Xavier Bertrand joue la carte du candidat normal

Xavier Bertrand (Crédits Fondapol, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Xavier Bertrand ne fait pas dans l’originalité ni dans la surenchère. Il emploie les formules qui marchent, les formules du vieux monde.

Par Olivier Maurice.

Plus personne ne comprend rien au mode de désignation du futur candidat de la droite aux prochaines élections présidentielles. Même ceux qui essayent de suivre le feuilleton des fausses-vraies annonces y perdent leur latin. Primaire, pas primaire ? Congrès ? Sondage ? Un peu de tout ?

Le mélodrame touche à sa fin et faute de contre-propositions vraiment convaincantes, l’issue du bazar procédural semble se rapprocher à toute allure. Il serait temps, nous sommes quasiment à 6 mois de l’échéance du premier tour.

Fin du suspense. L’épisode final est annoncé dans les jours qui viennent et le scénario semble déjà avoir fuité dans la presse. La bataille rangée et le festival sanglant d’autodestruction en direct devant les caméras n’aura en toute probabilité pas lieu, au grand dam des aficionados du match de baffes. On s’oriente, semble-t-il, vers un scénario plus footballistique reprenant les grands classiques du genre :

La désignation du candidat de la droite, ce sont vingt-deux joueurs et un ballon sur un terrain, et à la fin c’est Xavier Bertrand qui gagne.

Le président de la région Hauts-de-France semble bien en passe de réussir un pari risqué : s’imposer comme candidat d’un parti, tout en n’en faisant pas partie et être désigné par un jeu d’influence tout en n’y occupant aucune fonction et en n’y exerçant aucun pouvoir. Juste par la force d’un exercice de déconstruction où excellait un précédent président de la République : la synthèse.

Xavier Bertrand, c’est le nouveau Président normal

Normal, bonhomme, rassurant, calme, la force tranquille… Xavier Bertrand ne fait pas dans l’originalité ni dans la surenchère. Il emploie les formules qui marchent, les formules du vieux monde. Celles qui ont fait élire Mitterrand, Chirac et François Hollande.

Drôle de pays, où pour se démarquer face à pléthore de candidats, la meilleure stratégie semble bien être justement de ne pas se faire remarquer : d’être lisse, coulant, presque liquide…

Il faut dire que le contraste est saisissant. Si Xavier Bertrand réussit son pari de se retrouver le seul candidat de la droite, il n’aura pas de mal avec sa normalité accommodante de se démarquer totalement du concours d’hystérie et de surenchère qui a déjà commencé à enflammer la téléréalité politique.

Dès le début des hostilités, le ton a été donné, vous n’avez qu’à taper Hidalgo, Rousseau ou Zemmour, au choix ou en même temps, dans un moteur de recherche pour remplir vos soirées en y mêlant franche rigolade, sourires ambigus et yeux écarquillés. Pendant six mois la France risque bien de vivre au rythme des polémiques stupides et ridicules sur des sujets hautement clivants et totalement futiles. Nos candidats en roue libre semblent bien partis pour entamer une course folle d’idées tout aussi idiotes qu’insignifiantes.

Il est clair que dans cette ambiance de lâcher de bêtises et de bouillonnement de lieux communs, le simple fait de se présenter, ni avec un entonnoir sur la tête, ni avec un gros nez rouge, ni en petite tenue, vous fait clairement sortir du lot.

Et pour ce qui est du programme me direz-vous ? 

Si vous vous posez encore la question, c’est sans doute que vous n’avez pas vraiment suivi le déroulé des événements depuis 40 ans. Le fait est maintenant définitivement acté, quasiment inscrit en dur dans la Constitution à côté du principe de précaution : les programmes électoraux disparaissent instantanément dans un tour de prestidigitation maintenant maitrisé à l’extrême, une seconde 30 après l’annonce du résultat final de l’élection.

Il y a longtemps de toute façon que le sujet de la présidentielle a fini d’enflammer la droite qui a bien compris que dans sa version actuelle la fonction présidentielle était amenée à disparaître dans un avenir plus ou moins proche. La clef du pouvoir se trouve dans le Parlement. Et plus précisément à l’Assemblée nationale qui a été transformée depuis la réforme du quinquennat en simple usine à poser des tampons « approuvé ».

Qui détient l’Assemblée nationale détient le pouvoir dans la Cinquième revisitée. Le pouvoir, voire tous les pouvoirs.

C’est clairement cette stratégie visant un coup plus loin qui est au centre de la politique conduite par le président des Républicains, Christian Jacob, dont rappelons-le, toute la carrière politique a été construite autour de sa direction du groupe parlementaire de droite à l’Assemblée nationale.

Aurons-nous en avril 2022 un nouveau président normal ? Peut-être, peut-être pas

La question est de savoir qui sera le prochain Premier ministre : ni la République en Marche, ni le Rassemblement National, ni les autres candidats n’ont à la fois le nombre, la légitimité de terrain et l’appareil politique leur permettant de renouveler le coup de surprise qui avait donné à Emmanuel Macron les quasi pleins pouvoirs en remplissant les bancs de l’Assemblée d’une majorité qui pendant 5 ans s’est uniquement fait remarquer par son absence absolue.

Il y a de très fortes chances que l’abstention soit de nouveau au rendez-vous, et dans cette hypothèse, les élus locaux qui sont la force principale de la droite feront toute la différence.

Après l’Assemblée normale, le candidat normal sera-t-il donc le prochain président normal ?

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