Donald Trump signataire de la pétition des marchands de chandelles

President Trump returns By: The Epoch Times - CC BY 2.0 — CC-BY

Trump s’est (de nouveau) fourvoyé en affirmant que les guerres commerciales sont faciles à gagner.

Par Pierre-Guy Veer.

Monsieur le Président,

Nous, les marchands de produits d’éclairage, tenons à vous féliciter quant à votre lutte féroce face aux impitoyables Chinois. En effet, leurs produits bon marché sont une honte pour quiconque veut protéger des bons emplois américains. Grâce à votre lutte acharnée, nous redeviendrons la puissance manufacturière que nous étions et l’Amérique sera grande à nouveau.

Toutefois, nous avons besoin de votre aide. Nous subissons l’intolérable concurrence d’un rival étranger placé, à ce qu’il paraît, dans des conditions tellement supérieures aux nôtres, pour la production de la lumière, qu’il en inonde notre marché national à un prix fabuleusement réduit ; car, aussitôt qu’il se montre, notre vente cesse, tous les consommateurs s’adressent à lui, et notre branche d’industrie, dont les ramifications sont innombrables, est tout à coup frappée de la stagnation la plus complète. Ce rival, qui n’est autre que le soleil ! Nous demandons qu’il vous plaise de faire une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents, volets, rideaux, vasistas, œils-de-bœuf, stores, en un mot, de toutes ouvertures, trous, fentes et fissures par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons, au préjudice des belles industries dont nous nous flattons d’avoir doté le pays, qui ne saurait sans ingratitude nous abandonner aujourd’hui à une lutte si inégale.

Cordialement,

L’Association des marchands d’éclairage

Si vous trouvez cette pétition risible, alors félicitations : vous venez de rejeter la politique commerciale de Donald Trump et, en partie, de Bernie Sanders.

En effet, cette politique se résume à ceci : quelqu’un, quelque part, produit mieux que moi ; c’est intolérable et mauvais pour mes affaires alors on doit forcer les gens à ne pas acheter ledit produit.

Une politique misanthrope et paternaliste

Cette façon de mener la politique commerciale est mauvaise à au moins deux niveaux.

Premièrement, elle est très misanthrope. En effet, elle estime que la libre concurrence – les choix quotidien de tout un chacun, reflété par l’achat du produit X et non Y – n’est pas acceptable et que les choix subjectifs des individus ne sont pas les bons. Qui diable est le gouvernement pour me dire que je ne peux pas m’acheter des chaussettes qui seront usées à la corde après 6 mois ? Je suis assez intelligent pour savoir que des vêtements achetés à Wal-Mart ou dans un magasin semblable ne dureront pas autant que des vêtements Prada ou Yves Saint-Laurent.

« Malheureusement », je n’ai pas six dollars à dépenser par paire pour vêtir mes pieds. Si je veux dépenser le même montant pour obtenir 12 paires moins durables, ça ne concerne que moi.

Et deuxièmement, cette politique protectionniste est incroyablement paternaliste. En effet, à cause d’une minorité geignarde très bruyante, le gouvernemaman (version québécoise de État-nounou) décide à notre place que le produit X et non Y doit être acheté. Le premier étant immanquablement plus cher (sinon pourquoi forcer son achat ?), il me restera ainsi moins d’argent pour acheter autre chose, ou investir, me rendant ainsi plus pauvre.

Des dommages déjà visibles

Par ailleurs, la guerre commerciale de Trump a déjà causé d’importants dommages à son pays.

Pour le soja, les exportations se sont effondrées de 94 % (non, ce n’est pas une erreur de décimale) à la fin de 2018. Pour compenser cette saignée, le département de l’Agriculture s’est porté au secours des fermiers affectés à hauteur de 12 milliards de dollars. Bref, plutôt que de laisser ses citoyens choisir librement comment ils mangent leur tofu, Trump les force à acheter aux États-Unis, pour ensuite « aider » les producteurs qui perdent la quasi-totalité de leur marché, orienté vers l’exportation.

Le marché de l’acier – un favori des protectionnistes américains – a été affecté par la hausse des tarifs douaniers aussi. Les usines utilisant davantage d’énergie, celles de US Steel Corp notamment, ont vu leur valeur diminuer de 70 % depuis la fin 2017. Par la bande, le marché du whiskey (vendu dans des tonneaux d’acier) a aussi connu une diminution des partenaires commerciaux répliquant aux tarifs.

En d’autres termes, Trump s’est (de nouveau) fourvoyé en affirmant que les guerres commerciales sont faciles à gagner. En fait, elles mènent tout droit à des crises économiques ; les tarifs Smooth-Hawley du président Hoover ont grandement exacerbé les effets de la Grande dépression qui commençait à l’époque.

Déjà, l’économie américaine montre des signes de ralentissement avec une création d’emploi en-deçà des attentes et des craintes de la part des consommateurs. Et avec une fermeture de plus en plus évidente du commerce international, l’éclatement de la présente bulle sera encore plus laid qu’en 1929 ou 2008.

En espérant qu’une autre guerre mondiale, menée par des dirigeants mégalomanes, ne poindra pas non plus…

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