Covid-19 : pourquoi avoir choisi le confinement ?

Le choix du confinement s’explique par plusieurs éléments sociologiques. Il convient d’en tirer les conclusions.

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Prison (Crédits Frédéric BISSON, licence Creative Commons)

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Covid-19 : pourquoi avoir choisi le confinement ?

Publié le 18 mars 2022
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Un article de l’IREF Europe

 

Selon un article scientifique qui vient d’être publié, les confinements en Europe et aux États-Unis n’ont réduit la mortalité liée au Covid-19 que d’à peine 0,2 % en moyenne, alors que les coûts économiques ont été énormes. Ce constat ne surprend plus. Les données les plus récentes nous racontent la même histoire : les confinements ont été un échec. Bien sûr, il est plus facile de faire des prévisions étayées par des données que de supputer l’évolution d’une situation inédite, ou presque.

Conformisme social et aiguillon politique

Mais alors, pourquoi tant de pays ont-ils choisi l’option du confinement avec autant de conviction, en l’absence de données adéquates ?

Une réponse possible renvoie à deux processus différents mais interconnectés.

Le premier relève d’une dynamique de conformisme social (ou de « l’information en cascade ») comme dans la célèbre expérience de Solomon Asch : des individus confrontés à l’opinion majoritaire d’autres individus dans un groupe peuvent adopter des positions contraires à leur propre jugement mais conformes à celles du groupe. Une sorte de « conformisme rationnel ».

Supposons qu’un Premier ministre veuille déterminer si une politique (dans notre cas, le confinement) est bonne ou mauvaise. Il réunit un ensemble d’experts (disons des virologues) et leur demande, un par un, ce qu’ils pensent. Aucun n’a une connaissance parfaite de la situation, mais chacun a à cœur de donner une réponse correcte (il n’y a aucun ressort idéologique), pense qu’il a probablement raison, mais sans en être tout à fait certain. C’est vrai pour tous ces experts et tous le savent. Le premier qui répond à la question du Premier ministre ne peut compter que sur ses propres connaissances. Il émet un avis, il peut avoir raison ou tort, mais il donne sa meilleure estimation.

Le second expert répondra en fonction de ses connaissances mais aussi de la réponse du premier expert. Si le premier expert se trompe et que le deuxième expert est d’accord avec le premier, alors ils influenceront le troisième expert, qui s’alignera (de manière tout à fait rationnelle de son point de vue) sur ses collègues, peu importe ce que sa propre opinion lui aurait suggéré de dire au Premier ministre. Et ainsi de suite. Les déclarations des derniers experts à s’exprimer n’apporteront guère d’informations nouvelles. La réponse des experts sera donc unanime… et peut-être totalement fausse.

La logique de la « cascade d’informations » peut expliquer le « conformisme rationnel », mais aussi la manière dont des groupes d’experts peuvent rapidement changer d’avis. Par exemple, imaginez une situation dans laquelle, après qu’un groupe d’experts a exprimé le même avis, un nouvel expert entre en scène, ignorant l’opinion de ses collègues. Il offrira ainsi éventuellement de nouvelles informations à un groupe plutôt mal informé ; et ces nouvelles informations pourraient suffire à inverser la dynamique du processus décrit précédemment.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En effet, les aiguillons politiques sont également à l’œuvre. Considérons un dirigeant, dans un contexte démocratique, en pleine pandémie. Il peut suivre deux stratégies :

  • a) imiter ce que d’autres pays font déjà (peut-être parce que certains scientifiques soutiennent cette option…) ;
  • b) essayer une nouvelle voie.

 

Laquelle de ces deux options choisira-t-il ?

Du point de vue du rapport avantages-coûts, la réponse est assez évidente. Il sera très satisfait s’il choisit b) et si b) se révèle être le bon choix. Mais il paiera un prix élevé s’il opte pour b) et que b) est erroné : c’est lui et lui seul qui sera tenu pour responsable.

Le fait, essentiel, que des vies et des morts à court terme soient en jeu, amplifie les effets. Par ailleurs, il ne passera pas pour un génie s’il choisit plutôt a) et que a) est correct. Mais il minimise la perte de prestige s’il advient que a) soit faux. Après tout, il a suivi la « science ».

Le résultat est qu’un politicien sera fortement incité à opter pour la stratégie la moins risquée. Ainsi, le choix fait par le premier pays (réputé) démocratique est partagé par tous les autres. C’est ce qui s’est passé en Occident, où le gouvernement italien a fait le premier pas et a opté pour le confinement.

Une autre voie pour certains pays

Pourtant, tous les pays n’ont pas décidé de suivre la même voie, ou du moins, pas avec la même rigueur. Pourquoi ? Ce n’est pas nécessairement parce que certains se soucient de la liberté de leurs citoyens en soi. C’est plutôt parce que certains gouvernements démocratiques étaient plus particulièrement sensibles à la réaction possible de leurs citoyens (dans l’isoloir). Quelques données semblent étayer ce point de vue.

Le graphique ci-dessous compare le pourcentage de personnes, dans différents pays démocratiques, qui n’étaient pas disposées à sacrifier leurs droits et leurs libertés afin d’améliorer les conditions de santé publique ; le « Covid-19 Stringency Index », basé sur neuf indicateurs, mesure les politiques gouvernementales pendant la pandémie. L’indice va de 0 à 100 (100 étant le plus strict) et prend en compte les fermetures d’écoles, les fermetures de lieux de travail et les interdictions de voyager. Les pourcentages proviennent d’enquêtes réalisées entre mars et juin 2020, tandis que l’indice se réfère au début de l’année 2021 : la corrélation est plutôt élevée et négative, comme prévu (r-Pearson : -.74).

La morale de cette histoire est simple : il est préférable de prendre la décision des premiers venus avec des pincettes. Cela vaudra également pour la prochaine crise (le changement climatique ?).

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  • Avatar
    jacques lemiere
    18 mars 2022 at 7 h 32 min

    « Pourquoi des gouvernements ont ils choisi de forcer certaines personnes à rester enfermées chez elles »… plutôt que
    -pourquoi-avoir-choisi-le-confinement .. trop vague

    par ailleurs le but déclaré des confinements a été de réduire la surcharge des hôpitaux pas de réduire la mortalité..
    gérer le flux de malades.. par vraiment diminuer le nombre de morts… d’ailleurs à quel terme.???

    Pour ce genre d’épidémie..les morts sont évitées par les soins adéquats ou un vaccin… le morts ou les cas sont simplement retardés par un isolement..pour faire simple , ON SERA TOUS EXPOSES AU VIRUS.

    par ailleurs encore, la mortalité doit être estimée _est il mort du covid ou avec le covid? _ mieux vaut regarder la longévité…et c’est encore un problème..on voit une dent dans la mortalité supposée normale on distingue mal une longévité diminuée sur le long terme…

    alors on a des publications scientifiques… qui demandent de faire des hypothèses..
    certaines ne sont acceptable , d’autreplus vicelardes telles ;.
    le fait que les poltiiques ne sont pas indépendantes des mortalités..on a confiné en france quand on a vu les cas augmenter..et les hôpitaux être en tension..

    Mais en effet, mon gros problème avec les mesures a d’abord été de savoir comment on pourrait estime leurs effets… de façon claire.

    l’etude cite des papiers qui disent que le confinement a sauvé des vies..
    à partir par exemple de modèles…

    la réalité crue est qu’on ne peut pas savoir AVEC CERTITUDE ABSOLUE ce qui se serait passé SI…

    donc querelles…
    « Given our criteria, we exclude the much-cited paper by Flaxman et al. (2020), which claimed
    that lockdowns saved three million lives in Europe. Flaxman et al. assume that the pandemic
    would follow an epidemiological curve unless countries locked down. However, this assumption
    means that the only interpretation possible for the empirical results is that lockdowns are the only
    thing that matters, even if other factors like season, behavior etc. caused the observed change in
    the reproduction rate, Rt. Flaxman et al. are aware of this and state that “our parametric form of
    Rt assumes that changes in Rt are an immediate response to interventions rather than gradual
    changes in behavior.” Flaxman et al. illustrate how problematic it is to force data to fit a certain
    model if you want to infer the effect of lockdowns on COVID-19 mortality.
    16 »

    enfin bref…

    Nous nous retrouvons devant toujours la question de la légitimité d’imposer un confinement…

    celui qui « sait le mieux » ( douteux à plus de 10 jours) est épidémiologiste, celui qui peut imposer est politique
    mais le politique n’a pas vraiment été élu pour ça…
    d’où le discours sur la situation de crise similaire à la guerre… ou la crise exceptionnelle..

    sans définition claire…

    une guerre ça peut se perdre, un crise épidémique mal se gérer…
    bien ou mal gérer n’est pas le problème..

    c’est la légitimité à imposer un confinement…

    • Avatar
      jacques lemiere
      18 mars 2022 at 7 h 37 min

      et je ne fais ni faisais pas confiance à l’honneteté de macron…qui cherche et envisageait déjà sa réélection..

      je savais qu’estimer les effets des mesures serait difficile..et discutable..

      je ne me ferai pas opérer par un chirurgien en qui je n’ai pas confiance…

  • Le biais de groupe me semble aussi l’hypothèse la plus probable.
    Mais elle ne me semble pas expliquer totalement pourquoi nous avons copié l’Italie plutôt que la Suède. Parce que nous sommes plus proches de la première ?
    N’avons-nous pas fait aussi, en bons latins catholiques, le pari de Pascal : il n’y avait rien à perdre – en termes de vies humaines et de sauvetage de l’hôpital – à confiner plutôt qu’à ne pas confiner ?

    -1
    • Du moins le croyait-on au début.

    • Parce que l’oligarchie française a quasi détruit le pays, qu’ils n’ont plus aucune légitimité, d’où le fait qu’ils resserrent les rangs, et que ces instruments de contrôle social tombaient à point nommé pour faire taire la contestation. Ce n’est pas un « plan », juste une paranoïa justifiée qui s’est emparées de l’énarchie qui contrôle toutes les institutions.
      Il se pourrait bien qu’au-delà de la contagion sociale et d’autres facteurs historiques et sociaux, la dureté des mesures et de la répression soit corrélée avec la légitimité des oligarchies dans leur pays respectif.

  • En France, tout au début, l’option proposée de confiner les malades et leur entourage a été jugée discriminatoire. Donc, ON a décidé de confiner tout le monde, par souci bien mal compris d’égalité, pour une raison politique, mais non scientifique ou médicale. Et ON a poursuivi dans cette voie par conformisme de groupe.

    • On a aussi jugé discriminatoire de confiner les citadins et pas les campagnards pour qui le risque de diffusion virale était négligeable compte tenu de la faible densité de population en extérieur. Randonner était devenu délictuel « par solidarité » pour éviter de susciter la moindre jalousie des urbanisés.

  • Le graphique final me fait un peu peur. Le point de la France est sous la courbe. Cela signifie que la dureté du confinement a été en dessous de ce qu’elle aurait du être vu le degré de soumission des français.
    Dit autrement, au vu de l’acceptation de se soumettre des français, Macron a été trop libéral. Ça promet pour le prochain mandat…

    • La courbe est basée sur la « stringency » début 2021… Bref, à un moment où le gouvernement avait commencé à réaliser que les confinements stricts c’était vraiment, mais alors vraiment ruineux et pas forcément efficace.
      Si on avait basé ça sur début 2020 l’image aurait été toute autre, la France ayant eu un des confinements les plus stricts du monde (hors Inde, me semble-t-il)…
      D’autre part, ce « stringency index » est assez étrange. On a pas bougé après le 14 mars, pourtant le pass vaccinal et le masque ne sont plus de mise ! D’autre part, la Norvège qui a officiellement confiné est moins « stringent » que la Suède qui officiellement ne l’a pas fait (OK, en vrai le confinement Norvégien c’était plus léger et « si vous voulez bien » que notre déconfinement, mais bon… on voit bien que la situation est difficile à résumer correctement par un indice)

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