Le principe de précaution, cheval de Troie du collectivisme

Trojan Horse by a1ucard(CC BY-ND 2.0) — a1ucard, CC-BY

Le principe de précaution érige la peur généralisée en deus ex machina de notre époque.

Par Samuel Kohlhaas.

Quelle signification historique à la crise sanitaire que nous vivons ?

Elle marque la prise de pouvoir du principe de précaution comme paradigme dominant de notre société, en lieu et place de l’idéal d’émancipation propre aux Lumières.

Il fallait créer, libérer, il faut préserver. Préserver la vie. Quoiqu’il en coûte.

Apparu politiquement au sommet de Rio en 1992, à propos des questions de santé et d’environnement, le principe de précaution est inscrit dans la Constitution française en 2005 (via la charte de l’environnement).

Son origine intellectuelle est à chercher dans Le principe responsabilité du philosophe allemand Hans Jonas. Notons sa date de parution, 1979, qui témoigne d’une ascension fulgurante.

L’idée est de développer un nouveau principe répondant au pouvoir démiurgique inédit et destructeur de l’humanité, basé sur l’essor de la technologie. L’Homme pouvant tuer la vie, animale, végétale, la sienne propre, il lui faut créer, via ce qu’il nomme une « heuristique de la peur », une nouvelle façon d’appréhender la découverte. Celle-ci ne doit être autorisée que si son potentiel létal est connu et maîtrisé. Jonas n’est pas contre la technologie en soi mais pour son encadrement social strict.

Pour y parvenir, il évoque notamment l’hypothèse d’une « tyrannie bienveillante, bien informée et animée par la juste compréhension des choses », contrairement à la masse.

« Seule une élite peut éthiquement et intellectuellement assumer la responsabilité pour l’avenir ». D’où ses louanges pour La République de Platon, « bon antidote contre les naïvetés libérales en matière de véracité publique ».

Ce principe à la base de l’écologie politique est intrinsèquement antilibéral et liberticide. On ne peut avoir simultanément deux principes dominants. Liberté ou précaution, ordre spontané ou planification, il faut choisir.

Et le choix se fait sous nos yeux : tyrannie destinée à protéger, vérité manipulée, peur comme mode de gouvernement, censure de droits individuels élémentaires au nom du principe sacré de protection de la vie.

Le plus frappant étant cette mise en scène permanente du fossé entre élite et masse. « Relâchement », « manque de discipline », « acceptabilité » sont autant de termes expliquant la permanence du virus par l’incapacité du peuple à bien se comporter. Comprenez à obéir aux ordres.

Le mot-clé est pédagogie. Le peuple est un enfant que l’élite doit guider en permanence. Une démocratie est-elle compatible avec des citoyens-enfants ?

L’aversion au risque

À long terme, l’implication la plus évidente est l’aversion au risque, compréhensible dans des sociétés semi-gériatriques.

Le risque étant par définition danger, possibilité d’échec mais aussi conséquences indésirables sur autrui, l’idée devient en soi péjorative. Loin du modèle de l’aventurier du XIXe siècle, qui justifiait sa valeur par sa capacité à mettre sa vie en jeu (la caractéristique même des maîtres pour Hegel), le risque est irresponsabilité, fléau à combattre. Que penser de l’avenir d’une civilisation qui dévalue la condition nécessaire à la réussite ? No pain no gain.

Le principe de précaution est intrinsèquement liberticide

On pourrait penser qu’en se limitant aux technologies létales, le principe de précaution pourrait avoir un champ d’application restreint. Il n’en est rien. Érigé en totem, même le risque individuel devient intolérable. Vous voulez fumer ? Tabagisme passif. Rouler à 150 km/h sur une autoroute peu fréquentée ? Mise en danger d’autrui. Faire la fête et s’enivrer ? Comportement à risque.

Un nouveau moralisme émerge, l’hygiénisme. Au nom du respect de la vie, tout comportement déviant d’une norme sanitaire et/ou écologique stricte est prohibé et puni si résistance.

Sur le plan sanitaire, il devient inconcevable de mettre sa vie en jeu.

Sur le plan écologique, les choix de l’individu doivent être censurés s’ils ne sont pas « écologiquement soutenables ». La voiture synthétise cette évolution. Symbole de liberté dans les années soixante, elle est devenue l’ennemi à abattre, responsable de la disparition des bébés phoques.

Le principe de précaution, cheval de Troie du collectivisme

Le principe de précaution se révèle être un cheval de troie du collectivisme. Au nom de la vie, chaque individu est jugé (dans un sens quasi-judiciaire) à l’aune de son apport à la collectivité. Ses choix ne sont rien, son apport à la préservation est tout.

Est-ce un hasard si le principe émerge au moment de la chute de l’URSS et du discrédit de l’idée communiste ? Les collectivistes, persuadés qu’une société doit s’organiser verticalement selon un plan rationnel conçu par des philosophes rois (on revient toujours à Platon), ne peuvent accepter l’idée de l’ordre spontané. Sous cet angle, le principe tombe à pic. Il ne peut en effet s’appliquer que verticalement, selon un plan prédéfini et à tous puisque l’enjeu est la survie du groupe.

Voilà pourquoi le gouvernement se sent autorisé à pratiquer une politique authentiquement collectiviste depuis un an, expliquant aux entreprises comment gérer leurs ressources humaines, prenant en charge le revenu de 80 % de la population et la santé des individus, fut-ce contre leur gré.

Ce collectivisme, piquant pour un gouvernement présenté comme libéral, s’appuie sur l’idée que l’individu n’est pas apte à gérer sa capacité à nuire sanitairement à autrui. On peut se demander si plus qu’une dictature, ce n’est pas un système totalitaire qui s’annonce. Totalitaire car ne pouvant faire confiance à l’individu, vu comme un danger, le système politique doit prendre en charge tous les aspects de sa vie. Qu’il le veuille ou non.

Pour conclure, on pourrait dire : vive la prudentia, à bas la précaution. L’une permet une action raisonnée et équilibrée, l’autre empêche le développement. Réfléchir à l’impact des OGM, des technologies intrusives, des dangers de la modernité ? Bien sûr. Faire d’une peur généralisée le deus ex machina de notre époque ? Certainement pas.

N’en doutons pas, ce sera un combat à mort entre principe de précaution et libéralisme et l’issue fait peu de doute, tant la sacralisation de la vie semble avoir atteint un point de non-retour. Mais, ne dit-on pas que les combats perdus d’avance sont les plus beaux ? Messieurs, en garde !

 

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