Agnès Buzyn candidate aux municipales à Paris : le petit soldat d’Emmanuel Macron

Qui est Agnès Buzyn, la nouvelle candidate LREM aux élections municipales à Paris ? Portrait d’une fidèle parmi les fidèles.

Par Nathalie MP Meyer.

Ainsi donc, c’est Agnès Buzyn, précédemment ministre des Solidarités et de la Santé, qui a été désignée par LREM pour remplacer Benjamin Griveaux dans la course municipale parisienne. Compte tenu des circonstances calamiteuses qui ont rendu ce changement de candidat inéluctable, ce n’est pas forcément un mauvais choix.

Mais c’est aussi un choix qui étale au grand jour à quel point la macronie en est réduite à faire contre mauvaise fortune bonne mine. Portrait d’une fidèle tellement obéissante que c’est en pleurs et déchirée qu’elle se lance à Paris.

La rocambolesque affaire de la sextape de Benjamin Griveaux a bien évidemment précipité les événements, mais les ennuis de la campagne municipale de la République en Marche à Paris avaient commencé bien avant cela.

Choisi par Emmanuel Macron lui-même au risque de susciter des dissidences dans le parti présidentiel – ce qui fut chose faite avec la candidature solo de Villani – le candidat Griveaux est arrivé sur la place de Paris précédé d’une réputation d’homme peu sympathique et suffisant.

Talonné par Belliard (EELV) et nettement distancé par Hidalgo (PS) en dépit de son bilan plus que mitigé et par Dati (LR) dont le parti frôle pourtant l’inexistence (sondage Odoxa pour Le Figaro, fin janvier 2020), Griveaux s’était lancé récemment dans une surenchère sociale et écologique de propositions chocs aussi loufoques que dispendieuses : aider les classes moyennes à devenir propriétaires à Paris via un chèque logement de 100 000 euros et déplacer la gare de l’Est pour transformer le site actuel en « Central Park » parisien.

Les avantages de la candidature d’Agnès Buzyn

Dans ce contexte complètement survolté, la candidature d’Agnès Buzyn présente de multiples avantages pour LREM :

  • Là où Griveaux irritait par ses déclarations méprisantes à l’emporte-pièce (on se rappellera par exemple des « gars qui roulent au diesel et fument des clopes »), elle présente un visage calme et pondéré ;
  • Là où la masculinité de Griveaux devenait franchement encombrante face au duo de femmes Hidalgo/Dati alors que la cause des femmes a été érigée en grande priorité du quinquennat, Buzyn remet incontestablement du féminisme dans le jeu ;
  • Et là où la campagne ratée du candidat initial commençait à inquiéter jusqu’au sein de LREM, la nouvelle candidate a maintenant tout loisir de rectifier le tir.

Ce qu’elle s’empressa de faire dans les heures qui ont suivi l’annonce officielle de sa candidature : exit les grands projets pharaoniques de Benjamin Griveaux, bonjour la proximité, le quotidien, la propreté et la sécurité.

Si certains membres de l’équipe de campagne LREM se sont risqués à assurer que dans cette affaire, seul le capitaine changeait, tout le reste étant maintenu, ils en sont pour leurs frais. Car il apparaît clairement que la mission confiée à madame Buzyn dépasse largement le remplacement d’un candidat empêché pour des questions strictement privées. En réalité, tout est à reprendre à zéro… et il ne reste qu’un mois.

Voilà qui en dit long sur le fonctionnement de la macronie : Emmanuel Macron a imposé Griveaux à Paris, histoire de récompenser un fidèle de la première heure plutôt que de réfléchir sérieusement aux enjeux auxquels la capitale était confrontée, exactement comme il a imposé Ferrand, Castaner et Loiseau à d’autres postes clefs, et il s’est lamentablement planté.

Du sérieux, c’est justement ce que nous promet Agnès Buzyn qui assure aussi se lancer avec détermination : « J’y vais pour gagner » a-t-elle martelé à des militants enthousiastes que la méthode Coué ne rebute manifestement pas (vidéo, 01′ 16″) :

Mme Buzyn donne même l’impression qu’elle réalise là le rêve de sa vie. Ainsi qu’elle l’a déclaré à l’AFP dès dimanche 16 février dernier :

Si le choix collectif (de LREM) venait à se porter sur ma personne pour devenir la candidate du rassemblement à Paris, j’en serais heureuse et honorée. […] J’y vais, j’en ai envie.

Un revirement très curieux. Pas plus tard que deux jours plus tôt, elle assurait que son agenda « très chargé » en tant que ministre de la Santé et des Solidarités ne lui permettait pas d’envisager une telle candidature :

Je ne pourrai pas être candidate aux municipales. J’avais déjà un agenda très chargé […] J’ai beaucoup de réformes aujourd’hui dans le ministère et s’est rajouté un surcroît de travail inattendu malheureusement qui est cette crise du coronavirus […] J’avais dit à Benjamin Griveaux, malgré mon soutien, que je ne pourrai pas m’engager auprès de lui. (Agnès Buzyn, matinale de France Inter, 14 février 2020)

Il est vrai qu’on nous explique maintenant qu’elle parlait seulement de son impossibilité de s’engager « auprès » de Benjamin Griveaux, pas de le remplacer. D’ailleurs, est-il souligné, elle s’exprimait ainsi alors que ce dernier n’avait pas encore renoncé – mais il le fera moins d’une heure après et sa candidature était déjà intensément sous pression, ce qui rend toute cette parade assez oiseuse.

Et il est vrai que remontent opportunément à la surface des déclarations indiquant que l’aventure électorale ne serait pas pour déplaire à madame Buzyn :

François Bayrou me dit souvent que les médecins sont faits pour la politique, parce qu’ils savent écouter et donner du réconfort.

Si ce n’est que jusqu’à présent, elle avait toujours décliné. Et si ce n’est qu’elle est au bord des larmes et parle de « déchirement » au moment de passer le relais à son successeur Olivier Véran au ministère (première minute de la vidéo) :

Voilà qui en dit long sur le vide sidéral de la macronie. Car Agnès Buzyn, c’était précisément la ministre en charge des dossiers les plus chauds du moment : la crise de l’hôpital public, la PMA pour toutes et la réforme des retraites.

Au milieu du gué sur tous ces sujets, elle est priée de tout abandonner séance tenante pour voler à la rescousse électorale de LREM, comme si personne d’autre n’était capable de faire le job parisien. Ou plutôt parce que les rangs de LREM sont désastreusement dégarnis en ressources humaines alliant sérieux et poids politique. Et si possible engagement résolument à gauche.

Qui est Agnès Buzyn ?

Agnès Buzyn est née à Paris en 1962 dans une famille d’origine polonaise qui a payé un lourd tribut à la Shoah. Scolarisée d’abord à l’École alsacienne, établissement privé laïc très sélect, elle suit ensuite les traces médicales de son père, chirurgien orthopédique, en devenant médecin hématologue, puis professeur des universités à l’hôpital Necker en 2004.

Selon elle, une nomination difficile teintée de machisme :

Je n’ai jamais vécu autant de mépris et autant de haine, Comme si une femme n’avait pas le droit d’être professeure.

Une de ses amies concède cependant qu’elle a peut-être manqué de diplomatie.

Entre 2005 et 2011, elle participe à de nombreux conseils consultatifs de médicaments anti-cancers pour de grands groupes pharmaceutiques tout en exerçant également des fonctions importantes au sein d’organismes publics tels que l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’Institut national du cancer (INCa) et le Centre international de recherche sur le cancer (ou CIRC) dont elle devient vice-présidente en 2013. Ce qui n’est pas sans soulever la question du conflit d’intérêts.

Devenue ministre de la Santé et des Solidarités suite à l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, la question se pose à nouveau. Non seulement son second mari Yves Lévy (le premier était un fils de Simone Veil) est Directeur de l’INSERM, mais lorsque vient la fin de son mandat en 2018, elle se serait livrée à un « chantage à la démission » (dixit Le Canard enchaîné) pour qu’il soit renouvelé à son poste.

La célèbre revue scientifique médicale britannique The Lancet parle d’une affaire des plus opaques qui a endommagé la réputation de la recherche médicale française. Devant le tollé, énorme, Yves Lévy retire sa candidature et tout le processus de nomination doit reprendre du début.

Voilà. Agnès Buzyn a toutes les apparences du sérieux et de la pondération, mais dans la pratique, il n’en est rien. Quant à son bilan de ministre, il n’est pas plus folichon.

Encore récemment, plus de 1000 médecins hospitaliers étouffés par les contraintes administratives qui pèsent sur eux ont menacé de démissionner de ce magnifique système de santé que le monde entier nous envie. Juste avant, c’était la crise des urgences. Juste avant, c’était les déserts médicaux. Juste avant, c’était les grèves du personnel infirmier. Etc.

Du côté de la Sécurité sociale, la Cour des comptes a confirmé dans son rapport 2019 que le fragile échafaudage comptable obtenu en 2018 – un déficit annuel de 1,4 milliard d’euros quand même – s’effondre à nouveau dans des proportions alarmantes : le solde serait déficitaire de 5,4 milliards d’euros en 2019 et en 2020.

Et du côté des retraites, même histoire de déficits abyssaux compliquée de grèves et de blocages depuis le début du mois de décembre dernier, sans compter qu’il a fallu se débarrasser de Jean-Paul Delevoye, ex-Haut-commissaire aux retraites qui s’est montré un peu trop oublieux dans sa déclaration d’intérêts.

Mais que voulez-vous, Agnès Buzyn est « de gauche » et elle l’affirme haut et fort depuis longtemps en des termes typiques de l’angélisme socialiste mais parfaitement risibles quand on les rapporte aux brillants résultats mentionnés ci-dessus :

Je pense qu’il ne devrait pas y avoir de liens d’argent avec le patient. Moi, je ne le supporte pas. C’est pour cela que j’ai choisi l’exercice à l’hôpital.

Ainsi donc, c’est Agnès Buzyn, bon petit soldat de la macronie à défaut d’avoir été une bonne ministre de la Santé, qui s’y colle à Paris. Une obéissance à pleurer. Vous l’aurez compris, par ces mots, je parle non seulement de ses larmes à la perspective de quitter son ministère, mais aussi des nôtres, figuratives, au spectacle affligeant du pilotage à vue permanent de notre équipe gouvernementale.

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