Pourquoi l’abstention ? Mais surtout : pourquoi aller voter ?

isoloirs isolés by alainalele (CC BY 2.0) — alainalele , CC-BY

Pourquoi continuer à aller voter alors que la politique a été dévoyée et que les hommes politiques ont surtout des aspirations personnelles ?

Par Olivier Maurice.

La très faible participation lors du deuxième tour des élections municipales n’a pas suscité beaucoup d’émoi. Il faut dire qu’elle avait une explication toute trouvée dans les circonstances assez exceptionnelles dans lesquelles celles-ci ont eu lieu : un premier tour dont le maintien a suscité de nombreuses polémiques, la peur toujours présente de l’épidémie, le long intervalle entre les deux tours, le manque de couverture médiatique d’un sujet passé au second plan…

D’autant plus que cette désaffection arrange beaucoup de monde : entre les nouveaux élus bien peu enclins à remettre en cause leur légitimité, les médias dont le sommaire est déjà largement rempli et le gouvernement pressé de passer rapidement à autre chose.

Mais il n’en reste pas moins que cette dégringolade démocratique s’inscrit dans une dynamique de désintérêt pour les grand-messes politiques qui ne fait que se confirmer élection après élection.

Plutôt que d’essayer de divaguer sur les raisons qui poussent les Français à ne pas aller voter et partir dans l’interprétation, voire se faire plaisir en élaborant des théories fantaisistes, il semble plus simple et moins risqué de s’interroger sur ce qui poussait les Français à aller voter et qui a progressivement disparu.

« Pourquoi aller voter ? » est quelque part la question que chaque électeur doit bien se poser en premier lieu, celui-ci étant censé agir autrement que par pur réflexe pavlovien devant ce qui reste quand même le fondement de notre système politique.

La politique est devenue administrative

Les élections municipales sont traditionnellement un vote de proximité. Le maire est le plus proche de tous les élus. Mais au fil du temps, cette proximité a disparu, s’est estompée. De nombreuses communes se sont regroupées en intercommunalité, déplaçant l’action communale souvent à plusieurs de dizaines de kilomètres.

Les personnels communaux et intercommunaux se sont multipliés, transformant la mairie en une ruche que l’on ne pénètre plus simplement en poussant la porte. Les procédures se sont alourdies, les fonctions se sont étendues…

Tout cela a transformé les mairies en château fort et les édiles en roitelets trônant sur un empire de fonctionnaires, d’écoles, d’associations, de projets d’urbanismes et de policiers municipaux.

Pourquoi donc aller voter pour choisir entre plusieurs fantômes identiques celui qu’on ne verra jamais sauf la veille des élections ?

Les partis se sont refermés

Les partis politiques étaient jusqu’il y a peu de temps des laboratoires sociologiques où se regroupaient des populations parfois différentes mais liées par des intérêts communs : ouvriers, fonctionnaires, intellectuels dans les partis de gauche, artisans, commerçants, exploitants agricoles dans les partis de droite.

Cette logique sociologique a été poussée au bout, jusqu’à devenir une caricature de cloisonnement, les partis devenant des officines de prise de pouvoir par telle ou telle faction, chacune s’appuyant sur des organisations associatives pour augmenter son influence.

Mais cet entrisme a laissé de nombreuses personnes à l’extérieur du sérail et les partis se sont recroquevillés sur eux-mêmes, pour devenir des cercles fermés préoccupés principalement par la tactique politicienne et les jeux d’influence.

Pourquoi donc aller voter pour des personnes bien plus intéressées par elles-mêmes que par les fonctions qu’elles cherchent à remplir ?

Les idéologies se sont ridiculisées

Il n’y a guère plus que quelques rares kystes d’idéologues, souvent réduits à la caricature et plus préoccupés à faire parler d’eux qu’à élaborer des programmes ou à réfléchir à leurs prises de positions. La technologie moderne leur permet d’arroser les foules et de tenir régulièrement le haut du pavé, mais leur spectacle médiatique les a également totalement ridiculisés.

Bien sûr, on parle beaucoup d’eux, et leur notoriété en fait fantasmer plus d’un, mais elle est à l’image des vedettes de téléréalité : grotesque et vide. S’afficher avec une lycéenne à couettes dans un sommet international, c’est exactement la même erreur que commettent tous les maires de villages lorsqu’ils posent avec la candidate au concours de miss France de leur patelin : c’est sympa, ça rapporte des voix, mais ça établit surtout qu’on est quelqu’un qui n’a pas peur du ridicule et de la compromission.

Décrédibilisée à l’issue de la guerre et de la guerre froide, les idéologies sont devenues des bouffonneries de révolutionnaires en tutu, arrogants et ignorants, et bien souvent totalement hystériques.

Les idéologies politiques sont nées de la démocratie. Elles ont été inventées pour prendre le pouvoir en utilisant la force politique que le nombre procure et en galvanisant des foules autour d’un ensemble d’idées et de promesses. Elles ont lamentablement échoué et il ne reste plus que quelques obscurantistes romantiques pour croire encore à leur capacité à changer le monde.

Pourquoi donc aller voter pour des programmes politiques, alors que l’expérience a prouvé que ceux-ci ne servent à rien, à part créer des problèmes et des conflits ?

#balek

La dernière raison est sans doute la plus importante et une combinaison des trois précédente : l’électeur a appris à vivre avec la nuisance permanente que représente la politique. Le citoyen est devenant résilient pour utiliser correctement un mot à la mode : il est devenu résistant aux chocs continuels que l’État omniprésent lui inflige en permanence.

Il a appris à ne plus prendre pour argent comptant ce qui se dit lors du journal de 20 heures (où à ne plus le regarder), il a appris à ne plus croire les journalistes, les politiciens, les peoples, les experts… Il a appris à zapper quand on lui demande de s’indigner, à s’adapter quand on lui ajoute une contrainte supplémentaire, à télétravailler quand on le met en résidence forcée, à acheter directement en Chine quand on lui intime l’ordre d’acheter du produit français surtaxé, sur-subventionné et surestimé…

Pourquoi voter quand de toute façon l’État ne fait que rendre impossible la vie des individus et que chaque nouvelle décision, chaque réforme, se traduira inexorablement de la même façon : davantage d’impôts, moins de liberté et plus de compromission avec les groupes de pression de toute nature qui parviendront (après avoir bien ennuyé tout le monde) à étendre encore leurs privilèges ?

Le consommateur est entré en résistance et l’électeur est parti en vacances.

Passif-agressif

Jusqu’au jour où la goutte fait déborder le vase. Jusqu’au jour où une obscure parapsychologue lance une vidéo sur Facebook et qu’un mois plus tard, la France passe à deux doigts de la guerre civile.

Jusqu’au jour où le choix entre système D et ras le bol penche en faveur du second et que, sachant ne pouvoir se faire entendre, ne se reconnaissant pas dans une aristocratie bien loin d’eux et ne pouvant plus trouver de parades à l’incessant matraquage d’injonctions et de prélèvements, les Français saisissent l’opportunité et l’anonymat du groupe pour transformer leur résignation en colère.

Jusqu’au jour où, la voie légale et civilisée d’expression populaire, tout comme les services censés être à destination du public, ayant depuis belle lurette été détournés et capturés par des parasites qui en vivent grassement, il ne restera finalement plus qu’une seule manière de remettre l’État à sa place.

Jusqu’au jour où, spontanément et en dehors de toute association politique, ses trois premiers droits naturels ayant été bafoués allégrement par celles-ci, il ne restera plus au citoyen que la possibilité de se rabattre sur le quatrième.

« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » (Article 2, Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789).

 

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