Dedans avec les miens, l’année prochaine dehors par les citoyens ?

Screenshot_2020-12-23 (2) Déconfinement Castex à l'heure des choix AFP - YouTube - https://www.youtube.com/watch?v=Rm0ge45NGaU — AFP - YouTube,

Le gouvernement n’en finit plus d’innover sous le coup de la crise sanitaire. Après la novlangue, le nouveau slogan de sa campagne s’intitule « Dedans avec les miens, dehors en citoyen ». Qu’en penser ?

Par Jean-Philippe Feldman.

Jean Castex a dévoilé le 22 mars le nouveau slogan de la campagne de communication du gouvernement : « Dedans avec les miens, dehors en citoyen ». Slogan effectivement puisque, à défaut de fond, l’État-spectacle règne. Cette fois, pas de novlangue, mais des termes simples, pour ne pas dire simplistes, afin que tous les individus – pardon, tous les citoyens – même les plus innocents, puissent comprendre les ordres donnés par nos brillants énarques.

L’infantilisation des Français

La campagne se veut effectivement pédagogique puisque pour chacune des deux parties du slogan, des explications tout aussi simples sont données. Ici se retrouvent alors quelques avertissements, en apparence limpides, livrés par notre État paternaliste. En apparence seulement comme nous allons le voir.

Sous le titre « Dedans avec les miens » se trouve par exemple l’ordre « Je ne reçois pas chez moi ». Ce qui signifie sans doute que l’on peut être chez soi avec les siens, sa famille, ses proches, mais pas avec des amis, encore moins des étrangers. Avec des proches mais en nombre limité malgré tout, et les grands-parents sans doute à la cuisine comme pour les fêtes. Mais « avec les miens » signifie aussi que « je télétravaille ».

Donc je reste dedans avec les miens, mais je peux être dehors avec les autres par le truchement de mon ordinateur, le gouvernement ne l’ayant pas (encore) interdit. « Je ne sors pas après 19 heures » sauf exception, ce qui signifie alors que, toujours par exception, je ne suis plus « dedans avec les miens ». Clair non ?

Et si je vais dehors, seconde partie du slogan, c’est en tant que citoyen. C’est donc en tant que tel, pour illustration, que « je porte le masque et je respecte les distances ». Mais alors « dedans avec les miens », je peux ne pas porter de masque et ne pas garder mes distances. Injonction étrange quand l’on sait que le gouvernement nous exhorte par ailleurs à « aérer » périodiquement nos logements qui sont des foyers d’infection.

On pourrait reprendre chacun des termes de la campagne gouvernementale et s’en gausser. À force de prendre les Français pour des benêts, il n’est pas sûr que notre énarchie se fasse des amis.

Citoyens ou individus ?

Toutes ces critiques sont aisées. Autrement important nous semble le fait qu’une nouvelle fois, le gouvernement entende politiser plus encore le pays.

Le slogan est sinon incompréhensible, du moins maladroit. En effet, il s’en infère que le pré carré est la sphère de la famille, des proches, et que tout ce qui est hors de son domicile relève de la sphère publique. On peut en déduire qu’un individu qui vote à distance de chez lui n’est pas un citoyen, alors qu’il l’est hors de chez lui même au titre des activités les plus anodines.

Mais en quoi est-ce « être citoyen » que de « porter un masque et de respecter les distances » ? Le gouvernement veut dire par là sûrement que les Français doivent avoir un comportement civique. Si ce n’est qu’être civique ne veut pas dire forcément être citoyen !

Il faut en revenir aux termes. Un citoyen, selon le Littré, est celui qui jouit du droit de cité dans un État et, plus largement, l’habitant d’une cité ou d’un pays. Sous couvert de paternalisme et de moralisme sirupeux, le slogan du gouvernement pervertit la séparation essentielle entre la société civile et l’État. La boulimie interventionniste et bureaucratique entend phagocyter de plus en plus celle-là au profit de celui-ci.

Les atteintes portées à cette séparation traduisent des violations des libertés et, dans les cas extrêmes et à terme, elles conduisent à une société de nature totalitaire. Nous en sommes heureusement encore loin en France, mais le danger doit être dénoncé et la vigilance est de mise.

Un slogan révolutionnaire ?

Le slogan gouvernemental nous fait penser que les réminiscences révolutionnaires n’appartiennent pas à un passé lointain. Faudra-t-il bientôt que, comme en 1789, on se nomme mutuellement « citoyens » ?

Le gouvernement ferait bien de se souvenir que la politisation généralisée de la société, autrement dit l’intervention de l’État dans chaque domaine de la société civile, a abouti jadis à faucher quelques milliers de têtes. Le gouvernement devra d’ailleurs se préoccuper de sauver la sienne en avril 2022 et de faire mentir le nouveau slogan qui va faire fureur sur les réseaux sociaux :

Dedans avec les miens, l’année prochaine dehors par les citoyens !

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