Macron : encore une intervention totalement inutile

Emmanuel Macron, président de la République by Mutualité Française on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) — Mutualité Française, CC-BY

Qu’avait à dire Emmanuel Macron de plus que son Premier ministre aurait pu dire, ou même son ministre de la Santé ?

Par Olivier Maurice.

 

C’est donc maintenant officiel : après la pluie, viendra le beau temps. Après la crue, la décrue. Après le confinement, le déconfinement. Nous voici rassurés. Nous n’en attendions pas moins, étant donné que les chiffres d’hospitalisation pour Covid-19 diminuent depuis le 4 novembre, depuis trois semaines.

Mais qu’avait à dire Emmanuel Macron de plus que son Premier ministre aurait pu dire ? Qu’avait à dire Jean Castex deux jours plus tard que le président n’avait pas déjà dit ?

Qu’avaient-ils à dire que n’importe quel médecin ou étudiant en première année de médecine, voire même que n’importe quel internaute sachant où trouver les chiffres officiels n’aurait pu dire sur le vrai sujet, c’est-à-dire le développement de la maladie ?

Rien. Il n’y avait rien à dire d’autre qu’une explication laborieuse sur ce que serait l’agenda des Français dans les deux prochains mois.

Rien sur la maladie, mais énormément sur la crise gigantesque, économique, sociale, politique, même juridique et institutionnelle qu’a engendré la stratégie du pire qui a été choisie il y a maintenant 10 mois.

Bienvenue dans le meilleur des mondes

Dix mois, c’est le temps qu’il a suffi pour nous faire passer d’un régime politique certes un peu exotique et critiquable, la Cinquième République révisée en quinquennat, à un régime politique bien plus simple. Depuis dix mois, le gouvernement nous dicte chaque jour ce que nous devons faire et il n’y a plus trop à réfléchir…

Donc on écoute, on obéit et on ne réfléchit plus.

Comportement étonnant dans un pays où sur une l’échelle de respectabilité, on placerait volontiers les hommes politiques à mi-chemin entre les voleurs de poules et les idiots du village. On pouvait s’attendre à davantage de réactions.

La France déteste l’autorité. Les Français détestent les puissants. Les Français n’en ont absolument rien à faire de la politique, des beaux discours et des promesses qui ne seront jamais tenus.

Mais les Français détestent encore plus les ennuis.

Donc mardi soir, après 7 minutes et 32 secondes d’interminable attente à écouter des explications sur la situation du pays entrecoupées de tirades d’autosatisfaction et de motivation des troupes, la France entière a eu enfin l’information qu’elle attendait, la seule que l’on voulait entendre.

Le lapin est soudainement sorti du chapeau sous un torrent d’applaudissements devant la foule en liesse : nous allons pouvoir passer Noël en famille !

Ce n’était pas une si mauvaise journée après tout. On a connu pire.

La France s’occupe

Emmanuel Macron aura beau faire, il aura beau raconter tout ce qu’il veut, tenter d’expliquer par les chiffres comme la dernière fois ou s’essayer au lyrisme unificateur comme cette fois-ci, tout cela glissera sans mouiller.

Le monde des Français s’est radicalement simplifié en dix mois. Savoir si c’est un bien ou un mal est une autre question.

D’un côté, il y a les choses interdites. Police, menottes, prison. Ou plutôt ausweis, police française et 135 euros pour ta pomme. Choses pour lesquelles il est absolument, totalement, complétement, définitivement et inexorablement inutile de chercher à trouver une quelconque logique ou justification.

C’est comme ça. Même si c’est complément stupide, inutile, idiot, incohérent et ridicule, ça ne sert absolument à rien de râler ou même de se poser des questions, encore moins d’émettre des doutes ou de critiquer.

Donc on oublie et on passe à autre chose.

D’un autre côté, il y a toutes les failles que le système n’a pas encore trouvées, celles qu’on peut contourner, interpréter, ignorer. Ou pas. Mais ça n’empêche pas de continuer à chercher.

Il y a le click-and-collect. Ok, ça ne remplace pas ces délicieux moments de consumérisme à tourner dans les rayons pendant des heures et à se faire embobiner avec délice par le vendeur à la jolie cravate ou la vendeuse discrètement tatouée au poignet. Mais bon, ça permet de résister, de remonter le compteur à transgressions, de se persuader qu’ils ne nous auront pas.

Il y a Amazon, parce que franchement, les petits commerçants, ils sont bien gentils, mais faut pas exagérer quand même !

Et il y a aussi le magasin de spécialités suédoises au bout de la rue piétonne. Lui il a le droit de rester ouvert, parce qu’il vend du gravelax et de la confiture d’airelles, et aussi des pulls et des jouets en bois (mais en click-and-collect avec la tablette qu’il nous prête pour l’occasion). Il faut aller le soutenir, c’est vrai, c’est dur pour les petits commerçants à cause de ce gros méchant Amazon !

Et puis faut bien passer le temps, et samedi tout ce petit jeu du chat et de la souris sera derrière nous : nous pourrons passer à autre chose, calculer comment partir en week-end en faisant des sauts de puces de 20 kilomètres, par exemple.

Caramba, encore raté

Il reste quand même une question qui trotte dans la tête. Comment va donc finir toute cette histoire ?

Quiconque aura passé plus de dix minutes sur les réseaux sociaux et sur Internet sait qu’il y a grosso modo deux scénarios :

  • Soit ce sont les Français et leur comportement qui sont à l’origine de la propagation du virus : ils ne lavent pas les mains, ne portent pas de masques, font la fête chaque nuit en petite tenue et sortent faire leurs courses cinq fois par jour quand ils sont mourants au lieu de prendre du paracétamol et d’appeler le SAMU pour être transportés en réanimation.
  • Soit l’épidémie est incontrôlable et vit sa vie.

Dans le premier cas, la réponse est très simple : l’épidémie prendra fin quand l’immunité collective sera atteinte, puisque de toute façon, quelles que soient les mesures prophylactiques imposées à grands coups de culpabilisation et de procès-verbaux, les Français ne les respectent pas.

Dans le second cas, la réponse est encore plus simple, puisqu’elle est exactement la même que pour le cas précédent.

Le président Macron inutile

Emmanuel Macron voulait gouverner autrement. Il le fait, on peut au moins lui reconnaitre cela.

Il utilise le budget de l’État comme s’il était rempli de billets de Monopoly. Ce n’est absolument pas ce que l’on reprochait à François Hollande.

Il semble vouloir s’occuper de tout, jusqu’au moindre détail. Ce n’est absolument pas ce que l’on reprochait à Nicolas Sarkozy.

Il gouverne comme on joue au billard à trois bandes, tout en faisant la morale aux Français. Ce n’est absolument pas ce que l’on reprochait à François Mitterrand.

Il agit de façon technocratique. Ce n’est absolument pas ce que l’on reprochait à Valéry Giscard d’Estaing.

On peut effectivement lui reconnaître qu’il n’est pas général, qu’il ne boit de Corona ou ne mange pas de tête de veau.

Le divorce entre les Français et le gouvernement ne date pas d’hier. Et ce ne sont sans doute pas les hommes, ni Emmanuel Macron, qu’il faut blâmer, mais le système tout entier, de la Constitution à la structure de l’administration, en passant par les grandes écoles, des années d’histoire et un certain marigot dans le monde des idées.

Le mal est bien plus profond et en y réfléchissant bien, c’est sans doute à cause de cela que l’on n’attendait rien des discours de l’exécutif.

Pourquoi l’État ?

Ce que nous ont annoncé Emmanuel Macron et Jean Castex ne vient pas d’un long et laborieux travail de consensus et de discussion, d’un douloureux processus de synthèse et de prises de décisions longuement discutées, ni même du résultat de rapports d’études tarabiscotés fruits du travail acharné d’une armée de consultants, d’experts et de hauts fonctionnaires.

Tout a été décidé dans l’obscurité du huis-clos du conseil de défense, puis raccommodé quand on s’est rendu compte des plus grosses coquilles.

Il n’y a pas eu de briefing officieux ou officiel de la presse et des piliers de la vie politique avant l’intervention de mardi : il n’y en avait pas besoin. Tout le monde s’attendait à ce qui allait être dit et qui pouvait plus ou moins être résumé ainsi : voilà ce qui a été décidé et voici pourquoi c’est la meilleure décision possible.

Personne n’attendait rien de ce discours, parce que cela fait longtemps que tout le monde, au fond, a compris qu’il ne faut rien attendre de la politique, du gouvernement ni des services publics. Rien d’autre que l’accomplissement des missions qui sont les leurs : soigner pour l’hôpital, faire appliquer la loi pour la police, rembourser les dépenses de santé pour l’assurance maladie, etc. et pour lesquelles ont peut également se poser pas mal de questions.

Tout le problème de ce pays se résume à cette question très simple : pourquoi l’État ?

On en vient à ne même plus perdre son temps à essayer d’aligner des arguments pour exprimer son mécontentement ou son désaccord, vu que c’était exactement comme pour les attestations de sortie dérogatoires : ça ne sert peut-être absolument à rien de les remplir, comme ça ne sert probablement à rien non plus de ne pas les remplir, mais ce n’est absolument pas la question : le seul choix, la seule raison concrète est de décider de risquer une amende, ou pas.

C’est comme ça. Nous passerons Noël en famille et après nous verrons.

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