Le mystère des Noirs décimés par le coronavirus

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Les conditions socio-économiques constituent un premier facteur explicatif mais les experts ne parviennent pas à cerner les causes premières de la morbidité excessive des Noirs par le Covid-19.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Le vendredi 7 mars 2020, l’équipe de basket-ball le Jazz de l’Utah affrontait les Pistons, à Détroit. Dès le lendemain du match, le joueur de Détroit Christian Wood a été diagnostiqué positif au coronavirus.

Le 11 mars, après l’arrivée du Jazz en Oklahoma, en préparation d’un autre match, le joueur-star du Jazz, Donovan Mitchell et son coéquipier Rudy Gobert, étaient eux aussi atteints du Covid-19. La rencontre Jazz de Utah et Thunder d’Oklahoma a alors été annulée.

Quelques heures plus tard, c’est la saison entière de la NBA (l’association nationale de basket-ball des États-Unis) qui a été annulée.

Ces joueurs et d’autres joueurs de la NBA ayant contracté le coronavirus ont récupéré. Mais la maladie a aussi frappé durement certaines familles de l’entourage de la NBA : Karl-Anthony Towns Jr a perdu sa mère et l’ex-joueur Sebastian Telfair a perdu son frère et sa mère.

Ces joueurs et ex-joueurs de la NBA sont tous noirs. Ils ne correspondent pas au profil du Noir américain en difficulté économique. Les Noirs représentent 75 % des joueurs de la NBA. Les joueurs de la NBA sont payés en moyenne 7,7 millions de dollars par année. Ils ne vivent pas dans des ghettos.

Mais le bien-être économique de ces joueurs noirs et de leurs familles ne leur est d’aucun secours face à cette triste réalité : les Noirs sont frappés plus fort par le Covid-19 que tous les autres groupes ethniques.

Ainsi, la mortalité des Afro-Américains du Covid-19 est 2,3 fois plus élevée que celle des Asiatiques et des Latinos et 2,6 fois plus élevée que celle des Blancs.

Cette réalité statistique se constate dans les États où l’on dénombre le plus d’Afro-Américains parmi les victimes.

Dans l’État de New York, l’épicentre de la pandémie aux États-Unis, les Noirs représentent 27 % des décès alors qu’ils ne sont que 14 % de la population. Ils constituent aussi 14 % de la population en Illinois, mais comptent pour plus du tiers des victimes. La situation est particulièrement sévère à Chicago où ils sont moins du tiers de la population mais représentent 56 % des décès.

Au Michigan, alors que les Noirs ne sont que 14 % de la population ils comptent pour 43 % des décès. En Louisiane, où se trouve la Nouvelle-Orléans, les Noirs se chiffrent à 32 % mais représentent 58 % des décès.

Comment expliquer une telle disproportion des Noirs parmi les victimes ?

Vulnérabilité au coronavirus

Beaucoup de Noirs souffrent de soucis de santé qui les rendent vulnérables au Covid-19 : diabète, hypertension, problèmes cardiovasculaires, asthme, obésité.

Le Centre américain de contrôle des maladies souligne que certains d’entre eux et des membres des communautés ethniques vivent dans des endroits densément peuplés où la distanciation physique est plus difficile et où l’accès aux épiceries et hôpitaux moins aisé.

Ces citoyens habitent souvent avec des membres de leur famille de tous les âges, et dont ils doivent parfois s’occuper, ce qui complique leur isolement, si besoin.

De plus, les Noirs sont sur-représentés en milieu carcéral où les repas sont pris collectivement et où il est difficile d’être isolé.

Le quart des Noirs et des Latinos sont également employés de services comme les hôpitaux, les cliniques et les transports en commun qui demandent un contact avec la clientèle.

Morbidité des Noirs et des personnes de couleur liée au Covid-19 au Royaume-Uni

 

L’Amérique n’est pas le seul pays où le coronavirus frappe durement les Noirs et les personnes de couleur.

Selon l’Office des statistiques nationales du Royaume-Uni, les Noirs de l’Angleterre et du Pays de Galles sont deux fois plus susceptibles de périr du coronavirus que les Blancs, même après avoir ajusté les résultats prenant en compte le revenu, le niveau d’éducation, la qualité de vie et la santé.

Malgré cet ajustement statistique, les Noirs et les personnes de couleur souffrant d’obésité, d’hypertension ou de diabète sont fragilisés lorsqu’ils travaillent en première ligne avec le public.

C’est la même chose pour les Pakistanais et les Bangladais, qui, après ajustement statistique, demeurent 1,8 plus susceptibles que les Blancs de succomber au Covid-19.

Les analystes ont aussi identifié le surpeuplement des logements comme facteur de vulnérabilité. Un tiers des Bangladais, un sixième des Pakistanais et un huitième des Noirs vivaient en surpeuplement de 2014 à 2017 en Angleterre et au Pays de Galles, comparativement à 2 % des Blancs. Une statistique qui est, pour les analystes, un facteur de transmission du coronavirus.

Les analystes notent aussi que les Noirs et les personnes de couleur vivaient surtout dans les villes où le Covid-19 se transmet plus facilement. 12,8 % des travailleurs pakistanais et bangladais travaillent dans les transports publics comme les autobus et les taxis.

Au final, l’Office des statistiques nationales conclut que si l’on ne tient pas compte des ajustements initiaux, les Noirs sont quatre fois plus susceptibles que les Blancs de mourir du coronavirus. Ainsi, même en multipliant les analyses et en poussant les recherches, la raison de la létalité du coronavirus pour les Noirs reste à élucider.

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