Santé : une belle charrue à six milliards, pas un carrosse

Tout comme la Covid étouffe les patients, l’administration étouffe les soignants.

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Santé : une belle charrue à six milliards, pas un carrosse

Publié le 30 juin 2020
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Par Gérard Maudrux.

Notre ministre vient de mettre sur la table six milliards pour le personnel non médical dans les hôpitaux. Ne sommes-nous pas une fois de plus en train de mettre la charrue avant les bœufs ?

La crise du Covid a mis en évidence les carences monstrueuses de notre système de santé, masquées par la méthode Coué, répétant sans cesse chaque fois qu’un problème se pose, que nous avons le meilleur système de santé au monde, avec des carences essentiellement dans son organisation. Nous l’avons constaté, et les seuls surpris semblent nos dirigeants.

L’argent comme seule solution

Alors pour régler ces problèmes latents, une fois de plus, la solution : l’argent. Certains croient qu’on peut tout acheter et que l’argent va masquer tous nos défauts.

Chez nous cette crise a été traitée dans une grande panique, dans une désorganisation et une inefficacité totales, avec ordres et contre-ordres. L’Allemagne l’a abordé plus tranquillement, et le résultat est sans appel. Pourtant l’Allemagne ne disposait pas de plus d’argent. Les dépenses de santé en Allemagne et en France sont strictement équivalentes : 11,3 et 11,25 % du PIB.

Rappelez-vous la grève des urgences il y a juste un an. Elle est partie du service des urgences de Saint Antoine, le service le mieux doté de France en personnel médical, non médical, locaux et moyens. L’argent ne faisait pas partie des revendications initiales, même s’il est venu ensuite sur le devant avec l’extension du mouvement dans toute la France.

« La politique de fermeture de lits que mène l’AP-HP surcharge les urgences de patients » avons-nous entendu de la bouche de la représentante CGT dès les premières déclarations. Ce sont d’abord les conditions de travail qui ont déclenché le mouvement, avec la sécurité en premier lieu, j’y reviendrai.

Quand j’ai commencé à opérer, au bloc toutes les infirmières étaient dédiées aux soins. Lorsque je suis parti, depuis 10 ans, dans chaque bloc, un poste d’infirmière était consacré à plein temps à la paperasse, coller, décoller des étiquettes, noter, compter, vérifier…

En 40 ans, dans les hôpitaux, le personnel par nombre de lits a doublé, mais le nombre d’infirmières, toujours par lit est toujours le même. L’augmentation s’est faite uniquement sur le personnel administratif. Quand j’ai commencé médecine, le CHU avait un seul directeur général, quand j’ai terminé, il y avait 17 directeurs de différentes branches administratives.

Certes les personnel médical et non médical sont parmi les plus mal payés des pays équivalents à la France et il faudra une rallonge. Mais ce n’est pas le premier problème à mettre sur la table. Aujourd’hui, chaque fois qu’un problème se pose, nos dirigeants sortent le carnet de chèques pour calmer la situation, mais plus rien ne se passe ensuite.

Améliorer les conditions de travail

Et si on proposait d’abord d’améliorer les conditions de travail, ce qui passe par une refonte de l’organisation, du fonctionnement. Quand on est mal dans sa peau, que l’on travaille dans de mauvaises conditions, quand on est soignant et qu’on ne peut plus soigner, étouffé par les tâches administratives, gagner davantage ne change en rien la situation et le mal-être.

Quand on est harcelé par les patients, leurs familles, par ces Français mal élevés à qui tout est dû, qui n’ont que des droits et aucun devoir, l’argent ne change rien. Désolé d’évoquer ce problème de cette manière, mais c’est ce point précis qui a déclenché le mouvement de l’an dernier, cela fait partie d’un tout, tout est à revoir, et tout ne s’achète pas.

L’organisation de la santé en France repose maintenant sur les ARS, Agences Régionales de Santé, créées par la loi HPST de 2010, remplaçant entre autres les ARH, Agences Régionales d’Hospitalisation. Quand vous aurez vu l’organigramme de l’ARS de l’est ci-jointe, et que vous apprenez que sur Paris-Ile-de-France ils sont 4000, vous comprendrez mieux le vrai malaise des soignants. Il en est ainsi dans les ARS, les hôpitaux, les ministères.

Tout comme la Covid étouffe les patients, l’administration étouffe les soignants. Comme la France, ils souffrent de la sur-administration, mal bien français qui ne fait que s’aggraver à chaque problème qu’il engendre. Si vous supprimez cette sur-administration, vous dégagez des fonds pour les soignants, mais surtout vous améliorez leurs conditions de travail, leur bien-être, leur motivation, leur passion. Non tout ceci ne s’achète pas, cela se donne.

Voir les commentaires (26)

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  • Il est où, ‘ l’organigramme de l’ARS de l’est ci-jointe ‘ (sic) ?

  • Arrêtez de comparer les % de dépenses de santé qui paraissent identiques entre la France et l’Allemagne ,cette dernière à un PIB supérieur au notre de plus de 1100 milliards !!!!!!!à % équivalent cela fait quelques € de plus non ?comment pouvez-vous passer à côté de cela?
    Ce n’est pas d’argent dont l’hôpital a besoin mais de réorganisation drastique,plus on met d’argent moins cela fonctionne ,l’éducation,les banlieues….

    • PIB Allemagne/habitant = 47 600$, France 41 600$, source banque mondiale, 2018. Différence 15%. Cette différence n’est pas à la hauteur de la différence d’efficacité : nombre établissements, nb lits, morts Covid, rémunérations très supérieures,…

      • Oui mais il ne faut pas dire identique, 15% ce n’est pas négligeable, ça correspond presque à la différence de niveau de salaire du personnel.

    • L’Allemagne a une population plus importante aussi!
      La vrai question est, pourquoi notre PIB stagne t’il?

      • Certes ,mais pour 23% de population en plus ils ont quasiment le double de travailleurs que nous ,et qui plus est une population vieillissante ,donc qui travaille plus et plus longtemps,la France se targue d’avoir une population jeune ,que font nos jeunes?

      • « La vrai question est, pourquoi notre PIB stagne t’il? »
        Un peu de patience, si on ajoute les méfaits du confinement et les dépenses insensées de l’écologie, plus la fermeture de Fessenheim, ce n’est pas une stagnation mais une chute brutale qui nous attend pour la rentrée.

  • La charue est un bel outil. Il va falloir des boeufs. Cela tombe bien, on a les veaux tant et si bien qu’il suffira de les couper pour obtenir des bestiaux dociles. On sait ce qui attend les Français 🙁 Aux abris !

    L’essentiel, c’est bien la somme de tracas administratifs coûteux plus le comportement des familles de patients.

  • Faut commencer par lourder les milliers de parasites du système de Santé, J Mon-Salaud en tête, L’argent est déjà là, sucé par les nuisibles.

  • Le matin, pendant le petit déjeuner, je met BFM Business en fond sonore;

    quand j’entend les offres d’emploi, ils vont tous dans le sens que vous dénoncez.

    Et pourtant on sait que les conseilleurs ne sont pas les payeurs…

  • L’organigramme de l’ARS est tout simplement hallucinant!
    Quant on voit ça, il n’y a pas besoin d’autres explications. Il faut diviser le nombre de fonx de cet ARS par 10. Et pareil dans tout le pays. Avec 10 fois moins de monde, ils vont bien être obligés de se concentrer sur les tâches essentielles et laisser tomber tout ce qui emmerde les soignants.

  • Au lieu de virer ces inutiles et attribuer aux personnels de terrains les augmentations promises . . .

  • D’abord, un grand merci au Dr Maudrux, pour cet article et pour son blog, que j’ai découvert pendant le Covid et qui est une mine d’informations et d’échanges.
    https://blog.gerardmaudrux.lequotidiendumedecin.fr/
    Pourriez-vous nous éclairer sur les raisons qui, selon vous, ont mené à cette dérive bureaucratique? Demandes de reporting venant d’en haut ? Démarches qualité mal menées ? Incapacité à supprimer des choses existantes aboutissant à un effet d’empilement ?

    • Il doit y en avoir plusieurs. La plus importante est sans doute l’ENA. Une école d’Administration, pour créer des administrations, caser ses élèves que ceux en place ont décidé d’embaucher obligatoirement et à vie. Tout doit être administré, planifié, réglementé. Alors on crée, après il faut du personnel pour faire tourner, du personnel pour s’occuper du personnel… La santé est quelque chose d’insupportable pour ces administrateurs : imprévisible, incontrôlable, implanifiable. Alors il faut y remédier, en créant des organismes, administrés par des administrateurs, pour diriger les professionnels. Au bout d’un moment cela s’autoalimente.
      Regardez toutes les notices éditées pour le Covid, pour tous les corps de métiers : 30 pages, 50 pages, 80 pages, modifiées tous les 8 jours, pour dire à tout le monde ce qu’ils doivent faire, ce que l’administration veut qu’ils fassent, car les professionnels sont incompétents. Et pour pouvoir s’occuper de tout ça, il faut encore plus de personnel

  • Fin 90, Alcatel avait installé le pilotage matriciel : un gars reportait à différents supérieurs en fonction du domaine. Du coup :
    – le grouillot ne produisait plus, trop occupé à aller en réunion et remplir des papiers
    – le haut de la hiérarchie était quasiment aussi nombreux que les productifs (avec des salaires qui vont bien),
    – les gens ne comprenaient plus qui faisait quoi
    – le middle management se battait pour les postes pépères (enfin ça ils le faisaient avant).
    On sait où ça les a mené.

  • Oui, merci beaucoup à l’auteur pour cet article très clair et documenté, ce qui est pratique dans les discussions (des faits, des chiffres, ça marque). L’organigramme est un grand moment… ça fait peur, ça m’énerve, je ne parviens plus à rire sur ce sujet (2 fonx sur 3 sont des administratifs dans la santé, l’éducation etc ; dans le privé c’est l’inverse et mieux géré)
    Mme Buzyn hier propose comme solution pour mieux gérer la prochaine crise de créer une… commission de crise…

  • Fermer la Sécu
    Privatiser l’hôpital public
    fermer les Ars
    Baisser les impôts et taxes qui pèsent sur la santé
    Et il restera bien plus de pognon pour les soignants et les soignés

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