Ni confinés, ni libérés : l’opaque « troisième voie » d’Emmanuel Macron

Screenshot_2020-12-23 (1) Emmanuel Macron positif au Covid-19 et placé à l'isolement AFP - YouTube - https://www.youtube.com/watch?v=FOOAoUlryyk — AFP - YouTube ,

Emmanuel Macron nous offre une application sanitaire de la rhétorique qui l’a fait élire. Un équilibre qui se fait malheureusement au détriment de la liberté.

Par Jonathan Frickert.

« Cachez ce confinement que je ne saurais voir », aurait pu s’écrier Molière s’il avait été un de nos contemporains, tant la communication gouvernementale semble plus proche de Tartuffe que d’Orgon.

Cette communication tartuffienne, le gouvernement en a ces derniers jours montré toute l’étendue. Le week-end dernier, la publication de l’attestation de déplacement pour les 16 premiers départements reconfinés a provoqué l’hilarité des réseaux sociaux tant sa rédaction faisait montre d’une complexité bureaucratique aussi caricaturale qu’inutile.

Une complexité à laquelle s’ajoutent des slogans vides voire totalement contradictoires, à la manière du spot partagé par Olivier Véran sur Twitter le 9 mars dernier montrant une personne âgée vaccinée retrouvant ses petits enfants sans masque ni gestes barrières avant qu’un message ne s’affiche appelant au respect des règles sanitaires même une fois vaccinés.

 

Emmanuel Macron nous offre ainsi une application sanitaire de la rhétorique qui l’a fait élire. Un équilibre qui se fait malheureusement au détriment de la liberté.

Pas de stratégie explicite

Conscient que les restrictions sanitaires sont de moins en moins bien supportées, l’objectif affiché du gouvernement est désormais d’habituer la population à vivre avec le virus, au prix de l’incompréhension des médecins les plus informés.

Interrogé par les journalistes du Monde, le professeur de santé publique et directeur de l’Institut de santé globale de Genève Antoine Flahault admet que « le gouvernement français n’a pas de stratégie explicite : on ne sait pas où il veut aller », reléguant par exemple au rang de simple déclaration d’intention le plancher des 5000 contaminations quotidiennes fixé à la veille du deuxième confinement.

Une situation similaire à ce que connaissent plusieurs pays d’Europe rhénane, où l’entre-deux est semble-t-il également devenue une nouvelle règle d’or.

Papy et mamie dans la cuisine… encore !

Illustration concrète de cet exercice de funambulisme : les récentes déclarations du ministre de l’Intérieur au sujet des fêtes du mois d’avril.

En effet, si les fêtes de fin d’année ont déjà relevé d’un rare exercice d’infantilisation, avec les appels surréalistes de la part de Rémi Salomon à ce que « papy et mamie mangent dans la cuisine et nous dans la salle à manger », les prochaines semaines devraient connaître un épisode similaire, les trois religions abrahamiques célébrant à quelques jours d’intervalles la Pessa’h, Pâques et le début du Ramadan.

Interrogé mercredi matin par Jean-Jacques Bourdin, Gérald Darmanin a ainsi déclaré que si les offices religieux pourront bel et bien se tenir en respectant le couvre-feu ainsi qu’une distanciation physique de deux sièges dans les églises, les Français sont invités à limiter le nombre de convives lors des repas de famille.

L’invocation de la troisième voie

Difficile dans ces conditions de faire passer un message clair aux Français.

Jean Castex s’y est pourtant essayé à travers une expression bien particulière. Évoquant le désormais célèbre « freiner sans enfermer », le Premier ministre a qualifié la stratégie gouvernementale de « troisième voie », application sanitaire du « en même temps » cher à l’exécutif et curieuse formule dans la bouche d’un chef de gouvernement entouré de conseillers et de communicants connaissant le sens des mots.

Revendiqué aussi bien par les communistes anti-soviétiques que par les néo-fascistes, le concept de « troisième voie » est né d’une encyclique papale publiée par Léon XIII à la fin du XIXe siècle et invoquant une voie médiane entre socialisme et capitalisme. Dans les années 1990, la troisième voie s’est incarnée sous sa forme la plus connue avec l’élection de Bill Clinton aux États-Unis, de Wim Kok aux Pays-Bas puis de Tony Blair au Royaume-Uni. Trois chefs d’État et de gouvernement incarnant une gauche dite « moderne » et produit de l’émergence d’offre politique dite sociale-libérale, admettant les acquis de la révolution conservatrice et l’échec du marxisme quelques années après la chute de l’URSS.

En France, ce courant a été incarné dès les années 1970 par Michel Rocard puis Jean-Marie Bockel et Manuel Valls, mais il ne connaîtra son heure de gloire qu’en 2016 avec la candidature présidentielle d’un certain Emmanuel Macron porté les fameux « ni droite ni gauche ».

Une position d’équilibre qui s’est toutefois rapidement transformée en politique de la chaise musicale à la faveur de la crise sanitaire.

Troisième voie et invocations creuses

L’invocation d’une « troisième voie » se trouve donc ici vidée de son sens.

Les bilans de Clinton, Blair et Kok étaient largement positifs. La présidence Clinton s’est terminée par une baisse des dépenses publiques et le dégagement d’excédents budgétaires, les trois cabinets Blair ont continué la politique thatchérienne de réduction du poids de l’État et le mandat de Wim Kok a été fait d’assainissements des finances publiques et de créations d’emplois.

Des politiques en contradiction totale avec le bilan de la gestion sanitaire d’Emmanuel Macron, en particulier lorsqu’on tente de recycler les formules qui ont fait le succès du candidat pour mieux masquer les échecs de la politique sanitaire du président élu.

Le flou érigé en politique sanitaire par le gouvernement empêche de se projeter dans l’avenir. Un flou qui s’ajoute donc aux nombreuses restrictions imposées à la vie civile, attaquant ainsi doublement nos libertés : par les mesures gouvernementales et par l’inconsistance de ces dernières.

Prenons-en le pari immédiatement, cette stratégie ne débouchera que sur une chose : un nouveau confinement national et donc une réduction supplémentaire de notre sphère de liberté.

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