François Hollande veut renommer le PS : le degré zéro de la dimension politique

François Hollande en 2007 by Parti socialiste (CC BY-NC-ND 2.0) — Parti socialiste, CC-BY

Ni Joffrin ni Hollande ne semblent s’être livrés à une remise en cause des fondements mêmes de leur logiciel socialiste.

Par Claude Robert.

Tandis que la gauche allemande a fait son Bad Godesberg en 1959 et que l’italienne a fait son aggiornamento quelques décennies plus tard, chez nous, fin 2020, François Hollande se demande s’il ne faut pas renommer le PS.

Le doux confort d’une réalité parallèle

Tout n’est pourtant pas rose pour le socialisme franchouillard. D’une part, la tornade LREM a complètement siphonné un PS qui était déjà mal en point.

D’autre part, de nombreux leaders de la droite républicaine et du centre se sont convertis à son idéologie, coupant l’herbe sous les pieds d’une cléricature gauchiste ayant de plus en plus de mal à distinguer qui anathématiser dans le camp d’en face.

À cela s’ajoutent les coups de boutoir d’un contexte sécuritaire qui fissure les fondements même de la composante dite « progressiste » du socialisme gaulois, à savoir son idéologie tiers-mondiste bisounours.

Enfin, il y a surtout ce puissant déclin socio-économique du pays France, déclin qui gâche toujours un peu plus les festivités électorales, et qui justifierait à lui seul un bouleversement radical de l’offre politique.

Or, de toute évidence, la stratégie de François Hollande ne semble porteuse d’aucun espoir de réforme sur le fond, tout comme celle d’un Laurent Joffrin d’ailleurs. Ces deux leaders, qui se sentent soudainement pousser l’âme d’un Saint Bernard du gauchisme, affichent une triste similarité : celle de ne rien proposer qui soit de nature à régler la sérieuse crise structurelle que traverse le pays.

Ces deux sauveteurs de la nostalgie socialiste vivraient-ils dans une réalité parallèle ? Pas seulement ! Leur objectif se trouve bien évidemment ailleurs.

Laurent Joffrin ou la fuite dans la nostalgie consensuelle

Comme l’indique Libération (26/11/20), « à l’initiative du collectif ‘Les Engagé.e.s’, l’éditorialiste qui quitte Libération appelle à la création d’une ‘force centrale’ capable d’englober’ les formations de la ‘gauche historique’. Objectif : offrir une alternative de progrès à un duel Macron-Le Pen en 2022 ».

Laurent Joffrin souhaite une gauche « réaliste » qui ne soit ni « entièrement écologiste, ni bien sûr d’extrême-gauche » (Les Échos 17/07/20). Une centaine de personnes ont signé son manifeste parmi lesquelles on reconnaîtra un assortiment de professions qui fleurent si bon la gauche française : « philosophes, sociologues, experts, comédiens, créateurs, militants d’associations, quelques syndicalistes… ».

Tout de même, dans un pays qui se désindustrialise à une vitesse sidérante, dans un pays qui croule sous les taxes et les réglementations, dans un pays dont la gouvernance semble préemptée par une caste inamovible mais jamais accountable, n’y a-t-il rien de plus crucial que d’offrir une « alternative au duel Macron-Le Pen en 2022 » ?

On croit rêver devant un objectif aussi rudimentaire, dont on pourrait, en réalité, résumer le credo en un très primaire « moi aussi je veux être élu » !

François Hollande ou la pêche aux voix mécontentes

La stratégie de François Hollande est encore très évasive, mais pas moins opportuniste. L’ancien président souhaite en effet poursuivre l’aventure d’un PS dont il veut rénover l’image en changeant le nom.

Et comme par le passé, son plan se résume à capitaliser sur le mécontentement et les frustrations générées par son adversaire. Hier c’était Sarkozy, aujourd’hui c’est Macron dont il dit dans L’Obs (25/11/20), que pour gagner, « le PS doit miser sur les électeurs déçus par son mandat ».

L’avenir du pays s’arrêterait-il à l’exploitation électoraliste des frustrations des citoyens le jour des élections ? D’ailleurs, l’avenir du pays est-il potentiellement inscrit dans l’appréciation que fait chaque Français de l’actuel gouvernement ? N’y aurait-il pas une part nécessaire d’éducation des électeurs sur l’état réel de l’Hexagone, et sur les efforts qui les attendent inéluctablement ?

Ainsi, ni Joffrin ni Hollande ne semblent s’être livrés à une remise en cause des fondements mêmes de leur logiciel socialiste. Au lieu de considérer la situation de délabrement social et économique de notre pays, et de réfléchir à ce qui serait le plus bénéfique à ce dernier, tous deux donnent l’impression de limiter leur stratégie à une simple chasse aux voix.

Tels deux lessiviers réveillés à l’approche d’une échéance primordiale et qui tentent de grappiller des clients chez la concurrence, Hollande et Joffrin ont définitivement enterré la pourtant si noble dimension politique, réduisant celle-ci à une simple et cynique course à la conquête du pouvoir.

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