Agnès Buzyn, une confession dramatique

Cette confession tragique risque fort d’éroder un peu plus la confiance accordée aux gouvernants en temps de crise majeure : il semblerait que les calculs politiques aient précédé la santé publique des citoyens.

Par Frédéric Mas.

Dans un entretien donné au quotidien Le Monde en date du 17 mars 2020, Agnès Buzyn dévoile sans ambages l’étrange comédie qui s’est jouée au sommet pour maintenir les élections municipales en dépit des risques sanitaires liés à l’épidémie de coronavirus.

L’ancien ministre, qui est aussi médecin, est arrivée troisième au premier tour des élections municipales à Paris. Elle n’a pas caché son désarroi : « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. » Agnès Buzyn témoigne aussi de la difficulté qu’elle a eu à faire campagne en sachant que le résultat en serait altéré : « Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. »

En pleine crise du coronavirus, Agnès Buzyn a démissionné de son poste de ministre de la Santé pour se lancer dans les municipales à Paris.

Elle avait suscité la colère de certains commentateurs pour avoir déclaré publiquement que les risques d’épidémie au début de la crise en février dernier étaient « très faibles », comme l’avaient fait certains membres du gouvernement jusqu’à la semaine dernière.

Ce que cet entretien révèle, c’est que le gouvernement était informé des risques liés à l’épidémie avant même la tenue du premier tour, et qu’il a choisi de le maintenir en dépit des alertes lancées par les professionnels de santé.

Cette confession tragique risque fort d’éroder un peu plus la confiance accordée aux gouvernants en temps de crise majeure : il semblerait que les calculs politiques aient précédé la santé publique des citoyens. Ce nouveau couac s’ajoute à la communication chaotique du gouvernement sur les mesures de confinement : alors que lundi matin Sibeth Ndiaye qualifiait de fake news les rumeurs de confinement total de la population, celui-ci se trouvait infirmé le soir même par les déclarations d’Emmanuel Macron et Christophe Castaner.

 

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