chercheurs de l’Université de Washington à Saint- Louis ont publié dans la revue Science que le fait d’avoir le bon type de bactéries intestinales exerce une influence notable sur le poids corporel.

Si des déséquilibres bactériens sont la clé de l’obésité, alors il se pourrait bien que l’industrie alimentaire propose des produits qui nous permettrons de les rectifier (c’est soit ça, soit une transplantation de matière fécale… qui ne fait pas trop envie). Alors, adopterons-nous une attitude plus positive envers l’industrie alimentaire, si celle-ci travaille à innover pour sortir des produits qui vont me faire mincir en rééquilibrant les bactéries dans mes intestins ? Ça m’étonnerait. Je suis certain que nous protesterons contre les prix élevés ou l’accès limité (ce sont les populations les plus pauvres qui font la plus grande partie de l’obésité morbide). Certains vont émettre des objections contre le fait que des produits non naturels jouent avec les niveaux de bactéries dans nos intestins (il se répandra des craintes que l’addition de bactéries pourrait provoquer d’autres problèmes). Des organisations vont mal étiqueter ou mal utiliser les produits qu’elles commercialiseront et d’autres, pour des raisons évidentes d’intérêt, exigeront qu’ils soient réglementés comme des substances pharmaceutiques (biocides ?).  Oh et n’oublions pas les programmes de régime et les best-sellers !

Ensuite il y aura la question de savoir qui accuser de l’origine du déséquilibre bactérien. Peut-être l’industrie des produits de nettoyage ? Ou peut-être l’usage des antibiotiques ? Faites monter la fureur !

 

Je me suis fait moi-même grossir !

Tant que nous n’aurons pas appris à cesser d’accuser les autres de nos faiblesses, nous resterons des enfants. Ce n’est pas l’industrie de l’alimentation qui m’a fait grossir, il n’y a pas de doute, c’est moi (… en fait c’était mon épouse mais là ça devient compliqué de l’accuser !). Les 20 kg que j’ai perdus (et que je n’ai pas repris) durant les cinq dernières années sont à porter à mon crédit, mais j’ai été aidé par l’industrie alimentaire avec un accès facile à des produits riches en fibres, des salades fraîches pratiques et un étiquetage clair (volontairement adopté par l’industrie). Le fait de courir deux ou trois marathons par an n’a pas fait de mal non plus.

Ceux comme le Risk-Monger qui parviennent à perdre du poids peuvent se permettre d’être honnêtes.   Ceux qui n’ont pas réussi continuent à alimenter leur déprime avec une surabondance de sucreries, sodas, snacks… et une indignation malsaine envers les fabricants d’aliments. Ne désespérez pas, l’industrie alimentaire vous proposera une solution plus facile. Espérons que ceux qui mènent des campagnes de peur n’interféreront pas avec des innovations qui sont clairement dans l’intérêt général.  Et en ce qui concerne les États qui continuent à taxer certains aliments et boissons, peut-être que… mais bon, passons.

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  • « ces entreprises en payent généralement le prix en perte de confiance, perte de marchés et comme on le voit souvent, disparition » – l’industrie sucrière, dont le lobby a réussi, pendant des décennies, à faire croire que le sucre était bon pour la santé ( et les édulcorants cancérigènes, mutagènes et autres vilains noms en -gène ) n’ a pas réellement disparu et continue de parvenir à ajouter du sucre dans les produits les plus surprenants : telle marque d’harissa en contient, depuis peu, 15 % et a maintenant un goût de confiture épicée, et trouver une sauce tartare sans sucre relève plus de Tom Cruise et « mission impossible 225 » que de la recette originale.

    Quant à l’étiquetage clair « volontairement adopté » après des réglementations publiques draconiennes, « 30% de sucres en moins », en caractères gras, est toujours beaucoup plus lisible que la teneur réelle en sucre

    -2
    • Certes, notre tropisme naturel pour le sucre et le gras est exploité par l’agro-industrie.
      Mais rien n’empêche personne, aujourd’hui, de s’informer sur la bonne alimentation.
      De même, personne ne nous interdit de faire de l’exercice, dont l’absence est aussi mortifère que la mauvaise alimentation. Et là, impossible de rejeter la faute sur autrui. Aucun industriel ne nous cloue sur le canapé devant TéléFoot.
      Le pire esclavage est de ne pas savoir disposer de soi (Jean Bulher).

    • le sucre est bon pour la santé…ou mauvais ..il ‘y pas que l’industrie qui propage des messages simplistes sur l’alimentation..

  • Encore une fois, L’État se fout de ses électeurs. Et pourtant faire des lois et interdire, il connaît. Mais c’est vrai, le politicien qui s’attaquerait trop au lobby subirait une campagne de dénigrement qui compromettrait sa réélection. Alors, par lâcheté, laissons l’industrie agroalimentaire faire ce qu’elle veut. Après tout, en France, c’est le trou de la sécurité sociale qui paye les malades de la mal bouffe.
    L’exemple de l’éducation anti mal bouffe vient du Pérou où il y a obligation de noter sur les emballages des aliments 5 logos noirs (trop de sucre, trop de graisse, trop d’additifs,…). Les enfants sont éduqués dès l’école primaire pour n’acheter que des aliments ayant au maximum 1 seul logo.
    Mais dans notre pays qui s’enorgueillit d’être le pays de la meilleure cuisine, on ne va pas dénigrer la mal bouffe.
    Si d’aventure, vous prenez la route pour faire un Paris Marseille en plusieurs jours vous vous rendrez compte qu’à chaque repas, vous avez droit au « poulet au curry » sur la carte et qu’il est 100% identique quelque soit l’étape. C’est ça la bonne bouffe en France. En Italie, tout plat surgelé servi dans un restaurant doit être identité comme tel sur la carte.
    Comme dans tout les domaines en France, il y a la mal bouffe pour les sans-dents et les bons aliments pour l’élite.

    -2
    • qu’avait vous contre le lobbying? si demain les députés veulent voter une loi pour limiter la consommation de viande..ben NORMAL que les boucher aillent les voir..

  • Perso j’appelle ça de la sélection naturelle.
    Si comme Alexis Corbière vous n’êtes pas capable de vous contrôler devant de la bouffe et de lire les étiquettes avant de vous ruer sur les glucides comme comme la vérole sur le bas clergé, l’Etat ne pourra pas grand chose pour vous aider. Personne ne peut vous aider. You are beyond help…
    Comme par ailleurs en dehors des compétences régaliennes, l’Etat est en général contre productif, je pense que leur action va augmenter l’obésité. En revanche, utiliser ce prétexte pour garnir les caisses de l’Etat, ça c’est « productif » au yeux des psychopathes de la taxation qui nous gouvernent.
    J’ai pris du poids à une époque et j’ai réagi. Tout est sous contrôle maintenant. Et d’ailleurs, comme disait le bon vieux Georges:
    « Si j’ai trahi les gros les joufflus les obèses,
    C’est que je b… que je b…. que je b….,
    Comme un bouc un Bélier,
    Une bête une brute,
    Je suis hanté, le rut , le rut le rut le rut. »
    Georges Brassens.

    • poh poh poh…et demain une famine.. qui survit? ce n’est pas un hasard si certain ont une tendance à grossir, c’ets AUSSI un atout pour survivre..
      on est pas adapté par contre..à la nourriture si facile d’accès..
      éducation..

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