La servitude volontaire au temps du covidisme

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Si les progrès favorisés par la mondialisation ont permis de mettre au point très rapidement des vaccins efficaces contre ce mal récent, il n’en va pas de même du covidisme.

Par Gérard-Michel Thermeau.

La servitude volontaire participe de ces expressions à la fois célèbres et méconnues. Elle est associée au nom d’Étienne de La Boétie, le fameux ami de Montaigne. Le Discours de la servitude volontaire a été publié en 1576.

En ces temps de covidisme – je parle ici de l’affection dégénérative qui affecte le débat public, non de la pandémie provoquée par la Covid-19 -, ce texte vaut d’être rappelé. En effet, si les progrès favorisés par la mondialisation ont permis de mettre au point très rapidement des vaccins efficaces contre ce mal récent, il n’en va pas de même du covidisme.

Cette dégradation de l’intelligence et de l’esprit critique entraîne cependant de graves séquelles : restriction très importante des libertés individuelles et extension de la censure des opinions « non respectables ». Mais la mise au point de vaccins ne paraît guère à l’ordre du jour. Peut-être dès lors, pouvons-nous chercher quelques remèdes dans les écrits du passé comme ce Discours de la Servitude volontaire de La Boétie.

Covidisme et servitude volontaire

Un des avisés lecteurs de Contrepoints estime que les articles vont de pire en pire. Non pas « sont » mais « vont ». Ils vont donc mal. Il s’agit visiblement d’un virus qui contamine les textes dans leur qualité. Je ne sais si c’est le virus de l’anachronisme qui entacherait, parait-il, gravement les articles où j’aime bien remettre en perspective historique notre peu joyeux présent. Mais je veux bien encore prêter le flanc à la critique.

J’avais évoqué dans un article précédent la question de la dictature, accusation pointée contre notre président bien-aimé, puis je me suis penché sur le despotisme éclairé dont il me paraissait être l’héritier. Pour en rajouter, exaspérer les uns ou ravir les autres, j’ai donc décidé de me replonger dans le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de la Boétie dont tout le monde parle mais que personne ne lit.

Gaspard Koenig, une des rares figures médiatiques à défendre un point de vue libéral au temps du covidisme, avait utilisé l’expression dans un entretien accordé au Figaro il y a quelques mois.

Tyrannie et servitude volontaire

Dans les colonnes de Contrepoints, Johan Rivalland avait célébré autrefois La Boétie, constatant que la liberté n’était pas la chose la mieux partagée au monde.

Pour La Boétie, il est trois sortes de tyrans. « Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. » On ne peut rien attendre des conquérants ni des monarques héréditaires, La Boétie glisse donc rapidement dessus pour s’attarder davantage sur le prince élu démocratiquement : «  il semble qu’il devrait être plus supportable ; il le serait, je crois, si dès qu’il se voit élevé au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi qu’on appelle grandeur, il décidait de n’en plus bouger. »

Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. « Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter. » Ainsi la démocratie pour La Boétie n’est qu’une forme de tyrannie parmi d’autres.

Pourquoi les humains acceptent-ils la servitude ?

«  Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir. »

Mais pourquoi les humains acceptent-ils la servitude ?

D’abord par habitude, ensuite par la ruse des tyrans soucieux d’avachir leurs sujets. « Il est certain qu’avec la liberté on perd aussitôt la vaillance. » La Boétie considère aussi le peuple des villes comme particulièrement ignorant, « il est soupçonneux envers celui qui l’aime et confiant envers celui qui le trompe ». On asservit facilement les gens par « la moindre douceur qu’on leur fait goûter ».

Comme tous les écrivains des temps anciens, La Boétie utilise des exemples tirés de l’Antiquité :

« On raconte que Lycurgue, le législateur de Sparte, avait nourri deux chiens, tous deux frères, tous deux allaités au même lait. L’un était engraissé à la cuisine, l’autre habitué à courir les champs au son de la trompe et du cornet. Voulant montrer aux Lacédémoniens que les hommes sont tels que la culture les a faits, il exposa les deux chiens sur la place publique et mit entre eux une soupe et un lièvre. L’un courut au plat, l’autre au lièvre. »

Ne penserait-on pas à la fable du Loup et du Chien du bon La Fontaine dont on célébrait d’ailleurs cette année le 400e anniversaire de la naissance ?

Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? Pas toujours, mais qu’importe ?

La servitude volontaire devient naturelle

En effet, qu’importe ? En fait, « toutes choses deviennent naturelles à l’homme lorsqu’il s’y habitue ». Ne voit-on pas des gens se promener seul dans la rue avec un masque sur le visage alors que rien ne les y oblige et que rien ne le justifie sur le plan médical non plus ?

Et comme je me sens en état d’anachronisme persistant, je vais ajouter ce passage du Discours :

« Les tyrans faisaient largesse du quart de blé, du septier de vin, du sesterce, et c’était pitié alors d’entendre crier : « Vive le roi ! » Ces lourdeaux ne s’avisaient pas qu’ils ne faisaient que recouvrer une part de leur bien, et que cette part même qu’ils en recouvraient, le tyran n’aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée. »

Seuls de mauvais esprits y verraient le moindre rapport avec le « quoi qu’il en coûte ».

Doit-on être optimiste ?

La Boétie était pourtant optimiste : « Il s’en trouve toujours certains, mieux nés que les autres, qui sentent le poids du joug et ne peuvent se retenir de le secouer, qui ne s’apprivoisent jamais à la sujétion. » Le seul fait que cet adolescent doué ait pu écrire ce Discours le souligne assez.

Je recommanderais bien la lecture obligatoire de ce Discours de la servitude volontaire. Mais combien d’injections seraient nécessaires ? Et combien de rappels envisageables ?

Non finalement, laissons le libre choix à chacun.

Ce sera mieux pour tout le monde.

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