Le confinement est-il pertinent tel qu’il est prescrit en France ?

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Alors que la France vit une crise sanitaire inédite depuis la grippe espagnole, le gouvernement a pris des mesures sans précédent. Mais sont-elles appropriées et raisonnables ? Ce débat n’a guère lieu face à une « trêve politique » généralisée.

Par Christoph Groth1.

Alors que la France vit une crise sanitaire inédite depuis la grippe espagnole, le gouvernement a pris des mesures sans précédent. Mais sont-elles appropriées et raisonnables ? Ce débat n’a guère lieu face à une « trêve politique » généralisée.

Le confinement engendre aussi des conséquences sanitaires

Le but du confinement actuel est de limiter les risques sanitaires de l’épidémie de COVID-19 en France. Or, le confinement lui-même est aussi à l’origine de risques sanitaires considérables (dépressions, alcoolisme, violences, sédentarité, surpoids) et massives, car concernant tous les Français.

Évidemment, il faut essayer de trouver le meilleur équilibre possible entre ces risques et le risque de propagation du virus. Cependant, on constate une absence marquée de communication et discussion publique au sujet de l’efficacité et de la pertinence des mesures de confinement en France.

Tout le monde est d’accord : il faut réduire R₀, ce fameux taux de reproduction. Seulement, la restriction drastique des activités de plein air n’est peut-être pas très utile dans ce sens, voire peut-être même contre-productive, car elle favorise les problèmes mentionnés ci-dessus.

Comment font les autres ?

Alors qu’en Suisse la randonnée pédestre reste autorisée et est même présentée – si pratiquée seule ou en famille en respectant les consignes d’hygiène, comme le maintien d’une distance minimale de deux mètres – comme possibilité bénéfique pour le corps et l’esprit d’échapper, pour un moment, à cette situation exceptionnelle.

Alors qu’en Allemagne le vélo est vu comme le meilleur moyen de transport en temps de virus, « l’épine dorsale du système de transport résilient », car le cycliste garde automatiquement une distance et renforce sa psyché, et alors que les sorties individuelles récréationnelles tranquilles en vélo restent autorisées même en Bavière où un confinement a été également décrété.

Alors qu’en Grande-Bretagne, en Suède et aux Pays-Bas, c’est la même histoire, et pourtant ces pays ne sont pas moins touchés par l’épidémie que la France.

En France, le gouvernement a mis en place des limitations sévères des sorties récréationnelles. Des voies cyclables ont été fermées dans des départements entiers. Des parcs, même vastes, se trouvent barrés systématiquement. Des joggeurs sont accusés de disséminer la maladie et les forces d’ordre sont obligées de faire la chasse aux cyclistes seuls et aux familles qui veulent se balader dans la forêt en respectant les distances de sécurité.

Du fait de ces restrictions, la population peut penser que le virus est transmis lors des promenades dans les parcs.

Le virus se transmet principalement à l’intérieur, par contact proche

Or, le risque de contamination par des maladies respiratoires reste moindre en plein air sauf si quelqu’un tousse directement sur vous. Après tout, en se baladant le temps d’exposition à une personne potentiellement malade reste très court, généralement on ne touche à rien, les distances de sécurité sont faciles à respecter la plupart du temps, et la ventilation est excellente.

Le risque est donc faible en comparaison avec d’autres situations inévitables, par exemple au supermarché.

Des études scientifiques ont évalué le risque de contamination par des maladies respiratoires dans des rassemblements de personnes. Par exemple, selon l’article « Impact of Mass Gatherings on an Influenza Pandemic » du ministère de la Santé britannique, il n’y avait pas d’évidence de transmission d’influenza lors des matchs de football en plein air avec des milliers de spectateurs (page 47).

Les restrictions des sorties en plein air qui pèsent lourdement sur le moral et la santé de la population ne sont probablement pas utiles. En sortant de chez soi, on risque de se contaminer plutôt quand on touche la porte si on habite un immeuble qu’en courant dans un parc, même bien fréquenté.

Vers un allègement ?

Évidemment il est impensable dans la situation actuelle d’autoriser des matchs de foot ou même des pique-niques dans les parcs. Cependant, on pourrait au moins lancer un débat sur des règles de confinement appropriées.

Peut-être pourrions-nous suivre davantage l’exemple de la Suisse ou de la Grande-Bretagne où les gens conservent plus de libertés pour des sorties récréationnelles. Un tel confinement plus mesuré permettrait de réduire ses conséquences néfastes qui elles aussi pèsent lourdement sur la santé publique, sans compromettre son efficacité d’endiguer l’épidémie.

En tout cas, le régime actuel n’est guère tenable à terme, et le virus ne disparaîtra pas de sitôt. Des allégements, isolés pour l’instant, comme la réouverture de certains marchés de plein air ou l’autorisation de distribution des plantes potagères, donnent l’espoir qu’après une première réaction « de choc », une approche plus raisonnable et respectueuse de la liberté individuelle prévaudra.

  1. L’auteur s’exprime à titre personnel.
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