Stocks de masques : l’État donne des leçons aux entreprises

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L’État, qui a mal géré son stock de masques, veut donner une leçon de gestion aux entreprises et se propose même de les accompagner dans le financement de ces stocks.

Par Francis Richard.

Les hommes de l’État ont montré leur imprévoyance et leur impéritie lors de la crise sanitaire que la France vient de traverser confinée. Ces prétentieux restent convaincus qu’ils sont les mieux à même de savoir ce qu’il faudra faire à l’avenir.

L’histoire des stocks de masques en France

L’exemple des masques est à cet égard emblématique. En 2013, ces omniscients de l’État décident qu’il n’est pas nécessaire de renouveler le stock étatique constitué pour faire face aux précédentes épidémies (grippe H1N1, SRAS ou Ebola).

Quand la Covid-19 commence à se répandre en France, le 19 février 2020, ils envoient même en Chine, par solidarité, nombre de masques détenus en stock à destination des structures hospitalières de Wuhan et de la province de Hubei.

Leur thèse sera que les masques ne servent à rien si on n’est pas malade et que les Français sont tellement bêtes qu’ils ne sauront pas les mettre correctement, dixit, le 20 mars 2020, une experte en la matière, la porte-parole du gouvernement.

Il faut donc réserver les masques aux seuls soignants, dixit, le 17 mars 2020, Olivier Véran, qui a succédé à Agnès Buzyn le 16 février 2020. Sauf que lesdits soignants n’en verront pas la couleur au plus fort de l’épidémie de Covid-19.

Maintenant, dans une dépêche de l’AFP, le même Olivier Véran déclare qu’il faut décentraliser les stocks de masques et que les entreprises doivent détenir désormais dix semaines de stocks, pour faire face à un éventuel rebond de l’épidémie :

On a vu que, quand on a un seul stock centralisé dans un grand entrepôt, on peut en perdre le fil – ça n’arrivera plus –, ça n’est pas les meilleures conditions de stockage possibles et la logistique pour les répartir sur le territoire prend trop de temps. Donc être capable de décentraliser, de déconcentrer les stockages de matériel de protection au sein des territoires, au sein des entreprises, des hôpitaux, des cabinets médicaux, c’est important.

Début avril, l’État avait retenu une commande et en avait réquisitionné une autre que la présidente d’une région avait passées pour des Ehpad, des personnels d’aide à domicile de personnes âgées et des structures d’accueil de personnes handicapées…

Quand l’État donne des leçons

L’État, qui a donc mal géré son stock de masques, veut donner une leçon de gestion aux entreprises avec cette consigne de dix semaines de stocks, alors qu’elles se débrouillent très bien sans lui quand il s’agit de gérer leurs (autres) stocks…

L’État, représenté par Olivier Véran, se propose même de les accompagner dans le financement de ces stocks : seules elles n’en seraient évidemment pas capables… En fait tous ces gens ne savent pas comment fonctionnent les entreprises.

Il faut dire que ces hors-sol, tous autant qu’ils sont, n’ont jamais travaillé en entreprises, sinon ils comprendraient que tout ce qu’elles demandent c’est de pouvoir s’organiser comme elles le veulent, dans l’intérêt bien compris de leurs acteurs.

Une décentralisation ne peut réussir que si les décisions sont prises au plus proche de leurs conséquences. Les règles imposées d’en haut et de loin sont arbitraires et se traduisent toujours par un déni de réalité et un manque de réactivité.

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