L’utilisation de l’argent public en question

En quoi est-il légitime de faire financer par la collectivité des « ateliers de désobéissance civile » ?

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L’utilisation de l’argent public en question

Publié le 26 septembre 2022
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Une fois encore, l’actualité nous interpelle sur les finalités de l’argent public. Comment peut-on en arriver, et sous prétexte d’intérêt général, à financer des actions hostiles aux lois du pays via un financement public, donc au nom des contribuables ? N’est-ce pas là pure hérésie ?

 

Une conception étonnante de l’intérêt général

Stupeur dans la ville de Poitiers : une association se définissant comme un « mouvement citoyen pour le climat et la justice sociale », Alternatiba, organise – dans le cadre de ses rencontres annuelles en lien avec d’autres associations (dont Extinction Rébellion et Greenpeace) – des ateliers de « formation aux actions de désobéissance civile ».

Problème : ces associations reçoivent de la collectivité, comme beaucoup d’autres, des subventions annuelles. Ce qui suscite la réaction bien compréhensible du préfet de la Vienne, Jean-Marie Girier, demandant à la maire de Poitiers Léonore Moncond’huy et à la présidente de Grand Poitiers Florence Jardin de retirer leur subvention respective à cette association, dans la mesure où le contrat d’engagement passé avec les associations subventionnées établit clairement qu’elles « ne doivent entreprendre ni inciter aucune action manifestement contraire à la loi, violente ou susceptible d’entraîner des troubles graves à l’ordre public ».

Car de contestation de lois il est bien question. Pour la défense d’une cause qui leur est propre et dont les contribuables ne devraient pas avoir à contribuer au financement (c’est bien là le problème plus général du financement aux associations, qui est très souvent équivoque).

 

Le soutien de la maire et de la députée de Poitiers

D’ores et déjà, la maire écologiste de Poitiers, Léonore Moncond’huy – connue pour sa conception assumée des subventions publiques (et sur le contrôle éventuel à exercer sur les « rêves d’enfant ») – laisse entendre clairement qu’elle ne retirera pas la subvention municipale à cette association. Quant à la députée NUPES Lisa Belluco, sa réaction est sans équivoque (voir encadré de l’article en lien hypertexte plus haut, que je remets ici). Notons entre autres que selon elle, ce sont surtout « les effets du dérèglement climatique qui risquent de générer des « troubles graves à l’ordre public » à court terme ». Ce qui justifierait la qualification de cause d’intérêt général attribuée à cette initiative, et donc à la désobéissance civile. On sait à quel point les élus se disent préoccupés par l’intérêt général… Un concept bien flou, dont on n’ignore pas à quel point il peut être manipulé à la guise de chacun et servir de caution à bien des discours politiques, pas toujours sans dangers.

Quant à savoir ce que l’on entend par « désobéissance civile », on peut craindre que les idées d’Henry David Thoreau, ne soient malheureusement une fois de plus trahies, par méconnaissance mais aussi dérive au regard des intentions originelles. Nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer la trahison de l’esprit de Thoreau et le dévoiement de sa pensée (comme d’autres, en d’autres domaines, ont vu directement leur nom associé à des idées qui ne leur appartenaient pas ; je pense à la taxe Tobin).

Des questionnements liés à la tyrannie de la majorité, tels qu’abordés en son temps notamment par Alexis de Tocqueville, nous savons bien qu’aujourd’hui nous sommes plutôt passés au problème inverse : celle de la tyrannie des minorités.

 

« Agir pour un monde juste »

Le problème est que – comme tant d’autres – cette association se présente comme un mouvement qui « agit pour un monde juste ». Chacun ayant sa conception sur le sujet, jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour défendre ses idées sur ce qu’est un monde juste ? Il semblerait que l’association se garde de vouloir recourir à la violence pour tenter d’imposer ses idées. Il n’empêche que d’après ce que j’ai pu entendre dans une chronique radio, des débats auraient lieu au sujet des formes violentes ou non violentes auxquelles recourir pour ces actions (ont-ils lu Camus ?).

Le problème de la désobéissance civile est que l’on peut imaginer autant de motifs de « désobéir » qu’il existe d’opinions sur des tas de sujets divers. On n’en finirait pas de désobéir à la loi, chacun ayant ses raisons, jusqu’à faire perdre tout sens à celle-ci.

En outre, le vrai courage n’est pas dans la vertu supposée de l’opposition, qui consiste souvent à vouloir exister, s’afficher, se manifester soi-même, être dans la posture (voire l’imposture) de celui qui se veut généreux, visionnaire, humaniste, ou je ne sais quoi d’autre (il existe beaucoup de « professionnels » en la matière). Le vrai courage est de savoir – en des temps ou circonstances bien particuliers et bien spécifiques – ne pas se soumettre à des lois aveugles, autoritaires, d’essence totalitaire, en un mot iniques, nécessitant une forte dose de connaissance, de réflexion et de sens de la mesure. Ce qui n’a rien d’évident, et fait appel aussi à un grand sens de l’humilité.

 

Dans ce cadre – et c’est bien la question centrale – il semble en tous les cas incompatible d’entendre « résister » à des lois publiques, en passant par cela par des moyens financiers assurés par la collectivité, au nom d’idées de minorités qui s’auto-proclament défenseurs d’une certaine conception du monde qui n’est pas forcément partagée par les contribuables dans le cadre d’un système basé sur la représentation du peuple par des élus ; et ce, quelles que soient les critiques que l’on peut émettre à l’endroit de ce système et de ses défauts.

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  • Excusez-moi, je m’absente, je vais aux toilettes garanties sans caméra…
    Certains deviennent fous.

  • La désobéissance civique est depuis longtemps subventionnée. Lorsqu’on multirécidiviste reçoit un « rappel à la loi » Pour son Nième méfait, on ne peut pas dire que le juge applique la loi. Le juge n’est absolument pas sanctionné.
    Et les élus écolos qui sont sensés appliquer la loi en tant qu’élus, s’assoient allègrement dessus. Le premier qui a montré le chemin s’appelle N. Mamère : il a procédé à un mariage gay alors que la loi l’interdisait et tout le monde l’a applaudi au lieu de le destituer. Il a même été ré-élu.
    Alors si les Français veulent une société où quels les tondus appliquent la loi, ils ne doivent pas se plaindre.

  • Depuis longtemps je suis opposé à toutes subventions à toutes associations. Les associations doivent s’autofinancer par de l’argent privé versée par des individus à titre privé et non déductible des impôts. Il est scandaleux que des associations dont je combats les idées (et par la période troublée que nous vivons elles sont nombreuses) touchent mon argent via les impôts et les taxes. En ce qui me concerne une asociation qui ne peut se financer par ses adhérents n’a pas d’utilité ni d’intéret puisqu’elle ne réuni pas asser d’individus pour exister. Il en est de même bien sur des groupements, syndicats etc…Il est inadmissible que des assocaitions minoritaires finissent par imposer leurs idées contre l’avis de la majorité via le système actuel qui est totalement perverti et à la discrétion de gens qui ne représentent qu’une rés faible partie des élécteurs. Un peu d’ordre dans le désordre de cette france et europe décadentes ne ferait pas de mal.

    • La plus connue et plus importante association qui vit des deniers publics (plus d’un milliard d’euros par an) est sans nul doute OXFAM

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