Revenu universel, confinement : les (très) bizarres préconisations d’Esther Duflo

Esther Duflo - Poptech 2009 by Poptech — Poptech, CC-BY

Le gouvernement et l’économiste Esther Duflo partagent la volonté de contrôler au maximum la vie des citoyens.

Par Jules Devie.
Un article de l’Iref-Europe

La crise du Covid-19 secoue notre pays au point que même un prix Nobel d’économie français en vient à défendre des mesures problématiques pour… notre économie !

Au cours d’une émission sur France Inter le 17 octobre, Esther Duflo annonce vouloir « revaloriser le RSA beaucoup plus largement […] pour les mois à venir, peut-être même l’an à venir ».

Elle propose d’augmenter massivement les aides sociales (RSA et APL) sans toutefois dire de combien. Il est pourtant essentiel dans la méthodologie d’un économiste de baser son argument sur un montant précis car le niveau d’une aide sociale a des répercussions sur beaucoup d’autres facteurs de l’économie comme la dépense publique, ou l’incitation au travail.

Aucune rigueur scientifique donc dans cette idée non chiffrée, aux conséquences non évaluées. Esther Duflo suggère également d’augmenter le nombre de bénéficiaires du RSA, notamment les jeunes dès 18 ans, alors qu’il faut avoir au moins 25 ans actuellement.

Augmentation et extension du RSA

Elle s’oppose donc au dispositif déjà mis en place par le gouvernement : une aide ponctuelle de 150 euros aux jeunes bénéficiaires des APL et aux étudiants boursiers (au total 1,1 million de personnes).

La crise du COVID-19 déstabilise l’économie française. Et dans une situation exceptionnelle, il est normal de mettre en place des mesures exceptionnelles et des aides ponctuelles afin d’aider les plus pauvres.

Mais ce que veut Esther Duflo, c’est une augmentation générale des aides mensuelles. Autrement dit, la pérennisation des mesures décrétées en raison de la crise sanitaire.

C’est arrivé plusieurs fois dans l’histoire récente du pays. Ainsi Martine Aubry avait-elle instauré une prime de Noël pour les plus démunis, présentée comme exceptionnelle en 1998, qui a dû être reconduite chaque année de peur que sa suppression ne froisse l’opinion publique.

En réalité, l’augmentation exceptionnelle du RSA présentée comme une mesure de crise par Esther Duflo pourrait très facilement se transformer en une sorte de revenu universel qui ne dit pas son nom. Ce projet n’a rien d’étonnant de sa part, elle s’est à plusieurs reprises prononcée en faveur d’un tel revenu.

Lorsque Esther Duflo déclare que « toutes les études ont montré qu’il n’y avait aucun effet décourageant sur le travail de garantir à ceux qui n’ont pas d’emploi un revenu plus important. […] Des minimas sociaux plus généreux encouragent et facilitent la reprise de l’activité », elle nie les résultats de nombre d’études prouvant le contraire.

Une des plus reconnues est celle de Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo, parue en 2014, intitulée « Améliorer l’assurance chômage »1. Stéphane Carcillo est professeur à Sciences Po et directeur du département Emploi et Revenus de l’OCDE. Il démontre que si les revenus issus des minimaux sociaux dépassent 70 % des revenus issus du travail, la motivation pour retrouver un emploi diminue fortement. Le montant du RSA doit être calculé en fonction des autres sources de revenu potentiel.

La mesure d’Esther Duflo serait conçue pour aider plus particulièrement les jeunes, elle serait à peu près équivalente à la rémunération d’un stagiaire (559 euros contre 600). On conçoit que ces jeunes puissent ne pas se précipiter sur un emploi… Par ailleurs, une augmentation du RSA pousserait également à une augmentation du SMIC et par conséquent du coût du travail.

Esther Duflo et le confinement de l’Avent

Si le gouvernement semble avoir résisté aux pressions de ceux qui voudraient revaloriser le RSA, la décision prise le 28 octobre de reconfiner semble en revanche conforter une autre préconisation d’Esther Duflo : « confiner pour pouvoir fêter Noël ».

Le gouvernement et l’économiste partagent au moins la volonté de contrôler au maximum la vie des citoyens.

Dans une tribune pour Le Monde datant du 26 septembre 2020, elle déclarait :

« Il faut décréter un confinement de l’Avent pour sauver Noël. […] Décréter un confinement dans tout le territoire pour la période de l’Avent, disons du 1er au 20 décembre, en demandant aux familles de rester chez elles et de ne pas anticiper les vacances en se précipitant chez les grands-parents. »

Une prise de position qui avait à juste titre scandalisé les commerçants. Rappelons que le confinement ferait perdre deux milliards par jour à l’économie française, selon les chiffres de l’OFCE.

Sacrifier l’économie pour sauver une fête de famille, une proposition plutôt surprenante de la part d’une économiste ! Mais surtout, on peut se poser la question : le confinement ne va-t-il pas être fatal aux deux à la fois ?

À quoi ressemblera le Noël des petits commerçants qui auront perdu un mois de chiffre d’affaires ? Et celui des pauvres, encore plus pauvres ? Celui des professionnels libéraux en perte de clientèle, celui des nouveaux chômeurs… ?

Sur le web

  1. Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo, Améliorer l’assurance chômage, Paris, Presses de Science Po, 2014.
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