Conseil de défense : vite, faisons pire, mais plus prudemment

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par h16

Avec le Conseil de défense qui se tenait vendredi, on pouvait s’attendre à tout, y compris au ridicule, ce dernier n’ayant malheureusement plus la capacité sinon de tuer, au moins d’écarter les imbéciles et les incompétents du pouvoir. De façon étonnante, les déclarations qui suivirent furent, finalement, assez modérées…

Et malgré une certaine confusion pour savoir qui, finalement, devait aller devant les micros (on nous avait quand même annoncé Macron, puis Véran à 16 heures puis enfin Castex à 17 heures pour finir avec 8 minutes d’un concentré de Castex à 17 h 30), on en arrive à conclure qu’on va essentiellement continuer la même « stratégie » qu’avant, avec quelques ajustements à la marge, la machine semblant tout de même s’emballer.

C’est ainsi qu’on notera le ralentissement des tests. Après tout, si tester systématiquement est utile lorsque les tests sont fiables et qu’on cherche à savoir qui est malade, de quoi, et où, sombrer dans des tests approximatifs tous azimuts alors que leur fiabilité est moyenne revient à découvrir des montagnes de cas : ceci reste bien sûr fort pratique pour montrer de grosses courbes joufflues, mais c’est nettement moins utile pour prendre des décisions éclairées puisque l’information est finalement peu fiable. En revanche, cela permet de nourrir la chronique et d’entretenir une hystérie médiatique qu’un nombre croissant de Français comprend artificielle.

Du bon côté des choses, cela aboutit (enfin ?) à une certaine priorisation des tests à effectuer, ce qui aurait probablement dû être fait depuis longtemps ; comme d’habitude, notre gouvernement est passé d’un extrême à l’autre, depuis mars où les tests étaient en nombre anecdotiques et effectués sur des personnes pour lesquelles on était certain du résultat, à septembre où on teste avidement même des porteurs de rhumes ou les personnes vaguement soupçonnées, sans guère de discrimination.

Parallèlement, on sent le gouvernement obligé de tenir compte des impératifs économiques de plus en plus pressants. Dans ce contexte, forcer à isoler pendant quatorze jours les personnes potentiellement contaminantes, c’est aussi accroître les coûts de ces isolations pour la collectivité alors qu’aucune littérature scientifique ne justifie pratiquement cette durée ; on peut donc saluer le choix de la réduire à sept jours, tout en s’interrogeant sur ce qui a motivé nos autorités à conserver aussi longtemps la précédente durée arbitraire…

En toute honnêteté, l’absence de mesures-choc de ce Conseil de défense est une bonne surprise mais on se doute instinctivement que le « meilleur » reste à venir.

On échappe sans aucun doute encore quelques jours à quelques pépites « sanitaires » qui ne manqueront pas d’advenir si jamais les chiffres, déjà tourbillonnants dans les rédactions de nos officines de propagande officielle, venaient à se traduire par une augmentation significative des malades et des morts.

Par exemple, on imagine déjà de fortes restrictions de liberté applicables jusque dans la sphère privée. Oh, bien sûr, ces décrets seront probablement invalidés, à un moment ou un autre, par un Conseil constitutionnel un peu mou mais pas complètement endormi. Mais le temps qu’il lui faudra pour rendre son verdict sera tout de même mis à profit pour aller, via le truchement de l’une ou l’autre « brigade sanitaire citoyenne », pruner quelques citoyens dans leur cadre familial. Ceci promet quelques intéressantes notules journalistiques.

J’exagère ? Espérons-le. Les préconisations du Conseil scientifique laissent pourtant planer un sombre doute…

Regardons les choses en face : en mars et avril, le gouvernement pouvait encore prétendre prendre des mesures destinées à gérer la crise ; il n’a jamais été crédible et les mesures prises, liberticides, économiquement catastrophiques et sanitairement discutables, n’ont pas modifié la dynamique épidémique de façon sensible ou, en tout cas, pas de façon aisément prouvable.

Pire : les mois qui ont suivi ont surtout démontré sa capacité à amplifier les problèmes plus qu’à les résoudre. Comme d’habitude…

Cependant, force est de constater qu’actuellement, nous avons largement dépassé le domaine du purement sanitaire. Nous sommes définitivement entrés, comme prévu du reste, dans la sur-réaction hystérique, dont le but réel semble surtout d’occuper les esprits de la populace.

Ce n’est pas illogique, et la mécanique est imparable : après avoir préparé les Français à une véritable guerre, il semble à présent impensable de calmer le jeu et de leur expliquer qu’en fait, c’est plutôt une escarmouche, que le gros de la tempête semble passé, que nous avons maintenant une bien meilleure idée de ce qui nous attend, des populations à risques, des traitements préventifs et palliatifs applicables, des stratégies sanitaires qu’on peut mettre en place sans sombrer dans la panique.

Autrement dit, si une seconde vague, une résurgence, une saisonnalité (appelez ça comme vous voulez) devait advenir, eh bien soit, mais nous ne sommes plus en mars : un gouvernement responsable, doté de personnes compétentes, apprend de ses erreurs et corrige le tir…

Ici, il n’en est rien. Au contraire même puisqu’il semble maintenant impossible d’expliquer que les exagérations d’alors doivent faire place à des protections évidentes des personnes à risque, un suivi raisonnable des personnes potentiellement atteintes et une gestion adaptée des malades, et ce d’autant que le corps médical a beaucoup appris en matière de traitement et d’atténuation des risques sur les malades.

En revanche, politiquement, tous les dirigeants ont fort bien compris l’intérêt immédiat qu’ils avaient à focaliser la population sur leurs éléments de langage, quitte à les faire débiter systématiquement chaque soir aux grand-messes journalistiques télévisuelles (notez ainsi qu’il ne se passe aucun 20 heures sans revenir sur les masques, leur impact et leur utilité, comme si ces éléments constituaient l’alpha et l’oméga d’une stratégie sanitaire crédible dans le pays).

Ce faisant, on évitera que la population s’interroge sur la facture finale tant sur le plan de l’économie que sur celui de la santé. Tout indique en réalité qu’en croyant privilégier cette dernière quitte à sabrer la première, le gouvernement a durablement fusillé les deux, en même temps : d’une part, le système de santé français est maintenant à genoux, les tensions qui le parcourent n’ont jamais été aussi fortes ; d’autre part, l’économie est en lambeaux et les prochains mois ont peu de chance d’apporter lait et miel aux entreprises et travailleurs français.

Quoi qu’il arrive vraiment concernant l’épidémie, on peut d’ores et déjà garantir que, tout comme l’État d’urgence duquel le gouvernement ne sort jamais qu’en prenant tout son temps, il fera absolument tout pour faire perdurer l’état d’urgence sanitaire.

Au moment même où l’on devrait tout faire pour simplifier la situation, se concentrer sur l’efficace, et redonner un maximum de marges de manœuvres aux Français et aux entreprises, les restrictions de liberté vont au contraire continuer bon train et pousser tout le monde chaque jour un peu plus en Absurdie.

Forcément, ça va bien se passer.


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