Revenu universel en Finlande : l’échec prévisible d’une mauvaise idée

It's a dead end baby By: Andrew Mason - CC BY 2.0

Le revenu universel est une faute morale. Il laisse croire que le simple fait d’exister donne le droit de jouir du travail d’autrui sans son consentement.

Par Laurent Pahpy.
Un article de l’Iref-Europe

Revenu universel, impôt négatif, revenu minimum garanti, allocation universelle… Toutes ces appellations défendent un même principe. Chacun aurait droit à une subvention mensuelle de quelques centaines d’euros, indépendamment de son statut ou de son revenu. Moins contraints économiquement, les plus pauvres pourraient satisfaire leurs besoins de base.

Ils auraient plus de facilités pour trouver un emploi tout en évitant le paternalisme stigmatisant du maquis des aides sociales d’État. Simplification administrative, indépendance de chacun, restauration du libre arbitre, lutte contre le chômage technologique, élimination des effets de seuil, les avantages seraient nombreux et l’idée a fait des émules chez de nombreux politiciens, de Benoît Hamon à Barack Obama.

Pour voir si cela fonctionne en pratique, le gouvernement finlandais a décidé de tenter l’expérience pendant une année sur un groupe de 2 000 chômeurs sélectionnés aléatoirement. Ils ont reçu chacun 560 euros par mois sur la période 2017-2018. Selon Olli Kangas, le coordinateur de l’expérimentation, l’étude préliminaire des résultats montre que le revenu universel n’a pas permis d’augmenter l’emploi des bénéficiaires par rapport au groupe de contrôle. Par ailleurs, parmi les bénéficiaires, un plus grand nombre de personnes déclare un meilleur niveau de bien-être relatif.

Une fausse bonne idée pour lutter contre le chômage

Si l’idée du revenu universel peut paraître séduisante de prime abord, force est de constater qu’elle n’a pas réussi à sortir cette population test de la dépendance. Il est critiqué par de nombreux économistes pour son effet « désincitatif » et le maintien dans l’assistanat d’une partie de la population. Pour Pascal Salin, professeur d’économie, « ceux qui auraient la charge de financer par leurs impôts ce revenu universel seraient moins incités à développer leurs activités productives ».

Prenons Frédéric, un riche rentier, et Charles, un chômeur sans revenu.

– Première possibilité, le revenu universel : l’État prend 500 euros à Frédéric pour les donner à Charles. Certes, ce dernier a un revenu, mais seulement pour un mois, il est maintenu dans l’assistanat, car toujours au chômage. Frédéric n’a rien eu en échange. C’est un jeu à somme nulle, voire négative si on prend en compte le coût de la bureaucratie.

– Seconde possibilité, l’investissement : Frédéric investit ces 500 euros dans l’activité productive. Ce capital permet de créer une entreprise qui va produire de nouvelles richesses. Pour cela, l’entreprise aura besoin de main-d’œuvre et pourra embaucher Charles. C’est un jeu à somme positive, Charles crée de la valeur et gagne un salaire, Frédéric crée de la valeur et gagne un retour sur investissement et le consommateur en profite. Tout le monde y gagne, c’est le principe fondamental de l’économie de marché.

Le revenu universel n’aide pas Charles à sortir de la dépendance, ce que l’expérience finlandaise confirme. Une objection couramment avancée est que le chômage de masse serait désormais une fatalité à cause de la robotisation et de l’informatisation de nos sociétés. Le revenu universel serait alors une réponse pour tous ceux qui n’auraient plus d’espoir de trouver un emploi.

Cette crainte répandue ne résiste pourtant pas à la destruction créatrice de Schumpeter. Les robots et l’intelligence artificielle ne créent pas de chômage dans les pays qui en font le plus l’usage. Les gains de productivité associés à ces technologies permettent de libérer des ressources qui peuvent être réinvesties dans de nouvelles activités créatrices d’emplois.

En Finlande, comme en France, le taux de chômage relativement élevé de 7,4 % (9,2 % en France) s’explique surtout par une inadéquation du système de formation, une indemnisation du chômage souvent trop généreuse et par un marché du travail particulièrement réglementé et peu flexible qui crée des barrières à l’entrée pour les jeunes peu qualifiés.

Une faillite morale dangereuse

Si le revenu universel peut soulager certaines contraintes économiques à court terme, il maintient les plus pauvres dans la trappe à pauvreté de l’assistanat à long terme. Il crée un cycle de dépendance auto entretenu, à l’image des échecs de toutes les politiques de redistribution dans les pays collectivistes. Le progrès social est une question d’incitations que seule une économie de marché compétitive et innovante permet d’atteindre. Le marché du travail doit rester inclusif, ce qui n’est le cas ni en Finlande ni en France. Pour y parvenir, il est urgent de restaurer un régime de libre-concurrence et de liberté contractuelle.

Au-delà d’un échec économique annoncé, le revenu universel ouvre la porte à une dangereuse dérive collectiviste. Ce droit positif permet à l’État de prendre en charge chaque individu du berceau à la tombe et crée une dépendance illimitée à l’administration. Bismarck, initiateur de l’État-providence en Allemagne y voyait d’ailleurs un très bon moyen de contrôler la population : « Je considérerai que c’est un grand avantage quand nous aurons 700 000 petits retraités tirant leurs annuités de l’État, en particulier s’ils appartiennent à ces classes qui, autrement, n’ont pas beaucoup à perdre dans un soulèvement. »

Les dérives politiques d’un tel système ne se feront pas attendre : augmentation électoraliste du montant du revenu universel, instauration de la progressivité, financement par la planche à billets ou la dette (donc par les générations futures) …

Le revenu universel est aussi une faute morale. Il laisse croire que le simple fait d’exister donne le droit de jouir du travail d’autrui sans son consentement. On détruit au passage un fondement de la civilisation, la responsabilité, tout en appelant cette destruction « autonomie ».

Refuser le revenu universel, ce n’est pas refuser la solidarité, c’est la rétablir. Aider son prochain en situation de handicap ou d’infortune nécessite un don sincère, responsabilisant et volontaire. Comme le disait Frédéric Bastiat il y a plus de 150 ans : « Il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds. »

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