Huile de palme : une huile bien meilleure que sa réputation

nutella By: Emily Poisel - CC BY 2.0

Pourquoi l’huile de palme est-elle devenue si discréditée au cours des dernières années par le Parlement européen ? OPINION

Par Edgar L. Gärtner1.

L’huile de palme d’Asie du Sud-Est a actuellement très mauvaise presse en Europe, mais ce n’a pas été toujours le cas. Cependant, depuis un certain temps, une résistance considérable à l’importation et à l’utilisation d’huile de palme s’est installée en Europe en raison de malentendus, d’informations erronées ou de motifs protectionnistes.

L’année dernière, le Parlement européen était sur le point d’interdire ladite huile tant convoitée à partir de fin 2020 dans le cadre de son usage pour le biodiesel. Lors d’un dialogue à trois, le Parlement européen a ensuite convenu avec la Commission européenne et le Conseil européen de reporter l’interdiction à 2030.

Une huile avantageuse

Les avantages de l’huile de palme en tant que matière première dans la production de tensio-actifs pour les produits de nettoyage et cosmétiques, de biodiesel ou de pâte à tartiner comme le Nutella, par exemple, sont évidents si on les compare à d’autres huiles végétales telles que l’huile de colza ou de soja : l’huile de palme contient particulièrement un grand nombre d’acides gras dont la longueur moyenne de la chaîne contient 10 à 14 atomes de carbone.

Par conséquent, elle peut être traitée sans qu’on ait beaucoup recours à la chimie. Et ce qui est encore plus important d’un point de vue écologique : un hectare de palmiers à huile produit environ cinq à six fois plus d’huile qu’un hectare de colza. La culture des palmiers à huile revient moins cher que la culture du soja. De plus, les plantations de palmiers à huile nécessitent peu d’engrais et pas de pesticides. Leur traitement coûte aussi moins de carburant. L’huile est extraite sans l’utilisation de solvants et d’additifs chimiques. Et comme l’huile de palme est solide et durable à la température ambiante, elle est facile à transporter et à stocker.

Pourquoi, alors, l’huile de palme est-elle devenue si discréditée au cours des dernières années par le Parlement européen ?

Victime de son succès

D’une certaine manière, l’huile de palme a été victime de son succès. En raison de la croissance rapide de la demande sur le marché mondial, l’Indonésie et la Malaisie, qui représentent ensemble 85 % du marché, ont défriché de plus en plus de forêts tropicales primaires pour les plantations d’huile.

Une partie des ONG vertes voudrait empêcher la conversion des forêts primaires dans les plantations de palmiers à huile, mais le WWF a présenté le concept de la production durable d’huile de palme. À son initiative en 2004, s’est réunie à Zurich la table ronde sur le palmier durable (RSPO).

L’huile de palme certifiée RSPO est sur le marché depuis fin 2008. La Malaisie a maintenant décidé que d’ici fin 2019, toute l’huile de palme devra être certifiée conformément à la norme malaisienne sur l’huile de palme durable.

Les ONG environnementales non impliquées critiquent cette coopération en la qualifiant de greenwashing.

Cela a éveillé l’attention du Parlement européen. Un rapport qui lui a été présenté début 2017 affirme que 40 % de toutes les pertes de forêts dans le monde sont causées par la production d’huile de palme. Mais d’où provient ce nombre ?

Des chiffres

Trois agronomes du Centre de recherche français sur la durabilité, le Cirad, ont enquêté sur cette question sur la plateforme The Conversation. Ils ont pu montrer que ce pourcentage était basé sur une interprétation erronée des statistiques de la FAO. Il n’y avait que 40 % des autorisations pour l’agriculture intensive en Indonésie, selon le propos tenu.

Par ailleurs, il se trouve que la plus grande partie de ce chiffre provient des plantations destinées à la production de papier. En réalité, 2,3 % seulement des défrichements de forêts primaires dans le monde sont liés à la plantation de palmiers à huile. Ce qui est bien moins dramatique que le chiffre présenté dans les publications des ONG. On ne sera pas surpris du fait que l’adoption du mauvais pourcentage en Indonésie et en Malaisie par le Parlement européen ait suscité de violentes réactions diplomatiques de la part des pays producteurs d’huile de palme.

Les représentants de ces pays en développement peuvent souligner que la culture de l’huile de palme a permis à des centaines de milliers d’habitants de s’affranchir d’une vie de pauvreté, d’autant que 40 % de la production d’huile de palme provient non pas de grands propriétaires, mais de petits producteurs possédant moins de 25 hectares. L’Institut pour l’économie mondiale de Kiel (IfW) souligne également qu’une interdiction de l’huile de palme en Europe affecterait les producteurs certifiés pour desservir le marché européen.

L’UE indiquerait ainsi à tous les producteurs d’huile de palme qu’il n’est pas intéressant de s’attaquer aux problèmes de durabilité. En outre, le remplacement de l’huile de palme en tant que matière première ne ferait qu’alimenter la demande de produits de substitution tels que l’huile de colza ou de soja. Cependant, étant donné que leur culture nécessite davantage de terres, d’engrais et de pesticides, cela rendrait un mauvais service à l’environnement. Les récriminations de la FNSEA contre l’importation d’huile de palme par la société pétrolière Total suivent donc des motivations protectionnistes et ne favorisent ni l’environnement ni les pays pauvres.

Afin d’aider spécifiquement les petits producteurs d’huile de palme, il serait judicieux de leur fournir un accès à des semences de qualité et à une meilleure formation axée sur l’idéal de la durabilité grâce à des crédits dont ils pourraient bénéficier.

  1. Edgar Ludwig Gärtner est hydrobiologiste, écologiste et essayiste politique. Il travaille en Allemagne et en France. Il a écrit pour plusieurs magazines, dont Science & Vie, Ökologische Briefe et WWF-Journals.