Législatives : les stratégies de Mélenchon et Macron

Voici les trajectoires prises par les acteurs majeurs de deux des trois blocs, la gauche mélenchoniste et le centre macronien, ainsi que leur suite logique dans cet entre-deux élections.

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Jean-Luc Mélenchon by Prachatai (CC BY-NC-ND 2.0)

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Législatives : les stratégies de Mélenchon et Macron

Publié le 6 mai 2022
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Bien qu’il ne se situe que peu de temps après la survenue inattendue de la pandémie de la Covid-19, qui habilla 2020 d’une aura d’étrangeté maudite, le cru 2022 entrera dans les annales de l’histoire, mondiales et françaises, comme ayant été l’année de toutes les nouveautés.

Des prismes inédits de lecture de notre monde commun ont fait leur apparition. La Nouvelle guerre froide, qui s’est déclenchée le 24 février par l’invasion russe de l’Ukraine, servira de plus en plus comme paradigme explicatif d’événements internationaux sans rapports apparents entre eux.

En France, un tripartisme nouveau, révélé par les présidentielles, a pris l’ascendant sur la vie politique. À tel point, autre nouveauté, que du concept d’entre-deux tours, nous sommes passés à celui de l’existence d’un entre-deux élections. Cette période durant laquelle l’incertitude quant à l’avenir de la vie politique règne dans les esprits s’étend des présidentielles aux législatives. Au cours de celle-ci, un réagencement stratégique au sein des trois blocs idéologico-politiques qui dominent le paysage public français s’opère sous nos yeux en vue de ramasser la mise gouvernementale cet été, y compris peut-être par le retour, jugé infaisable jusque-là, de la cohabitation.

C’est sur ce dernier nouveau-né de notre actualité politique que ce texte s’agencera.

Il pointera des exemples dans les trajectoires prises par les acteurs majeurs de deux des trois blocs, la gauche mélenchoniste et le centre macronien, ainsi que leur suite logique dans cet entre-deux élections.

Il évoquera enfin leurs possibles incidences sur l’ascension future du troisième bloc, celui dominé par la droite lepéniste, qui a renoncé, par son refus de l’alliance proposée par l’extrême-droite zemmourienne, à la victoire aux législatives.

La gauche doit-elle sacrifier le soldat Taha Bouhafs ?

Pendant la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a repris à son compte, parmi les axes de son message politique qui s’attarda, par ailleurs, sur « l’altermondialisme », la « bifurcation écologique » et l’avènement « d’une VIe République », le concept de créolisation cher à Édouard Glissant, un autre nom de la « multiculturalisation ». Il s’est également affiché à plusieurs reprises comme le parangon des musulmans contre l’islamophobie.

Par cette décision stratégique, qui ressemble fortement au conseil émis par Terra Nova à l’adresse du PS de prendre acte de la perte de l’électorat ouvrier qui s’en était allé chez RN, et de le substituer en réaction, par le nouveau prolétariat que constituent les classes populaires des banlieues issues de l’immigration et/ou des DOM-TOM, il a intégré de longue date les dividendes politiques qu’il pouvait tirer du refus de la rue de Solferino de s’engager sur cette voie.

C’est ainsi qu’il a réussi à attirer sur sa candidature près de 70 % du vote musulman exprimé lors du scrutin du 10 avril, doublant quasiment son score par rapport à 2017 (37 %). De la même manière que l’abandon par les partis de gouvernement, notamment ceux de droite, des questions liées à l’immigration, au républicanisme et à la laïcité, a été utile dans le processus de dédiabolisation réussi de Marine Le Pen et du parti qu’elle représente, la mise de côté symbolique et sémantique dans l’imaginaire national façonné en ce début du XXIe siècle, des populations issues de la diversité ainsi que de leurs cultures perçues comme étrangères, a créé les conditions de la rencontre, couronnée d’un succès relatif, entre la gauche radicale et les mouvements indigénistes et décoloniaux.

C’est la raison pour laquelle Taha Bouhafs représentera, dans une circonscription de la banlieue lyonnaise lors des élections législatives à venir, la désormais Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (la NUPES), créée à la toute fin du week-end dernier à la suite de la conclusion d’un accord entre LFI et EELV.

Du fait de ses fréquentes prises de position sur l’existence d’un racisme systémique en France, mais aussi de sa condamnation en première instance pour « délit d’injure publique à raison de l’origine », cet aspirant à la députation a entraîné par sa démarche une polémique grandissante sur les réseaux sociaux.

L’équation que Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants doivent résoudre en devient complexe. La focalisation de la rumeur bruyante et journalistique sur la candidature de Taha Bouhafs risque de gêner la gauche dans la conclusion d’un accord avec un PS dont nombre des membres sont réfractaires à l’idée de sembler abandonner par un tel rapprochement leur soutien inconditionnel à l’Europe, mais aussi à la laïcité et à l’adhésion universelle aux valeurs de la République nécessaires pour maintenir la cohésion nationale. Or, la NUPES a absolument besoin de construire, en un endroit de l’échiquier politique éloigné de sa base élective, c’est-à-dire le plus proche possible, voire à l’intérieur même de la social-démocratie, le cordon sanitaire capable de contenir la dilatation tentée par la macronie sur sa gauche (voir ci-dessous).

Garder Taha Bouhafs dans son giron risque de l’en empêcher. Mais décider de ne plus soutenir sa candidature donnerait un mauvais signal à l’électorat des banlieues qui a massivement voté pour Jean-Luc Mélenchon. D’autant que la mobilisation de cet électorat, plus enclin à s’abstenir, a fortiori pendant les législatives qui, dans tous les bords politiques, ne suscitent habituellement que peu d’engouement, sera vitale pour la NUPES dans sa quête de victoire. La gauche se trouve donc devant une aporie politique difficile à surmonter et potentiellement à même d’interdire son chef de s’emparer de Matignon.

Qu’elle remporte ou qu’elle perde les élections législatives, cette impasse idéologique continuera ensuite de la poursuivre, comme l’on traine une malédiction de laquelle il est difficile de se défaire. C’est sur celle-ci que s’appuieront sans hésitation les opposants des deux autres blocs, qui s’en donneront à cœur joie pour l’attaquer de manière frontale sur son multiculturalisme altermondialiste, lequel aurait la propension, pour la droite nationaliste, à diluer la Nation universelle et laïque française, et selon le centre mondialiste, à extraire la France de son ancrage atlantiste et européen, utile pour se protéger des retombées de la Nouvelle guerre froide.

Le stalinisme manœuvrier gagnant de Macron ? 

À ce stade, une mise en garde s’impose. Nous le verrons, parler du stalinisme manœuvrier de Macron ne revient pas à considérer Staline et le président actuel comme des jumeaux dans l’action politique. Le premier était un dictateur, le second se soumet au verdict du peuple souverain. L’ancien maître de l’URSS fut l’instigateur de crimes de masse, tandis qu’Emmanuel Macron est le chef d’un État de droit, qui a aboli la peine de mort. Enfin, Staline était le Secrétaire général d’un parti unique ayant la mainmise sur un pays, alors que notre président vit sous l’emprise du pluralisme politique et de l’expression libre des opinions, y compris à son détriment.

Cela étant dit, quelle comparaison pourrions-nous faire entre Staline et Macron ? Elle est aisée à comprendre, et ne concerne qu’une mise en perspective de la façon dont ils se sont conduits pour accaparer le leadership.

Après la mort de Lénine, Staline se rapprocha dans un premier temps de la droite du parti communiste (le PCUS), en l’espèce de Boukharine, afin d’en éliminer la gauche représentée par Trotski. Dans un second temps ensuite, il appliqua une manœuvre de tournement à 180°, et obtint le soutien de ce qui restait à gauche pour écarter Boukharine. C’est ainsi que Staline disposa du contrôle total du PCUS, et donc du pays qu’il put allègrement mettre à sac selon son bon plaisir communiste.

Dans le but d’édifier un espace politique propre qu’il dominerait et qui se caractériserait par son ancrage absolu à l’Union européenne, Emmanuel Macron a réédité le même type de manœuvres. Dès 2017, profitant de la désignation de Benoît Hamon par la primaire de la gauche en vue de la représenter à l’élection présidentielle, il avait vu son slogan politique, « ni de droite, ni de gauche », prendre de la consistance au sein de la social-démocratie défaite dont il provenait. Il avait été aidé en cela par le travail de sape de Gérard Collomb, alors maire PS de Lyon.

Il put ensuite pousser son avantage pour essayer de glaner un maximum de votes au-delà de la social-démocratie, notamment quand il avait affirmé que la colonisation constituait un « crime contre l’humanité ». Traduction immédiate dans les votes du premier tour de 2017 ? 47 % des électeurs de François Hollande l’avait choisi (d’après Emmanuel Todd, Les Luttes des Classes au XXIe siècle). Il avait également remporté 24 % des suffrages musulmans, soit 10 points de plus que lors du scrutin de cette année pour ce même électorat.

La suite donna une indication claire. Malgré sa volonté affichée de renouveler la vie politique, ce qu’il a réussi indéniablement si l’on en juge par l’apparition sur le devant de la scène de nouvelles figures politiciennes, et par la destruction du bipartisme traditionnel que son élection a provoqué, Emmanuel Macron, qui avait choisi un Premier ministre anciennement encarté à LR, n’en initia pas moins pour une large part une politique classique de droite libérale (soutien à la construction européenne qui demeure la grille de lecture principale de sa vision politique, réforme du droit du travail, baisse des APL, fin de l’ISF, etc.).

C’est là que le deuxième temps de la manœuvre, ce virage à 180° sur le modèle de Staline, se mit en place, cette fois vers la droite de l’échiquier. Ce qui a eu pour résultat, parmi d’autres effets, l’advenue de la violente crise des Gilets jaunes.

La diffusion de la pandémie a interrompu néanmoins cette politique (l’abandon de la réforme des retraites en fut une conséquence directe). Mais, dans la deuxième partie de son mandat, elle a repris de plus belle, une fois passée la première phase aiguë de la crise de la Covid-19, dans un double mouvement en tenaille devant enserrer la droite sur ses propres thèmes. La loi sur le séparatisme et la politique sanitaire ont été les deux mamelles de la stratégie macronienne devant assécher au maximum l’ancienne droite de gouvernement. La première sur le thème de l’identité nationale chère à l’ancien président Sarkozy. La seconde en adoptant une politique responsable que la droite n’aurait pas niée, la mettant pour cette cause dans l’embarras.

Le dernier acte s’est joué sur la marginalisation réussie de la candidature Pécresse qui a un temps menacé réellement Emmanuel Macron puisque des sondages la donnait gagnante au second tour face à l’ancien président. C’est ainsi qu’il faut interpréter la sortie au cours de laquelle il a dit vouloir « emmerder les non-vaccinés », donnant du grain à moudre à l’extrême droite pour développer ses thèses antivax, notamment sur les réseaux sociaux. Puis, poussant une fois encore son avantage, il s’est prononcé pour une retraite à 65 ans, et une obligation d’activité pour les bénéficiaires du RSA, positions se traduisant par un déplacement conséquent du vote Fillon de 2017 en sa faveur et par la quasi-mort de LR qui s’ensuivit. Sa situation désastreuse est telle que LR en est aujourd’hui à se demander s’il est opportun de rejoindre LREM ou de tenter de faire survivre le parti.

Cependant, dans la logique de l’entre-deux élections, le zig-zag macronien se poursuit. Au sein de la droite nationaliste la mésalliance entre les lepénistes et les zemmouriens ne permettant pas la construction à l’Assemblée d’une majorité à partir de ce bloc, Emmanuel Macron en a sans doute tiré la conséquence que le danger d’une cohabitation se trouverait plutôt à gauche. D’où sa volonté, afin de ne pas voir son bilan à la tête du pays être terni par une cohabitation qui le paralyserait pendant son dernier mandat, de gauchiser Matignon en vue de la bataille des législatives. C’est ce qui vient d’être mis en exergue dans l’annonce de la députée socialiste Valérie Rabault qui dit avoir refusé la proposition du président de devenir son Premier ministre. Le suspense à venir est donc de se demander qui acceptera de devenir le chef d’un gouvernement qui appliquera en apparence une politique de droite.

Un antagonisme parfait entre les trois blocs ? 

En mobilisant une série de calculs électoraux, Emmanuel Todd avait établi dans l’ouvrage déjà évoqué ci-dessus, que lors du premier tour de l’élection de 2017, le vote Macron s’expliquait par le fait qu’il était, non pas un vote d’adhésion, mais un vote contre Le Pen. Selon lui, ceci était dû à la situation particulière du pays, apparaissant dans l’effondrement de ses idéologies politico-religieuses, la trahison finale du PS sous l’égide de François Hollande, et l’autodestruction de la droite sous le leadership de Fillon.

Il serait pertinent de savoir si cette même logique a organisé le partage des voix le 10 avril entre Macron, Le Pen et Mélenchon. Mais contrairement à 2017, cette logique de partage, si elle existe, se serait appuyée sur une triple césure idéologique entre les trois blocs, chacun étant l’opposant résolu des deux autres. Autrement dit, le paysage politique ressemblerait à un énorme « poule renard vipère », sauf que, de même que le crocodile et le lion se dévorent mutuellement, la poule se mettrait à aimer goûter au renard, ce dernier à la vipère, et celle-ci à la poule, chacun des trois gardant en même temps son régime habituel.

Si tel est l’origine du partage entre les trois blocs, et une série d’indices glanés çà et là nous en donnent la quasi-certitude, l’on peut comprendre le refus de RN de s’allier à Reconquête! afin de préserver Marine Le Pen pour la prochaine échéance présidentielle. Prenant acte de leur impossibilité de gagner les élections législatives, les stratèges de RN ont sans doute fait le pari de laisser s’écharper la gauche et le centre dans cette bataille qui les affaiblirait quel que soit son résultat, y compris pendant la législature. Les coups qu’ils se donneront se transformeraient en autant d’arguments d’opposition pour la droite nationaliste, laquelle profitera alors des difficultés nées de la Nouvelle guerre froide pour s’afficher comme la solution aux maux qui toucheront le pays. Surtout si une cohabitation de gauche survenait, parce qu’elle affaiblirait le centre écarté de la gestion des affaires courantes, et la gauche confrontée à l’épreuve du pouvoir et à ses complications ingérables du fait du contexte international.

Pour la réalisation de son objectif, le parti de Marine Le Pen devra toutefois édifier une double protection : une ligne Curzon matérialisant un armistice avec le parti d’Éric Zemmour dont la poursuite du développement de ses thèses continuera à recentrer RN, surtout si ce dernier se décide à atténuer ses attaques contre le voile islamique, dans le but de refreiner la fuite à son désavantage de l’électorat musulman qui est devenu stratégique ; et un dôme de fer interdisant au président de Reconquête! qui exprime le vœu d’une union des droites depuis de longues années, de jouer à saute-mouton par-dessus le RN afin d’accéder à LR et à sa portion congrue qui refusera l’alliance avec la macronie.

Une nouvelle guerre des droites en perspective débouchant sur une arrivée aux affaires de Marine Le Pen en 2027 ? Information importante à connaître, elle n’aura alors que 58 ans…

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  • J’ai déjà lu le précédent article de ce monsieur tout à la gloire de l’islam, gauchisme et cetera et cetera que fait-il donc sur le site de contrepoint, si ce n’est de l’entrisme islamo-gauchiste ?

  • Les commentaires sont fermés.

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