Covid : entre l’État et les collectivités locales, la rupture politique

Quelqu’un pourrait-il expliquer à nos hauts fonctionnaires la signification du mot « subsidiarité » et les avantages de son application ?

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Renaud Muselier by UMP photos(CC BY-NC-ND 2.0)

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Covid : entre l’État et les collectivités locales, la rupture politique

Publié le 9 octobre 2020
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Par Aymeric Belaud.
Un article de l’Iref-Europe

Ce que nous observons actuellement en France, c’est un « retour » de l’épidémie avec un nombre de cas extrêmement élevé du fait des tests massifs, mais un nombre de décès très bas, en comparaison avec la période de mars-avril : 62 pour 13 959 nouveaux cas le 2 octobre contre 1438 pour 2633 nouveaux cas « officiels » le 15 avril.

Les mesures contraignantes reviennent, souvent absurdes comme la fermeture totale des bars, celle des restaurants à partir de 22 heures ou encore l’imposition du port du masque en extérieur même dans une rue vide. Des décisions incomprises notamment par les élus locaux.

Pour juguler au mieux ce rebond, le bon sens recommanderait peut-être que des décisions au niveau local soient prises par des responsables locaux, plutôt que par l’État central. L’idée horripile les jacobins, mais les faits plaident en sa faveur.

Regardons par exemple en Allemagne : des tests massifs dès le début de l’épidémie ont permis de très vite restreindre drastiquement le nombre de cas (un peu plus de 6000 cas au cœur du pic épidémique en Allemagne, le double actuellement dans l’Hexagone). Le rebond du coronavirus n’y est que peu ressenti. Idem pour la Suisse, autre pays très décentralisé.

En France, la forte centralisation dans le domaine de la santé a suscité de gros problèmes de coordination, surtout en mars, au début de la crise. Les Agences régionales de santé en particulier, qui ne sont que des services déconcentrés de l’État, n’ont pas toujours été en accord avec ce que les élus locaux et les habitants constataient et auraient souhaité.

Marseille contre Paris : où est l’arbitre ?

À Marseille et à Aix-en-Provence, des élus de tous bords ont rejoint les restaurateurs et les cafetiers (40 000 personnes travaillent dans le secteur de la restauration) contre la décision du ministre de la Santé, qu’ils estiment être une décision étatique hors sol.

Deux adjoints de Michèle Rubirola, la maire, ont exprimé leur incompréhension de voir la cité phocéenne placée en situation de semi-confinement alors que les indicateurs ne sont pas alarmants.

Tous déplorent aussi le manque de concertation avec les élus locaux, que l’annonce d’Olivier Véran a pris par surprise : ils en ont découvert la teneur à la télé, comme tout le monde. D’aucuns considèrent que les prévenir eût été la moindre des politesses…

Le président de la Région PACA, Renaud Muselier, envisage de déposer un recours.

Fronde et rupture de confiance entre l’État et les autorités locales

La Covid-19 entraîne des tensions entre les collectivités locales et l’État incarné notamment par les préfets. C’est une rupture politique, mais aussi une rupture de confiance. Le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset (PS), l’a clamé haut et fort. Lors de sa conférence de presse de rentrée, il a exprimé toute sa colère contre la centralisation française en s’attaquant à l’État, unique décisionnaire des mesures sanitaires depuis le début de la crise.

Cela continue d’ailleurs. Il a affirmé à juste titre que dans de nombreux pays européens le fonctionnement du domaine de la santé relève de la responsabilité des régions. Il ressent ce manque de confiance comme une humiliation.

Il a parlé de toutes les ressources régionales pouvant être mises à contribution, matérielles et humaines, comme les laboratoires vétérinaires, les infirmières scolaires, les volontaires pour mettre en place la stratégie de test. Mais l’État reste sourd.

Les préfets ne font pas toujours mieux. Un exemple entre bien d’autres, dans les Alpes-Maritimes : Lionnel Luca, le maire de Villeneuve-Loubet, a obtenu gain de cause contre celui de son département. Il contestait fermement l’obligation de porter le masque dans toute sa commune, estimant qu’il est inutile dans les endroits peu fréquentés.

La justice administrative lui a donné raison. Lors du conseil municipal du 24 septembre, monsieur Luca a par ailleurs prévenu qu’il appuierait les cafetiers s’opposant à la fermeture de leur établissement, estimant que chacun doit prendre ses responsabilités, la vie ne pouvant s’arrêter à cause d’un diktat gouvernemental. Une opposition assez claire à l’État déconnecté !

Pour résumer, tout le monde semble d’accord sur le terrain, et les trois grandes associations d’élus représentant les communes, les départements et les régions le confirment : il faudra accorder davantage de pouvoirs aux collectivités territoriales, cette crise du coronavirus ayant révélé que l’extrême centralisation de notre pays entraîne un manque d’efficacité flagrant.

Chez nos voisins, la décentralisation réussie

Retournons chez nos voisins. Le fonctionnement décentralisé de nos cousins helvètes associé à une pédagogie qui n’infantilise ni ne culpabilise le citoyen, est une recette qui porte ses fruits.

Le résultat semble le même, si ce n’est meilleur, en Allemagne. Comparons les situations actuelles en France et en Allemagne en nous focalisant sur le nombre de nouveaux cas détectés.

Tandis que le nombre de nouveaux cas décelés reste stable en Allemagne, il explose en France dépassant les chiffres (partiels) du cœur de l’épidémie.

Certes, la décentralisation n’explique pas à elle seule la réussite allemande, mais elle y participe grandement. Le confinement et le déconfinement sont décidés au niveau de chaque région de manière autonome et pour les mesures de restriction à un échelon parfois plus bas. La chancelière Angela Merkel travaille main dans la main avec les Länder. En France, ce sont Emmanuel Macron et les ministres qui décident de tout pour l’ensemble du pays, de manière arbitraire.

L’étatisme, grande maladie française, en butte à une pandémie mondiale. Nous ne connaissons pas encore les remèdes susceptibles de la faire reculer. Mais si l’État continue de se draper dans la grande cape prétendument protectrice de sa science infuse, s’il refuse de faire confiance aux autorités locales, s’il refuse à chacun la liberté de se défendre, il y a de fortes chances pour que nous pataugions encore un certain temps.

Quelqu’un pourrait-il expliquer à nos hauts fonctionnaires la signification du mot « subsidiarité » et les avantages de son application ?

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  • Les Présidents de région et les maires ne font finalement que comprendre, enfin, ce que ressent le citoyen lambda au quotidien. On les infantilise et on décide pour eux.

  • que vaut il mieux entre être interdit de travailler par le ministre, par le préfet ou par le maire ? le résultat reste le même.

    • Le maire a quand même une meilleure visibilité de ses concitoyens et peut organiser des actions en fonction du terrain réel !

    • L’aboutissement logique de la subsidiarité est l’autonomie du citoyen qui décide seul de se confiner ou pas, en toute responsabilité individuelle. Nul besoin ni du ministre, ni du préfet, encore moins du maire, pour prendre cette décision. Leur rôle se limite à informer.

  • N’obéissez plus à l’état centralisé à Paris, que les responsables de régions et maires aillent dans ce sens, en ont ils le courage ?

  • Après la dernière guerre mondiale on a interdit aux Allemands Berlin! Du coup les énergies et le pouvoir se sont répartis dans les Länder avec le succès et l’efficacité qu’on leur connait.
    Parallèlement à cela la Politique n’a pas été réservée aux seuls Enarques et autres professionnels carriéristes. Une bonne partie des Politiques est constituée de chefs d’entreprise qui veillent à l’équilibre des décisions à prendre pour le pays. Il en résulte un concept beaucoup plus démocratique et non soumis aux seules pressions d’ayatollas verts ou sectaires ou idéologiques ou de connivence etc…
    Et le pays s’en sort mieux sur tous les plans….les citoyens et les consommateurs aussi……

    • L’Allemagne était déjà un Etat fédéral avant la première, ainsi que durant l’entre-deux guerre ! La RFA n’a fait que reconstruire ce que les nazis avaient détruit, en reconstituant des Länder, là où le gouvernement d’Hitler avait, en s’inspirant de la structure départementale jacobine française, imposé à l’Allemagne, et pour la première et seule fois de l’existence millénaire de ce pays, une structure centralisé ou Berlin décide de tout par le biais des « Gau » et des « Gauleiter », l’équivalent des préfets.

      • Même que les empereurs du St Empire Romain Germanique étaient élus par les princes électeurs des différents états, ça n’a cessé que lorsque le roi de Prusse ( Hohenzollern) est devenu empereur au début XIXème …

  • L’auteur de l’article n’a pas compris que l’Etat ne cherchait pas à gérer l’épidémie « au mieux », mais qu’il s’en sert pour désorganiser l’économie autant qu’il peut (dans l’espoir d’instaurer ensuite une économie verte).
    Indépendamment du covid, comment expliquer autrement la fermeture (contre l’avis de l’académie des sciences) d’une centrale électrique qui fonctionne et qui aurait pu servir à exporter de l’énergie, en particulier vers l’Allemagne ?

    • @BB
      plutôt une excuse pour une catastrophe financière

    • « mais qu’il s’en sert pour désorganiser l’économie autant qu’il peut »

      Non, ça n’a aucun sens, avec une bonne économie les retraites des fonctionnaires ne poseraient pas le problème insoluble actuel et l’état pourrait être encore plus gras, plus puissant.
      Au moins 35 pays ont essayés l’économie administrée socialiste, ça a toujours fini pareil: faillite ridicule.

    • Il est diabolique votre Etat, moi je le voyais orgueilleux..

  • L’Etat unitaire centralisé est un échec total ! Pour y remédier, voici quelques propositions :

    – Abolitions des grandes régions et des départements.
    – Suppression des préfets et sous-préfets.
    – Administration territoriale à deux niveaux : province et communes.
    – Structure fédérale où chaque province dispose de sa loi constitutionnelle, d’un gouvernement locale et d’un gouverneur élu.

    • Il ne l’a pas toujours été ; voyez Louis XIV, Napoléon, etc. Par contre, la décentralisation a été un échec total : pouvoir donné à des médiocres, influents localement.

  • faut bien que les énarques aient du pouvoir !

  • La France et l’Etat c’est un jour sans fin !

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