La virulence du Covid-19 est-elle en train de diminuer ?

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Généralement, on observe une virulence très forte au début d’une épidémie, puis elle diminue au fur et à mesure de celle-ci.

Par Christophe de Brouwer.

La virulence du Covid-19, son caractère pathogène, est-elle en train de diminuer ? À constater la dissociation dans le profil des courbes entre ceux testés positifs, et celle de ceux en soins intensifs ou celle des décédés, la réponse apparaît positive. 

D’ailleurs, lorsqu’on observe les données mondiales publiées par worldometer, on voit une augmentation continue de cas testés positifs depuis la mi-mai et un taux de mortalité relativement stable. Mais est-ce significatif d’une augmentation réelle des personnes infectées ?

Il est possible que l’une des raisons est l’amélioration des traitements. Une autre raison avancée est la diminution de la virulence.

La virulence du Covid diminue

Généralement, on observe une virulence très forte au début d’une épidémie, puis elle diminue au fur et à mesure de celle-ci. On a avancé l’explication d’une immunité croissante dans la population, mais ce n’est pas crédible avec en moyenne 10 % de la population européenne immunisée aujourd’hui contre ce Covid. 

Par ailleurs, clairement, cette épidémie-ci est une épidémie saisonnière dite en cloche dans nos régions tempérées nord, alors qu’elle est endémique plus on se rapproche des régions intertropicales ; mais les raisons en sont inconnues. Beaucoup d’explications sont avancées, mais sans beaucoup de fondements scientifiques.

Donc la diminution intrinsèque de la virulence est une explication possible mais pas unique.

À quoi serait dûe cette diminution de virulence ? C’est très complexe et faire simple ne sera pas simple !

J’ai toujours été impressionné par l’écologie des trypasonomiases africaines (maladie du sommeil). La gabiensé (trypanosomiase d’Afrique de l’ouest) est une infection d’évolution lente, alors que la rhodiensé (celle de l’Est) est une infection brutale tuant le bétail et l’Homme, rendant des régions africaines désertes en hommes et en bétail, sans pour autant provoquer la disparition du parasite ni le rétrécissement de sa zone géographique ; ceci, avant que l’on ait assaini le milieu, ce qui a libéré le milieu du parasite. Il n’y a donc pas qu’un équilibre, un trade-off (voir ci-après), à prendre en compte pour une épidémie donnée. 

La critique du modèle du troc, trop simpliste

Il existe un modèle de transmissibilité souvent mis en avant, sur lequel beaucoup de nos épidémiologistes se basent dans l’analyse de la crise présente, modèle du reste fort critiqué, à juste titre, pour son simplisme, c’est le modèle trade-off, ou modèle du troc.

Pour évaluer un taux de reproduction (RO), ce modèle propose un équilibre entre transmissibilité, l’importance des hôtes susceptibles (densité, hôtes naïfs, etc.), la mortalité de l’hôte (naturelle et liée à l’infection), le taux de guérison. Vous avez d’ailleurs ces différents éléments être proposés sur différents sites internet.

L’hypothèse défendue est que la sélection naturelle va progressivement placer le virus dans un équilibre maximalisant sa reproduction. Cet équilibre se trouve en général pour une virulence plus faible que celle du début de l’épidémie.

Mais ces modèles ne mènent pas à grand-chose, sinon des modèles sur des modèles et des déclarations, d’ailleurs contradictoires entre eux, de nos trop fameux experts.

Pour répondre aux critiques du modèle trop simpliste on a proposé plusieurs trade-off (!) pour une même épidémie : encore des modèles sur des modèles. Soyons sérieux, les éléments influençant une épidémie sont très nombreux, comme l’activité d’un malade fiévreux : en général il reste au fond de son lit et ne transmet pas grand-chose !

Et puis que dire des épidémies saisonnières de nos zones tempérées qui ne répondent à aucun trade-off, le virus va vers sa propre extinction et non vers un équilibre. Et pourtant fréquemment nos experts s’ingénient à l’utiliser, ou un dérivé, pour deviner ce qui va se passer avec le Covid-19.

Sur cette fiction, ils nous prédisent un rebond et une deuxième vague. Ils nous donnent cette impression désagréable que pire c’est mieux. Nous sommes face à une instrumentalisation scientifico-politico-médiatique de modèles de type trade-off, alors qu’il n’est pas applicable dans notre situation.

Observer le réel

Une fois de plus, nous devons surtout observer le réel. Tant mieux. 

Et ce qu’on observe est une réduction de la virulence à travers un taux de mortalité toujours plus bas : l’analyse de l’épidémie réalisée par Nicolas Lewis pour la Suède est passionnante et nous propose un taux de létalité aujourd’hui bien inférieur à 0,1 %.

Vous allez, avec plein de bonne foi, me dire que l’observation me donne tort. Au sud des USA, l’épidémie flambe. Mais est-ce bien une épidémie ? N’avons-nous pas affaire, là-bas, à une endémie ?

Examinons le cas de la Floride aux USA, emblématique de cette « flambée ».

Cet État se situe au niveau du Qatar, nous sommes proches des zones intertropicales. Si nous comparons la date du 1er juin à celle du 15 juillet, nous observons une augmentation des cas testés positifs d’environ 15 fois, mais nous savons que c’est avant tout lié à une augmentation importante des tests pratiqués. En comparaison, on observe apparemment une augmentation modérée, multipliée par deux, des hospitalisations et des décès. Les données sont tirées des Tallahassee Reports publiés par le Florida Department of Health.

Pour les décès, nous observons grosso modo actuellement 90 décès par jour contre 45 à la mi-mai, pour cet État comptant 21,5 millions d’habitants, soit proportionnellement, dix fois moins que le sommet de la courbe de décès en France, ou 14 fois moins que celui du New Jersey dans le nord des USA. Sachons mesure garder. 

La rupture du modèle épidémique dans cet exemple-ci, qui se répète pour d’autres États du sud, par rapport au nord, est spectaculaire.

Nous sommes là-bas, bien au sud, dans un modèle endémique bien plus qu’épidémique à plus faible intensité, jusqu’à dix fois moins importante que le sommet des cloches épidémiques des États du nord, endémie qui connaît actuellement des phases de regain et de déclin, et probablement une virulence qui décroît progressivement.

Revenons chez nous. 

Notre épidémie ne se distingue donc pas, dans son aspect épidémiologique général, des épidémies saisonnières. C’est ce constat qui est raisonnable, il n’y en a pas d’autres.

Que le virus ait perdu de sa virulence, c’est cohérent. Mais ce qui est également important, c’est de comprendre la forme en cloche de la structure épidémique au cours du temps (saisonnière), qui ne connaît aucune exception dans les zones tempérées nord, quelles que soient les mesures de lutte prise (confinement ou non, masque ou non, traitement à l’hydroxycloroquine ou non, etc.).

Nous ne devons certainement pas craindre une ré-augmentation globale des cas de malades (hors période saisonnière) et de décès, à supposer qu’il y en ait une. L’épidémie est derrière nous.

Cependant, de façon itérative, causée par des cas isolés, généralement revenant de zones endémiques, l’infection peut encore se transmettre petitement à l’intérieur de cellules, notamment familiales, où les contacts sont fréquents et étroits mais qui n’a aucune tendance à la dispersion, tant la capacité du virus à se transmettre sous nos cieux est devenue faible. Ceci est très banal.

Ayons confiance dans notre avenir.

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