Covid : l’impasse française de la « troisième voie »

Lors de sa conférence de presse du 18 mars 2021, le Premier ministre a annoncé un nouveau confinement sous le vocable de « troisième voie ». Autopsie d’un nouvel échec de l’État français.

Par Jean-Philippe Feldman1.

 

Le Premier ministre a réalisé jeudi soir une performance de choix. Très à l’aise dans son rôle d’organisateur de la lutte contre la pandémie, il a laissé croire que le gouvernement maîtrisait la situation de A à Z sur le mode « puisque les mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur ».

Les carences du « modèle social » français

En réalité, l’État ne maîtrise absolument rien depuis mars 2020. La France s’est ridiculisée dans le monde entier du fait de son impréparation totale, puis de sa gestion erratique de la crise.

N’ayons pas la cruauté de rappeler les circonvolutions gouvernementales au sujet des masques, puis des appareils de réanimation, puis des « super-réfrigérateurs », sans parler de la vaccination en cours… Le « modèle social que le monde entier nous envie » a montré toutes ses carences.

La bureaucratie et le centralisme français ont fait voler en éclats le meilleur système de santé de l’univers dont nous nous plaisions tant à nous enorgueillir.

D’aucuns ont pu être surpris de ce troisième confinement, qu’il soit régional ou départemental. Certes, il est manifeste que le chef de l’État a freiné autant que possible les velléités de reconfinement qui avaient été exprimées par plusieurs membres du gouvernement, certains de ses proches et de multiples autorités médicales.

Mais en définitive le pic de contamination avait été annoncé pour mars il y a de nombreux mois déjà. Nous y sommes, avec les conséquences prévisibles d’un reconfinement sans doute d’ores et déjà acté jusqu’au mois de mai prochain, comme l’année dernière. 2021 singe comme l’on pouvait s’y attendre 2020.

Une troisième voie sans issue

Attention ! Il ne s’agit pas d’un nouveau confinement mais, selon la novlangue de Matignon, d’une « troisième voie » pour les semaines à venir. Ce serait un durcissement des règles sans pour autant revenir à la situation des deux confinements précédents, les leçons ayant été brillamment tirées par notre État providence.

L’expression de « troisième voie » est amusante puisqu’elle renvoie à la caractéristique essentielle de la politique menée depuis l’élection du chef de l’État, mi-capitaliste mi-socialiste.

En deux mots, il s’agit ici de confiner certes, mais en laissant respirer les individus concernés. Nos hommes de l’État faisant montre d’une inventivité proverbiale, il convient selon le nouveau slogan de la novlangue de « freiner sans enfermer ».

Autrement dit, le gouvernement empêche les gens de travailler, mais ceux-ci pourront prendre l’air plus ou moins librement, plutôt moins que plus… munis de leur attestation, administration kafkaïenne oblige ! Exsangues économiquement, ils se prélasseront sans doute aux frais de la princesse. Voilà une bonne nouvelle ! Et lors du troisième « déconfinement » au printemps prochain, on comptera « quoi qu’il en coûte » les morts économiques….

L’incapacité de l’État français

Quant aux lits de réanimation, c’est l’Arlésienne. Pour quelques malheureuses centaines de personnes qui doivent être en observation ou en réanimation, on restreint les déplacements d’une population entière, on interdit les franchissements de région, on ferme des dizaines de milliers de commerces et on continue de tuer l’économie à petit feu.

La bureaucratie n’a pas tiré les leçons des vagues précédentes. Les services de réanimation franciliens sont débordés car on ne compte toujours guère plus de 1100 lits de réanimation dans la région. Autrement dit, rien n’a été anticipé et – ce point a été dénoncé il y a quelques semaines par un journal satirique – les décomptes des lits vides dans les hôpitaux ne sont même pas tenus à jour en Île-de-France… Il a donc été impossible d’augmenter de quelques centaines le nombre de lits de réanimation dans une région riche de 12 millions d’habitants.

Quant à l’épisode burlesque des transferts de patients d’une région à l’autre, là encore les services de santé ont montré une incurie qui s’est traduite par un échec vibrant. Le secteur privé reste largement méprisé et ses capacités ont été sous-employées, ce que vient de dénoncer un rapport de la Cour des comptes après de multiples critiques en ce sens.

L’exercice d’autosatisfaction du Premier ministre le 18 mars n’aura pas réussi à masquer qu’en une année l’État aura non seulement démontré une incapacité à toute épreuve, mais encore qu’il aura été incapable de remédier à ses carences, expérience à l’appui. Rien d’étonnant quand l’on sait que le mammouth soit si difficile à faire bouger. En ce sens, le seul mérite que l’on puisse lui trouver est la constance dans la médiocrité.

Sans verser dans le déclinisme, force est de constater que notre pays s’enfonce de plus en plus dans le sous-développement. En définitive, le gouvernement ne compte plus que sur les beaux jours pour freiner le virus… en espérant que l’un des futurs variants ne s’acclimate pas aux températures clémentes du printemps.

 

  1. Jean-Philippe Feldman vient de faire paraître Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron, Odile Jacob, 2020.
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