Municipales : le raz-de-marée de l’abstention

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Les Français, qui sont visiblement de plus en plus nombreux à ne pas trouver de satisfaction dans une offre politique toujours plus restreinte, cherchent encore et toujours un homme providentiel.

Par Gérard-Michel Thermeau.

Six électeurs sur 10 ne se sont pas déplacés dimanche pour voter. C’est un triomphe, un « séisme », un « raz-de-marée ». Mais non pas au profit de celle qui fait les gros titres de la presse. Ce n’est pas l’heure de gloire de l’écologie triomphante que l’on peut lire dans ces élections. C’est la victoire absolue de ceux qui ne votent plus.

Étant l’un des nombreux membres du plus important parti de France, le parti des abstentionnistes, je suis aussi qualifié qu’un autre pour écrire sur le sujet. L’abstention remporte toutes les villes. Cela ne s’était jamais vu sous la République.

Faut-il y voir l’influence de la fameuse Covid (puisque l’Académie réclame le féminin) ?

S’agit-il d’une confirmation d’une tendance déjà ancienne ?

Montée de l’abstention

Les élections municipales sont traditionnellement des élections de proximité où les électeurs choisissent leur maire et leur équipe municipale sur des questions locales. À la différence des élections européennes qui n’intéressent guère, sauf pour manifester un vote sanction, et qui connaissent traditionnellement une forte abstention, les élections municipales ont longtemps suscité une forte adhésion.

Certes la montée de l’abstention est une constante sous la Ve république. Mais jusqu’à la fin des années 1980, les trois-quarts des électeurs votaient aux élections municipales. Un gros tiers (36,87 %) n’avait pas voté lors des précédentes municipales, en 2014. Le chiffre paraissait énorme à l’époque. En ce 28 juin 2020 nous atteignons un record historique.

Plus de la moitié du corps électoral ne s’est reconnu dans aucun des candidats. Il est vrai que ceux-ci, particulièrement dans les villes, proposaient tous la même chose : des arbres partout, des vélos partout et des petits oiseaux qui chantent partout.

Les élections de 2020 confirment-elles les élections législatives de 2017 qui avaient déjà vu le triomphe des abstentionnistes ? Décidément, les records historiques se succèdent en Macronie : l’abstention n’aura jamais été aussi forte.

À la recherche de l’homme providentiel

Les élections présidentielles restent les seules à ce jour à échapper à la malédiction de l’abstention, signe d’une évolution vers un régime toujours plus plébiscitaire. Les Français, qui sont visiblement de plus en plus nombreux à ne pas trouver de satisfaction dans une offre politique toujours plus restreinte, cherchent encore et toujours un homme providentiel.

Nous sommes au pays, non des droits de l’Homme, comme on nous le chante sur tous les tons, mais au pays de Napoléon le Grand, de Napoléon le Petit, de Boulanger, du Maréchal et du Grand Charles. Mais les Grands hommes sont déboulonnés et les uniformes un peu dépassés. Alors où trouver le Guide suprême qui fera fureur ? Vers qui un peuple totalement déboussolé peut-il se tourner ?

Nous n’avons même plus les « vieux sages » qui pouvaient toujours faire usage, les Adolphe Thiers ou les Gaston Doumergue. Et de toute façon, la raison et la sagesse ont déserté depuis un certain temps les rives de la Seine, de la Loire ou du Rhône.

Le règne d’une caste ?

Le suffrage universel est-il désormais mort ? Retournons-nous au suffrage censitaire, celui d’une caste totalement détachée des préoccupations de la population ?

Et quelle peut être la légitimité démocratique des nouveaux élus ?

Faut-il rappeler à ces nouveaux élus qui se pavanent et vont prendre en toute bonne conscience des mesures « d’intérêt général » ce qu’ils représentent ? Ou plutôt ce qu’ils ne représentent pas ? Ils ne représentent pas les trois-quarts ou plutôt les quatre-cinquièmes de la population qu’ils vont administrer.

À Lyon, le « triomphe » écologiste c’est presque 53 % de 38 % des électeurs ! Le maire de Lyon a été choisi par 20 % des Lyonnais. 80 % des Lyonnais n’ont pas voté pour lui.

À Bordeaux le « séisme » vert c’est moins de la moitié (47 %) de 39 % des électeurs, soit moins de 20 % des électeurs bordelais.

Et ainsi de suite. Partout les maires vont être des maires 20 % représentant un électeur sur cinq. Sans doute, la crainte d’une partie de l’électorat âgé a-t-il renforcé la radicalisation « verte » des résultats. Mais quoi qu’il en soit, la démocratie représentative prend l’eau de toutes parts. Seule l’abstention est majoritaire.

Jamais ne s’est autant vérifié la formule du grand libéral italien Francesco Ferrara : « En fin de compte, tout gouvernement est une minorité. »

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