Le virus mute, pas les reconfinements

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En traversant la Manche, la mutation du virus va-t-elle amener avec elle son lot de nouvelles mesures liberticides en vigueur en Grande-Bretagne depuis mercredi ?

Par Jonathan Frickert.

« Tout esclave tient dans sa propre main le pouvoir d’annuler sa captivité », faisait dire le dramaturge britannique William Shakespeare à un des deux assassins de Jules César dans sa tragédie éponyme et dont les premières représentations auraient été jouées en pleine épidémie de peste.

Parfois, le pouvoir de briser ses chaînes n’est pas dans les mains, mais dans les bras, à la manière de l’exquise coïncidence du 8 décembre dernier. Ce jour là, un homonyme du dramaturge est devenu le deuxième patient à recevoir un vaccin contre la Covid-19. La campagne de vaccination a fait naître chez beaucoup l’espoir d’une sortie des mesures liberticides qui ne cessent de s’enchaîner.

La découverte d’une nouvelle variante du virus a toutefois rapidement douché cet optimisme retrouvé. En traversant la Manche, la mutation du virus va-t-elle amener avec elle son lot de nouvelles mesures liberticides en vigueur en Grande-Bretagne depuis mercredi ?

Une vaccination contre le virus inutile

Découverte en septembre outre-Manche, la variante britannique rejoint plusieurs mutations du virus et notamment celle détectée en octobre en Afrique du Sud. Pour cause, comme le rappelait en début de semaine la virologue Anne Goffard, plus un virus circule et plus il mute.

Une circulation que le gouvernement britannique a été incapable de maîtriser malgré la campagne de vaccination. Depuis mercredi minuit, l’archipel a ainsi démarré un nouveau confinement.

Un reconfinement annoncé en début de semaine et bien plus dur que celui du printemps. Outre la fermeture des commerces dits « non-essentiels » et les déplacements réservés aux motifs impérieux, le Premier ministre britannique a également fermé les écoles, mesure inédite depuis un an.

L’Angleterre rejoint le reste du pays. Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise, avait décidé de reconfiner la province du nord du pays dès lundi soir, alors même qu’une deuxième campagne de vaccination était lancée.

Dès le lendemain de Noël, ce sont les provinces d’Irlande du Nord et du Pays de Galles qui avaient décidé d’assigner leur population à résidence.

Pas de reconfinement… pour l’instant

Si l’Angleterre est le cas le plus médiatisé de reconfinement, il n’est malheureusement pas le seul. Plusieurs pays suivent le même chemin. En Europe, c’est notamment le cas de l’Allemagne et de l’Autriche. La première a décidé de durcir ses restrictions lorsque la seconde a décidé de reconfiner sa population durant les fêtes de fin d’année.

La tentation liberticide n’est donc pas réservée aux Britanniques, dont le reconfinement ne devrait être levé que de manière progressive à compter du mois de mars. Une méthode qui rappellera sans doute à certains ce qu’il en est depuis deux mois de notre côté de la Manche avec l’idée d’un déconfinement progressif depuis décembre dernier. Pour cause, il y a fort à parier que les mesures britanniques fassent également des petits dans l’Hexagone.

En cette fin de l’année, la Grande-Bretagne a surtout été mise en lumière par l’entrée en vigueur du Brexit, après plusieurs années d’âpres négociations.

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et la fermeture des frontières subséquentes n’aura cependant pas empêché la variante du SARS-Cov2 d’arriver dans nos contrées dès le 25 décembre.

Une importation de la nouvelle souche qui inquiète. De passage chez nos confrères de RTL mardi, le ministre de la Santé a tenu à rassurer. Olivier Veran a évoqué une situation suivie « de très près » par les autorités, d’où la question que beaucoup, depuis lundi, se posent : après avoir importé la variante du virus, peut-on voir la France importer l’idée d’un reconfinement total sur le modèle anglais ?

Les mesures britanniques ne sont pas sans rappeler les mesures demandées par Jeunes Médecins et l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI) fin mars.

Les syndicats avaient en effet saisi le Conseil d’État le 19 mars afin que la juridiction enjoigne le gouvernement de prononcer un confinement total de la population. La requête demandait notamment une interdiction totale de sortie, l’arrêt des transports en commun, activités professionnelles non vitales et la mise en place d’un système de ravitaillement des populations.

La demande avait été fort heureusement rejetée par les juges administratifs aux motifs qu’un tel dispositif menacerait gravement la santé des populations et qu’il exigerait des moyens humains et matériels dont ne dispose pas l’État.

Pas de « prédictologie »

Mais si un confinement total est peu envisageable à court terme, la perspective de nouvelles mesures inspirées directement de l’exemple britannique est loin de relever de la science-fiction.

Toujours sur RTL, Olivier Veran a tenté de rassurer en rappelant que l’exécutif souhaite « éviter le confinement total et la fermeture des commerces », tout en se refusant à fermer la porte à une telle perspective, estimant prendre le risque de passer pour un « prédictologue ».

La précaution oratoire est de rigueur quand on se souvient que quelques-unes des dernières fois où un ministre avait utilisé d’expression « nous voulons éviter », la suite n’a pas été heureuse.

Début juillet, seulement quelques jours après son entrée en fonction, Jean Castex avait annoncé vouloir éviter une deuxième vague avant d’indiquer, deux mois plus tard, vouloir éviter un nouveau confinement. Fin septembre, la deuxième vague frappait de plein fouet le pays. Un mois plus tard, l’Hexagone était reconfiné.

Outre-Manche, une sémantique similaire a été employée.

Boris Johnson n’a guère connu un autre destin. Opposant notoire au confinement avant de s’y résoudre fin mars, le Premier ministre britannique a suivi les pas du chef du gouvernement français. Il avait ainsi annoncé mi-octobre vouloir éviter un nouveau confinement national. Nous connaissons désormais la suite.

Mutation du virus : des restrictions attendues

Difficile dans ces conditions d’être optimiste pour l’avenir des libertés publiques.

Alors que les restaurateurs et exploitants de salle sont au bord de l’implosion devant l’absence de perspective de réouverture, le cumul de la rentrée des classes et des fêtes de fin d’année fait dire à plusieurs spécialistes que nous sommes aujourd’hui à un point d’équilibre entre une troisième vague brutale imposant un nouveau confinement d’un côté et un maintien du statu quo actuel de l’autre.

La situation semble toutefois pencher pour la première option. En témoigne l’avancement du couvre-feu à 18 heures depuis le 2 janvier dernier dans 15 départements de l’est de la France.

Autre signe des difficultés qui s’annoncent : cette avancée du couvre-feu devrait incessamment sous peu être décrétée dans les départements du sud-est du pays.

Ce mercredi s’est tenu le premier Conseil de défense de l’année avant une conférence de presse prévue le lendemain. Après un point sur une stratégie vaccinale erratique critiquée y compris à l’étranger, Jean Castex et Olivier Veran devraient y annoncer de nouvelles restrictions.

La situation des libertés publiques ne devrait donc pas s’améliorer à court terme dans l’Hexagone. La doctrine de stop-and-go épuise de plus en plus de Français soucieux de retrouver leurs libertés et un minimum de visibilité sur leur avenir.

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