États-Unis : la liberté à géométrie variable du Parti républicain

GOP elephant by Rachel Maddow (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

Au Texas ou en Floride, la droite américaine utilise tous les stratagèmes pour limiter la liberté. Elle ne fait guère mieux que la gauche démocrate.

Par Pierre-Guy Veer.

Cette fin de semaine était le 4 juillet, la célébration de l’indépendance des 13 colonies de l’Empire britannique. Outre « barbecue » et « feux d’artifices », l’expression la plus (sur)utilisée pour la célébration est « liberté. » Malgré les promesses du début, les gouvernements successifs ont de plus en plus érodé les libertés individuelles au profit du Léviathan.

On peut facilement s’y attendre du Parti démocrate. De Alexandria Ocasio-Cortez à Elizabeth Warren, en passant par la présente administration Biden et Bernie Sanders, le parti de l’âne s’imagine que, hors de l’État, point de salut.

Mais en regardant de plus près, le Parti républicain n’est guère mieux. On pourrait longtemps parler des excès de Trump, mais le niveau étatique n’est guère plus reluisant.

Texas

Au Texas, l’État qui se vante de « ne pas se laisser intimider » (don’t mess with Texas) ne se gêne pas, de son côté, d’intimider autrui.

Récemment, au nom du combat contre l’exploitation sexuelle, on a criminalisé l’embauche de femme de 18-20 ans – légalement adultes, mais pas assez pour boire de l’alcool – dans des emplois à connotation sexuelle. Les coupables risquent entre deux et vingt ans de prison.

Ainsi, les femmes sont infantilisées et également les tenanciers de bars de striptease, mais de sex shop. La même loi pénalise aussi quiconque laisse entrer un mineur dans de tels établissements. Bref, le puritanisme caractéristique des conservateurs aux États-Unis surgit une fois de plus, en ne faisant rien pour combattre l’exploitation sexuelle. Au contraire, l’illégalité ne fait que rendre les produits et services encore plus dangereux.

N’étant pas en reste de ses assauts à la propriété privée, le gouvernement Greg Abbott a repris la chimère chérie de Trump : le contrôle des frontières. Abbott a ainsi puisé dans une réserve de fonds d’urgence – pour des vraies catastrophes comme un ouragan ou une panne massive – pour commencer à financer un mur à la frontière du Mexique.

Oh, il est certain que la situation migratoire n’est pas rose, avec les séparations de familles et les enfants placés en centre de rétention d’immigrants. Mais tant que le système légal d’immigration ressemblera à la Maison qui rend fou – j’y suis passé, alors je confirme – les incitatifs pour traverser illégalement seront nombreux.

De plus, la majorité des terres frontalières sont privées. Alors si Abbott veut poursuivre son projet, il fera face à une forte résistance s’il veut se saisir des terres.

Toujours au sujet de la propriété, Abbott veut maintenant obliger toutes les écoles à offrir une éducation patriotique et à afficher la devise « In God We Trust », les équipes sportives à jouer et respecter l’hymne national sous peine de voir leurs fonds coupés et empêcher les employeurs d’exiger la vaccination des clients ou employés.

Floride

Le collègue républicain d’Abbott en Floride, Rick DeSantis, a adopté une politique similaire contre l’industrie des croisières, vache à lait pour l’État.

Mais pire encore : il a adopté une loi draconienne – et fort probablement anticonstitutionnelle – qui empêche les médias sociaux d’exclure un politicien de leur plateforme. Loi qu’Abbott supporte de tout cœur.

N’en déplaise à ces Républicains, l’exclusion de quiconque d’un média social n’est pas de la censure. Ces plateformes sont privées et ne sont pas des monopoles, comme l’ont ironiquement prouvé certains politiciens de toute allégeance.

Si vous croyez que les médias sociaux sont un « problème » maintenant, imaginez ce que ce sera avec l’intervention des gouvernements. La loi floridienne – déjà contestée en cour – présentait une exception hypocrite qui protégeait indirectement Disney et NBC Universal, deux parcs d’attractions très lucratifs. Bref, c’était un acte de revanche. Ce n’est pas comme si les démocrates saisiraient la balle au bond un jour…

En d’autres termes, la liberté, si chère dans la psyché américaine, est sur respirateur artificiel. Autant les démocrates, depuis au moins Franklin Roosevelt, l’ont sacrifié sur l’autel du bien commun, autant les républicains utilisent toutes sortes d’excuses pour la limiter.

Ce pays n’est plus que l’ombre de lui-même.

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