Il est temps de se reconcentrer sur le régalien

La liberté, ça se défend, et de manière musclée s’il le faut : le retour de la primauté du régalien et de la résolution de faire ce qu’il faut pour l’inscrire dans les faits en sont le prix à payer.

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Cérémonie militaire de l'armée française (Crédits : seneweb, licence CC BY 2.0)

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Il est temps de se reconcentrer sur le régalien

Publié le 31 mars 2022
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« Le régalien » vous dis-je ! Sous la pression d’une contrariante réalité caractérisée par la montée des violences et autres désordres à l’intérieur de nos frontières et le soudain retour du nationalisme guerrier à l’extérieur, c’est, avec le pouvoir d’achat, le sujet majeur qui s’impose dans la campagne des élections présidentielles. Le régalien ?

Voici comment, dans l’étrange idiosyncrasie française demeurant tout imprégnée de nostalgie monarchique (régalien : ce qui étymologiquement relève du seul ressort du pouvoir du roi !), l’on désigne tout ce qui relève de la protection de la sécurité interne (justice, police) et externe (défense, diplomatie) de la nation. Et qui, partout ailleurs qu’en France, renvoie plus clairement aux fonctions primordiales et aux responsabilités d’un gouvernement démocratique : d’abord garantir leur survie aux citoyens ainsi qu’une paisible jouissance de leurs libertés fondamentales.

 

Régalien et libéralisme peuvent s’accorder

C’est d’ailleurs ainsi que l’entendent les grands penseurs du libéralisme y compris les plus radicaux, précisant même que dans une société libre, ces missions vitales sont les seules mais impératives qu’un gouvernement doit remplir sans faiblesse.

Pour Mises :

« Assurer par la force de la contrainte le respect des règles de la vie en société pour quiconque ne veut pas respecter la vie, la santé ou la liberté personnelle des autres, ou la propriété privée. Telles sont les tâches que la doctrine libérale assigne à l’État : protection de la propriété, de la liberté et de la paix. » (Le Libéralisme, 1927, I/7).

Et Ayn Rand juge que « de par ses fonctions légitimes qui sont la police, l’armée et la justice, le gouvernement assure un service exigé par une économie productive » (Man’s Rights, 1963).

Significatif par les temps qui courent, elle tient que « l’armée d’un pays libre est investie d’une grande responsabilité : le droit de recourir à la force…uniquement comme l’instrument d’autodéfense mis au service d’une nation libre, en d’autres termes la défense des droits individuels de l’homme. » (conférence prononcée devant l’Académie militaire de West Point, 6 mars 1974).

Jean François Revel, il y a peu, et actuellement Vargas Llosa témoignent eux aussi que souci du régalien et engagements libéraux non seulement peuvent aller de pair mais le doivent.

 

En finir avec l’hypertrophie du social

Mais en France, il y a un gros souci pour traduire effectivement en acte la légitime et tardive prise de conscience de l’importance existentielle du régalien.

De fait, depuis quelques décennies, le financement de celui-ci est sans cesse devenu le parent pauvre ou la variable d’ajustement dans les dépenses publiques, lesquelles sont avant tout dévolues au social, aux pompes et aux œuvres envahissantes et insatiables d’un État providence à visée humanitaire universelle, qui représentent 34 % du PIB (contre moins de 10 % pour l’ensemble du régalien) – le record de l’OCDE. C’est que sur le plan doctrinal, on y est fort éloigné de la conception libérale du gouvernement limité mais bien plutôt au gouvernement… illimité.

La première fonction gouvernementale y est en effet presque consensuellement et depuis longtemps moins d’assurer les fonctions de protection des libertés individuelles et de la souveraineté de la nation que de mobiliser toujours plus de ressources financières pour prétendre instaurer une justice sociale nourrie d’allocations, prestations, subventions et redistribution à tout-va : la paix sociale avant la paix civile. Le cher (dans tous les sens du mot) État social, qui est forcément aussi un État fiscalement prédateur, a ainsi peu à peu phagocyté et vampirisé le nerf de la guerre jusqu’à transformer le pays en un ventre mou et obèse doté d’un État régalien impotent, incapable ou peu désireux d’assurer les responsabilités que des citoyens sont en droit d’exiger de lui.

Ce que Nicolas Baverez vient d’excellemment résumer :

« La France a sacrifié l’État régalien à son État-providence jusqu’à compromettre sa capacité à assurer sa sécurité intérieure et extérieure. »

Mais augmenter même substantiellement les investissements budgétaires dévolus aux fonctions régaliennes ne suffit pas. Car un effet moral pervers d’importance majeure induit par l’omnipotence du maternage dispensé par un État nounou ou mamma (big mother) est qu’à force d’être mis sous assistance permanente et grande dépendance assurée par des subsides gouvernementaux, trop de nos contemporains s’en retrouvent déresponsabilisés, et peu enclins à sortir de l’état d’enfants gâtés dans lequel ils vivent. Ce qui serait nécessaire afin de renouer avec un esprit de défense sans lequel le surcroît de dépenses régaliennes n’a guère de sens.

 

En finir aussi avec les illusions iréniques

L’impératif d’une volonté citoyenne de défense comme le consentement à une augmentation substantielle de la part régalienne du budget gouvernemental ne risquent-ils pas par ailleurs d’être contrecarrés par ces autres effets émollients dus à l’hégémonie d’une mentalité bisounours de la bienveillance inconditionnelle et généralisée ? Mais aussi par le règne d’un hédonisme nourri de festif (Philippe Muray : Homo festivus) et de ludique mâtiné du jouir sans entraves hérité de mai 68 ?

Afin de remettre enfin les pendules à l’heure, il faut décidément en prendre son parti, se réarmer mentalement et donner congé aux naïvetés d’un certain pacifisme : la liberté, nos chères libertés individuelles (fussent-elles encore en partie confisquées par l’étatisme bureaucratique) seront toujours détestées par des ennemis avides de les remettre en cause. Et trop de ceux qui en apprécient les bienfaits ne sont pas forcément disposés à consentir aux efforts nécessaires pour les sauvegarder. La liberté de jouir des plaisirs de la vie comme celle de pouvoir sans crainte exprimer ses convictions ne tombent pas toutes faites du ciel : elles sont le fruit d’un combat continu dans lequel il ne faut jamais baisser la garde.

La liberté, ça se défend, et de manière musclée s’il le faut : le retour de la primauté du régalien et de la résolution de faire ce qu’il faut pour l’inscrire dans les faits en sont le prix à payer. Et dès lors qu’on saisit les enjeux de ce qui se trame dans le monde de brutaux rapports de force qui demeure le nôtre, la prise en compte de la dure réalité (cela étant, le principe de réalité cher à Freud ne doit pas évacuer le principe de plaisir, mais le servir en le régulant et le rendre réaliste) et ce qu’elle implique économiquement et moralement n’est pas trop cher payé. En espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard.

 

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    Diagoras L Athee
    31 mars 2022 at 9 h 30 min

    La liberté se défend de manière musclée et c’est pour ça qu’existe le second amendement aux USA. Etre contre le droit posséder et de porter des armes, c’est œuvrer pour la tyrannie. Le peuple n’obtiendra jamais que l’Etat fasse ce qu’il veut (ou ne fasse pas ce qu’il ne veut pas) s’il est désarmé. Le régalien c’est ce qui vient du roi. Etymologiquement. Et Louis VIV savait que la phrase « Ultima ratio regum » gravée dans la fonte et( le bronze de ses canons était la véritable origine de son pouvoir. Si le peuple rend les armes le peuple n’est plus souverain. Le peuple est un ensemble d’individus. Si les individus n’ont pas « l’ultima ratio » les individus ne sont pas souverains et le régalien ne se fera pas avec eux, ni pour eux, mais CONTRE eux.
    Prenez le temps d’aller souscrire à l’ARPAC. (www.arpac.eu) l’association pour le rétablissement du port d’arme citoyen. Soyez le régalien!
    « La démocratie c’est deux loups et un agneau qui votent pour savoir ce qu’il y aura au dîner. La liberté c’est un agneau bien armé qui conteste le scrutin. »
    Benjamin Franklin.
    Le social c’est le vote des meutes de loups. Votre sécurité c’est à vous de la prendre en main. La police c’est du bonus quand ils arrivent à temps. Mais en général la cavalerie arrive après la bataille. Une agression prend 15 secondes, la police prend 15 minutes pour arriver. Compter sur la police pour mettre terme à une agression c’est comme croire au père Noël. La police est là pour faire appliquer la justice part la force. Elle peut rétablir l’ordre quand celui ci est brisé, mais elle ne peut pas prévenir toutes les violences. Soyez rationnels et demander à ce qu’on vous rende ce que Daladier et Pétain vous ont volé à la fin des années 30: Votre plus basique liberté de vous outiller pour votre auto préservation individuelle et collective.
    Aux armes citoyens!

  • Pour ma part, vu que la Justice est un Pouvoir au même titre que ceux Législatif et Exécutif, État et gouvernement n’ont pas à s’en occuper ni de près ni de loin. Le régalien ne peut pas intégrer un Pouvoir.
    Les tyrannies ne viennent pas des législateurs ni même de juges, mais de ceux qui ont la puissance des armes donc l’Exécutif avec ses Etats/gouvernements.
    Je suis d’accord avec le commentaire de Diagora L Athée : un Peuple armé est un Peuple souverain et quand on peut résister à son gouvernement quand il tend vers « l’autoritarisme », on peut résister à tout.

  • Il y a un problème de réalisme dans cet article, comme d’un vœu pieux, bien que magnifique.
    Concrètement, peu importe les causes, les français, dans leur majorité, ne veulent pas d’un État limité au régalien. Car quid de l’instruction?
    Au vu de la claque magistrale que s’est pris Gaspard Koenig, il n’y a pas de place pour le libéralisme. On peut en rêver bien entendu, mais cela reste du domaine du rêve.

    Les 30% d’intention de vote pour Macron nous fait comprendre à tous que la majorité préfère le statu quo aux grandes réformes. La raison? Trop de personnes y perdraient sur le court terme.
    Et quand vous êtes au smic avec 30 euros à la fin du mois (lors des beaux mois) et qu’on vous dit gentiment, démerdez vous avec la retraite, la santé, le chômage, vous n’aurez plus d’aides mais peu d’impôts en échange, cela les fait bien rire. Ils ne paient déjà que peu d’impôt au total et tout le monde sait que la transition d’un État social à un État régalien est voué à court terme au suicide, car les gens qui n’ont que l’aide publique pour vivre ne vont pas trouver miraculeusement un travail le lendemain.
    Alors oui, désolé de le dire comme cela mais les gens, dans leur grande majorité, ne défendent pas leur liberté mais leur confort. Les chinois l’ont bien compris.

  • Ce n’est pas demain la veille. Il Y a quelques mois le régalien (sécurité, indépendance / souveraineté, immigration) était le sujet majeur. Habilement, mais sans mal, beaucoup de politiques et médias ont su faire passer au 1er plan le problème du pouvoir d’achat, et ceci, bien avant la guerre en UK. Et puis est venue cette guerre qui a amplifié ce changement : le régalien est passé à la trappe, une fois de plus. On n’est pas sorti de l’auberge.

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