Discours d’Emmanuel Macron : nous ne sommes pas près de déconfiner

Macron capture d'écran youtube

L’État bureaucratique, après avoir semé le doute, la défiance et entamé le capital social nécessaire au bon fonctionnement de l’État de droit libéral, se pose désormais comme le gardien de la raison et de la science.

Par Frédéric Mas.

Il fallait annoncer un calendrier clair et rapide afin de déconfiner pour retrouver nos libertés perdues, Emmanuel Macron a préféré exposer un plan d’assouplissement des règles sanitaires par étapes, dont la fin se profilerait éventuellement le 20 janvier prochain.

S’adressant aux Français ce mardi à 20 heures, le président de la République a changé de stratégie pour lutter contre la Covid-19. Le premier confinement s’était conclu par un déconfinement relativement franc, ce qui aux yeux des gouvernants et de ses experts a été une erreur. Le virus n’a pas été éliminé ou du moins son activité n’a pas été ralentie suffisamment, occasionnant en conséquence une seconde vague et donc un second confinement nécessaire, toujours aux yeux de l’ordre bureaucratico-sanitaire que le gouvernement a mis en place.

Pour éviter un troisième reconfinement, les pouvoirs publics ont donc décidé de prolonger le confinement en allégeant au fur et à mesure ses restrictions en fonction de l’amélioration des conditions sanitaires nationales, tout en isolant les cas contacts plus que l’ensemble de la population.

Responsabilité limitée des Français… et des gouvernants

Le maître mot du chef de l’État a été « responsabilité » : les Français doivent agir de manière responsable pour que son plan se déroule sans accroc. Seulement pour ce faire, le maître a rallongé la laisse plutôt que la couper franchement, ce qui tend à vider le mot de son sens.

Certaines mesures ne changeront pas : l’encouragement au télétravail, la limitation des déplacements, l’interdiction des grands rassemblements ou encore la nécessité de se munir de la sacro-sainte attestation de sortie que le monde entier nous envie.

Mais nous sommes priés de nous réjouir : le périmètre de nos sorties s’est étendu, une partie des commerces peut enfin rouvrir – à condition de respecter un couvre-feu – dès samedi prochain et les Français pourront « célébrer » Noël. Un Noël un peu triste, en petit comité ou en transformant le salon en salle de réanimation.

Si on en croit Rémy Salomon, qui expliquait dans la journée d’hier que la distanciation sociale demandait de reléguer ses grands-parents dans la cuisine, un peu comme des domestiques, la fête doit se faire, mais sans que les gens n’interagissent trop ensemble. C’est trop dangereux pour tout le monde.

Les catholiques, qui depuis des semaines manifestaient pour la réouverture des lieux de culte, sont aussi priés de se réjouir : ils pourront assister à la messe par paquet de 30. On sent qu’il y aura de la place pour pas mal de paroissiens dans les cathédrales, et que la sélection se fera sur profiling comme pour les boîtes de nuit.

Les bars, les restaurants et les discothèques devront attendre jusqu’à fin janvier pour rouvrir. S’ils survivent, malgré les aides exceptionnelles débloquées par l’État avec un argent public qu’il n’a pas et qu’il emprunte une nouvelle fois aux générations futures.

Libertés dégradées

Les libertés de circulation, de commercer, de se réunir resteront suspendues jusqu’à nouvel ordre, et ne sont pas près d’être rétablies dans leur intégralité. Cela dépendra du bon vouloir de l’État bureaucratique, qui s’est juste engagé à réviser son jugement éventuellement, tous les 15 jours, en cas d’amélioration des indicateurs qu’il s’est taillé sur mesure pour gouverner par temps de pandémie. Les étudiants, les jeunes et les précaires devront eux aussi attendre, et prendre leur mal en patience.

De toute manière, comme l’a montré l’adoption de la loi sécurité globale, l’agenda du gouvernement reste avant tout sécuritaire, et les libertés publiques passent désormais au second plan en toutes circonstances.

Quand l’État n’a rien à offrir, il crée un plan censé pallier le marché qu’il a supprimé pour « le bien de tous ». Le marché de l’emploi des jeunes se trouve donc remplacé par une nouvelle usine à gaz bureaucratique, qui vient s’ajouter aux coups de pouce, mesurettes et autres plans de relance offerts aux secteurs sous protection publique pour tenter d’endiguer le raz-de-marée de la récession économique qui vient. Les indépendants se retrouvent sous perfusion d’argent public, et le chômage partiel se normalise dans les esprits des gouvernés comme des gouvernants.

Il y a quelques semaines, Élisabeth Borne encourageait les stations de ski à embaucher des saisonniers, quitte à les mettre ensuite en chômage partiel. Aujourd’hui, il semblerait que lesdites stations restent fermées.

L’État efficace

Mais rassurons-nous : l’État a fait preuve de son « efficacité », a déclaré le président de la République, et c’est donc avec confiance qu’il a été annoncé que c’est cet État efficace qui allait aussi se lancer dans la campagne de vaccination contre la covid correspondant à la troisième phase de son plan.

Après avoir semé le doute, la défiance et entamé le capital social nécessaire au bon fonctionnement de l’État de droit libéral par son autoritarisme mensonger tous azimuts, l’État bureaucratique se pose désormais comme le gardien de la raison et de la science contre le complotisme et le relativisme.

Si son fonctionnement depuis mars n’avait pas été chaotique, empilant des propos mensongers, des décisions liberticides, des mesures anti-économiques catastrophiques et des absurdités réglementaires sans rapport avec l’état sanitaire du pays, tout cela aurait été risible. Seulement, la mauvaise plaisanterie a assez duré et le cauchemar liberticide qu’est l’état d’urgence sanitaire doit se terminer sans attendre.

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