Marche contre l’islamophobie : Mélenchon déteste les religions… sauf si elles sont de gauche !

Jean-Luc Mélenchon by Pierre-Selim (CC BY-SA 2.0)

On peut s’étonner de la « laïcité à géométrie variable » de Mélenchon, mais son engagement fondamental n’a pas changé : il est marxiste, il fait partie du clan des « progressistes », et c’est à l’aune de cet engagement de toujours qu’il considère tour à tour les diverses idéologies qui peuvent le servir.

Par Nathalie MP.

Marcher contre l’islamophobie le 10 novembre 2019 au motif que les musulmans sont de plus en plus souvent l’objet de « discriminations, de projets ou de lois liberticides, d’agressions physiques de femmes portant le foulard, d’attaques contre des mosquées ou des imams, allant même jusqu’à la tentative de meurtre » alors même que la France est à trois jours de commémorer les attentats islamistes du 13 novembre 2015 qui ont fait 130 victimes décédées et 350 blessés et qu’elle cumule depuis 2012 le douloureux score de 263 tués et plusieurs centaines de blessés dans des violences de même obédience, il fallait le faire.

Monter en épingle la récente attaque de la mosquée de Bayonne qui a fait deux blessés, qui a été unanimement condamnée par toute la classe politique française et dont l’auteur, un homme isolé de 84 ans décrit comme « instable » par son entourage, a été dûment appréhendé par la police, alors même que les profanations de cimetières et d’églises catholiques ainsi que les attaques violentes contre des juifs ou des synagogues sont devenues le lot tristement courant de nos faits divers (encore le 9 novembre dernier), il fallait le faire.

Se retrouver tout sourire dans une manifestation où l’un des meneurs, Marwan Muhammad, l’ex-dirigeant du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) dont les liens idéologiques intégristes avec les Frères musulmans ne font aucun doute même s’ils sont soigneusement absents de la présentation juridique de l’association, a fait reprendre en choeur le fameux cri « Allahu Akbar » qui a précédé et, en quelque sorte, signé tous les attentats islamistes perpétrés en France et dans le monde, il fallait le faire.

Il fallait le faire et Jean-Luc Mélenchon l’a fait

Mais qu’est donc devenu le franc-maçon initié dès 1983 au Grand Orient de France ?

Qu’est devenu le bouffeur de curés qui ne jurait à une époque que par la défense de la laïcité et la promotion d’un idéal républicain dépouillé de toute religion ?

Qu’est devenu le farouche dézingueur du régime tibétain qui n’hésitait pas à accuser le Dalaï-Lama de vouloir déstabiliser la Chine et à qualifier le Tibet d’ « État théocratique dans lequel l’équivalent de la charia bouddhiste serait appliqué » (vidéo) ?

Apparemment, l’idée de la charia, c’est-à-dire de la régulation sociale intégrale par une religion, en l’occurrence l’islam – idée clairement défendue par les organisateurs initiaux de la marche du 10 novembre – n’est plus tout à fait aussi répugnante aux yeux de Jean-Luc Mélenchon.

Il faut dire que passé le boom électoral enregistré lors de l’élection présidentielle de 2017, tout ne va plus pour le mieux pour le lider maximo de la France insoumise (FI).

Pour commencer, l’expérience de l’info selon Mélenchon portée depuis janvier 2018 par la web TV soi-disant indépendante Le Média a amplement démontré que « l’information en liberté » qu’elle prétendait délivrer était en fait très surveillée, sans compter tous les règlements de comptes internes qui ont vu se succéder trois directeurs de la publication en un an.

Ensuite, en octobre 2018, ses vitupérations et ses appels à une riposte virulente au cours d’une perquisition dans les locaux de la France insoumise, révélant un individu colérique et boursouflé d’une importance qu’il n’a pas, n’ont pas arrangé les choses.

Et cet automne, suite des règlements de comptes avec la publication d’un livre à charge signé du politologue et ex-membre de la FI Thomas Guénolé. Dans La chute de la maison Mélenchon, il décrit un parti qui fonctionne sur le mode « dictatorial » et qui s’assure de la soumission de ses membres selon les méthodes d’une « machine à broyer ».

Le résultat ne s’est pas fait attendre

De 19,6 % des suffrages exprimés pour une participation de 77,8 % lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, la FI est tombée à 6,3 % pour une participation de 50,1 % lors des Européennes de 2019.

Quant à M. Mélenchon personnellement, sa cote de popularité est au plus bas. Dans le baromètre Elabe pour Les Échos du mois d’octobre 2019, seuls 16 % des personnes interrogées disent avoir une bonne opinion de lui contre 70 % qui expriment au contraire une mauvaise opinion.

Cette dégringolade ne pouvait plus durer, il fallait absolument faire quelque chose !

Coup de chance, le paysage politique français ne manque pas de politiciens de tous bords avides d’avoir eux aussi leur quart d’heure de célébrité dans un jeu de ping-pong de petites phrases et d’huile jetée sur le feu où les extrêmes prennent un dangereux plaisir à se renvoyer la balle.

À ce titre, la diatribe récente de Julien Odoul, élu du Rassemblement national, contre une mère voilée venue accompagner des élèves en visite au Conseil régional de Bourgogne a servi de prétexte idéal à tous les islamo-gauchistes pour se lancer dans une grande opération « halte à la haine et au racisme, halte à la droite et l’extrême droite » comme ils les aiment.

Diatribe pas très futée, il faut bien le dire, à tel point que même au sein du RN, nombreux sont ceux qui se sont sentis un peu gênés aux entournures. Le fait est que cette dame ne demandait rien à personne et qu’elle est maintenant dûment convaincue que les Français lui en veulent et que la France l’opprime. Bingo !

C’était peut-être l’effet recherché par M. Odoul : créer les conditions qui allaient lui permettre de montrer à quel point les musulmans ne s’intègrent pas – et c’est à coup sûr un effet que la gauche adore récupérer pour dénoncer encore et encore les relents de colonialisme et de racisme qui polluent l’esprit ordinaire de la France.

Petit problème pour Mélenchon, quand même : et que devient la laïcité dans tout cela ?

Que devient la laïcité dans tout cela ?

Après tout, juste après les attentats de Paris de 2015, ne se fendait-il pas d’un tweet des plus clairs à propos de l’opinion qu’on peut avoir relativement à l’islam ?

 

tweet mélenchon islamophobie
Eh bien, je ne vous étonnerais certainement pas en vous disant que le député de Marseille a pris récemment sa plus belle plume de blog pour persister et signer dans sa volonté de participer à la marche du 10 novembre :

Nous avons appris à connaître avec la ‘théologie de la Libération’ en Amérique latine comment la religion pouvait aussi ne pas être qu’une drogue qui annule la volonté d’agir pour changer le monde mais parfois l’exact contraire.

Autrement dit, la religion n’est pas toujours l’opium du peuple.

Quand elle adopte les canons de la gauche, comme ce fut le cas de la théologie de la libération dans les années 1970 et 1980 et comme c’est le cas de l’islamo-gauchisme qui fait actuellement son chemin au Parti communiste, à la CGT et à la France insoumise, il faut y voir « le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur », nous explique Mélenchon en citant Marx.

Une laïcité à géométrie variable

Si l’on peut à juste titre s’étonner de sa « laïcité à géométrie variable », il faut bien voir que l’engagement fondamental de Mélenchon n’a pas changé : il est marxiste, il fait partie du clan des « progressistes », et c’est à l’aune de cet engagement de toujours qu’il considère tour à tour les diverses idéologies qui peuvent le servir.

Si vous êtes de droite ou si vous vous opposez à un grand pays communiste comme la Chine, votre religion est un opium à combattre. À l’inverse, si vous êtes de gauche, votre religion est une admirable libération des opprimés.

Ainsi, tout comme la gauche en général est toujours prête à donner l’absolution aux plus sanguinaires dictateurs, pourvu qu’ils soient estampillés « de gauche », Jean-Luc Mélenchon est toujours prêt à jouer les idiots utiles de n’importe quelle religion, charia incluse, pourvu qu’elle soit gaucho-compatible.

Il pense que cela lui sera utile en vue des prochaines élections et surtout, c’est exactement conforme à son idéologie.

Nous avons vraiment des hommes politiques formidables ! Ça promet…

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