Autorisation de faire un footing : avez-vous bien compris les consignes ?

Jogger by Arni Heiskanen (CC BY 2.0) — Arni Heiskanen, CC-BY

Les Français semblent ne pas avoir très bien compris en quoi consistait l’autorisation de sortir s’aérer et faire un footing. Une communication trop floue ?

Par Margot Arold.

Lundi dernier, Emmanuel Macron énumérait les dérogations au confinement, mot qui n’a d’ailleurs pas été prononcé. Est-ce parce que cette communication est restée très vague et qu’elle contenait à peu près tout et son contraire, que les Français semblent ne pas avoir très bien compris en quoi consistait l’autorisation de sortir s’aérer ?

« Seuls doivent demeurer […] les trajets nécessaires pour faire un peu d’activité physique mais sans retrouver, là encore, des amis ou des proches. »

Christophe Castaner a précisé : « On pourra toujours pratiquer une activité physique ou sortir son chien mais chacun devra le faire avec parcimonie. Si je veux résumer : on pourra prendre l’air, mais certainement pas jouer un match de foot ».

Que certains se rassurent : non on ne risque pas « d’attraper le coronavirus » en se promenant dans la rue. Il y a méprise sur un terme employé à propos de la « circulation » du virus. On dit qu’il « circule » lorsqu’il devient évident et prouvé qu’il y a transmission interhumaine. Il n’est pas partout dans l’air ambiant extérieur prêt à vous sauter dessus.

Le virus se transmet lors de contacts avec d’autres personnes. C’est la raison pour laquelle les activités sportives doivent se faire en solitaire.

Il se transmet aussi de manière plus efficace en lieu fermé : on court davantage de risque dans une salle de réunion qu’en plein air. Les gouttelettes projetées par une personne contaminée restent plus longtemps en suspension dans un air confiné (trois heures) qu’en plein air. C’est d’ailleurs ce que montre la dernière étude publiée par le New England Journal Of Medicine sur la stabilité du Coronavirus.

« SARS-CoV-2 remained viable in aerosols throughout the duration of our experiment (3 hours), with a reduction in infectious titer from 103.5 to 102.7 TCID50 per liter of air. »

Ce sont des recommandations de bon sens, que chacun comprend.

Rationner le footing ?

Certains médecins ont pourtant eu la drôle d’idée de « faire peur » en donnant d’autres informations. Selon L’Express , le chef du service de réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, Djillali Annane, disait lundi soir sur France 2 qu’il était opposé à la pratique du footing en cette période : « Il ne faut pas aller faire son jogging. Même si on va en faire tout seul, on va le faire un jour où il va faire relativement beau, sur les bords de la Seine ou sur un chemin forestier, à des endroits habituellement utilisés par des joggeurs, et donc ils vont […] tous se retrouver à courir sur le même sentier ».

Évidemment, à 50 sur un sentier, tout le monde comprend que ce n’est plus de la pratique isolée. Mais pourquoi aller jusqu’à dire sans autre explication qu’il ne faut pas aller faire son jogging ? Pense-t-il que les Français soient trop stupides pour comprendre certaines nuances et qu’il faille tout interdire pour être certain que la consigne soit respectée ?

Dans le même genre de conseil, on trouve aussi celui de Marc Rozenblat, médecin du sport, qui recommande de son côté « de ne pas courir tous les jours ». Il s’agit là d’un autre argument, non scientifique : le rythme auquel il faudrait/ne faudrait pas faire de jogging.

Même le ministère des Sports explique quant à lui qu’il ne faut pas s’éloigner de chez soi :

Là encore, pas de fondement scientifique. En revanche il s’agirait plutôt d’une volonté de loger tout le monde à la même enseigne en période de confinement. Pourquoi pas 10 km si on est seul ? Et si on est sur une boucle et qu’on tourne en rond (et à distance d’un autre) ? Par souci égalitariste, il faudrait brider les sportifs à tout prix ?

N’oublions pas qu’en particulier à Paris, certains vivent dans de minuscules logements.

Et que dire de l’obligation d’être seul pour son footing, quand on sait que certains couples courent à deux ? On partage très certainement beaucoup de virus et de bactéries avec son partenaire en de multiples autres circonstances… À force de s’entendre donner des réponses contradictoires, les joggers du dimanche ou du quotidien ne sauront plus quelle stratégie adopter.

Etre clair et honnête dans la communication entraînerait une meilleure adhésion aux consignes. Et si on donnait, une fois pour toutes, la seule information qui vaille : tenez-vous éloignés les uns des autres, n’allez pas dans des lieux fermés. Faire son jogging en plein air ou du vélo semble ne pas contrevenir à ces mesures sanitaires de bon sens. Qu’on soit jogger des villes ou jogger des champs.

 

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