Gestion publique de l’épidémie : ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas

L’État a failli dans sa mission de protection des citoyens et a été contraint d’en appeler directement aux efforts de la société civile, qui s’est donc sauvée elle-même, tout en imposant une restriction de l’activité.

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Gestion publique de l’épidémie : ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas

Publié le 3 juin 2020
- A +

Par Pierre Bentata.
Un article de l’Iref-Europe

Alors que débute la phase 2 du déconfinement, commentateurs, experts et analystes de tous bords se félicitent de la stratégie française.

L’État aurait vaincu l’épidémie et assuré avec succès sa mission de sécurité sanitaire. Pourtant, comme à la fin de chaque bataille, l’heure du bilan s’annonce. Et pour le dresser, la métaphore guerrière chère à nos gouvernants n’est peut-être pas adaptée.
Car la situation s’apparente davantage à un arbitrage entre deux missions que l’État s’est attribuées – garantir la protection de chacun tout en promouvant la prospérité de tous – qu’à un conflit armé.

À l’image d’une guerre devrait se substituer celle d’une analyse des politiques publiques. Sur ce point, nous autres Français sommes particulièrement bien armés depuis que Bastiat nous a montré la voie.

Pour juger de l’efficacité de l’intervention publique, Bastiat nous rappelle qu’il est toujours nécessaire de mettre en perspective « ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. »

Ce que l’on voit

Ce que l’on voit, c’est la fin de l’épidémie, le progressif déconfinement et la mise en œuvre de politiques publiques destinées à soutenir l’activité. Un succès apparent, puisque les hôpitaux ont su éviter la saturation des lits de réanimation ; masques, gels et autres tests ont finalement été fournis ; et l’État a pris le relais des entreprises fermées pour assurer le versement des salaires.

Ce que l’on voit, c’est donc le succès de l’action étatique qui est parvenue à endiguer l’épidémie tout en protégeant autant que possible l’économie.

Mais comment a-t-il réussi ? Autrement dit quel fut le prix d’une telle action ? Pour le savoir, il faut s’intéresser à ce que l’on ne voit pas directement.

Ce que l’on ne voit pas

Ce que l’on ne voit pas, c’est que la mission de sécurité sanitaire est financée par les Français.

Pour assurer le bon fonctionnement des hôpitaux, les Français s’acquittent chaque année des cotisations et contributions sur les salaires et des taxes sur le tabac et l’alcool, dont les montants perçus sont distribués par l’Assurance maladie avant d’être partiellement réalloués aux différents établissements de santé. Plus largement, la Sécurité sociale dont dépend l’Assurance maladie est majoritairement financée par les cotisations sociales, la CSG, l’impôt et les contributions sociales.

Ainsi, les Français payent déjà l’assureur public pour qu’il soit en mesure d’agir en cas de crise. Et si l’État avait été un bon assureur, il aurait pu se contenter de la manne versée par ses citoyens assurés.

Or, comme nous l’avons constaté, il en fut tout à fait autrement.

Afin de répondre à la pénurie de moyens, notamment de masques et de gels hydroalcooliques, plusieurs grandes entreprises ont abandonné leur activité traditionnelle et transformé leurs chaînes de production.

Pernod-Ricard a réduit sa production de spiritueux, bien désiré par les Français, pour céder une partie de son alcool aux fabricants de gels ; LVMH a cessé de produire des biens textiles à haute valeur ajoutée pour se lancer dans la confection de masques et Décathlon a réorienté sa production de masques de plongée pour les transformer en respirateurs.

Au-delà de ces géants, des petites entreprises ont mis à disposition leurs imprimantes 3D et des adolescents isolés ont fourni des masques aux hôpitaux.

D’assureur, l’État est devenu l’assuré de la société civile qui avait pourtant financé le service d’assurance !

Et ce n’est pas tout.

Faute de préparation et face au risque d’une épidémie incontrôlée, un confinement a été imposé. Les entreprises ont été contraintes d’interrompre leur activité, entraînant une récession majeure dont nous n’estimons pas encore la véritable gravité. Concrètement, une dégradation de l’économie signifie moins de biens et de services disponibles, davantage de chômeurs et de précarité, et un plus grand nombre de faillites.

Les Français paieront le prix du déconfinement

Autrement dit, les Français paieront le prix du confinement par une baisse de leur pouvoir d’achat et une détérioration de leur qualité de vie.

Bien sûr, l’État a pris en charge l’activité partielle des salariés afin de redonner du souffle aux entreprises. Mais ici encore, ce qu’on ne voit pas, c’est l’impact de cette décision sur les Français. Pour payer ces salaires, comme pour relancer l’économie grâce aux subventions ou aux dépenses extraordinaires, l’État doit s’endetter.

Et la dette se paye toujours, d’une manière ou d’une autre : soit par une hausse d’impôt, soit par un rachat des obligations d’État par la Banque centrale européenne – une monétisation – qui a pour effet d’augmenter le prix des actifs financiers puis réels, ce qui revient à créer un impôt sur le patrimoine futur de ceux qui n’en ont pas encore.

Dans la gestion de cette crise, ce qu’on voit c’est le résultat final : une épidémie endiguée, des hôpitaux ayant répondu efficacement au danger et une population sauvée.

Ce qu’on ne voit pas, c’est l’échec de l’État. L’État a failli dans sa mission de protection des citoyens et a été contraint d’en appeler directement aux efforts de la société civile, qui s’est donc sauvée elle-même, tout en imposant une restriction de l’activité.

Ce qu’on ne voit pas non plus, c’est que les Français auront payé trois fois pour ce service qu’ils auront finalement assuré par eux-mêmes : par le financement des hôpitaux et de l’Assurance maladie avant la crise, par le confinement durant la crise, et par le financement de la dette après la crise.

Une fois dévoilé ce qu’on ne voit pas, une seule question se pose : comment nommer un assureur qui prélève trois fois une prime pour un service qu’il ne rendra jamais ? Un constat en découle : la métaphore guerrière n’était pas si mal choisie après tout.

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  • « Ainsi, les Français payent déjà l’assureur public  »
    non , pas tout a fait , une grande partie des gens appelés a bénéficier de ces services , ne contribuent pas..
    Le seul fait d’être présent sur le territoire depuis plus de 6 mois suffit pour bénéficier des assurances sociales, sans nécessairement cotiser ou avoir cotisé !
    « Toute personne qui travaille ou réside en France de manière stable et régulière a droit à la prise en charge de ses frais de santé à titre personnel et de manière continue tout au long de sa vie : tel est le principe de la protection universelle maladie. »
    un aspect que les gens connaissent mal , ajoutons que c’est pareil pour le minimum retraite, résider suffit..

  • Et que dire des fonctionnaires déjà rétifs aux heures de travail (un petit 32h),payés 100% et avec le maintien des primes restés chez eux pendant le confinement!

  •  » l’état a failli dans sa mission de protection des citoyens ….. »; ça fait belle lurette que les citoyens ne peuvent plus compter sur la dite protection , et pas qu’au point de vue sanitaire ;

  • L’enseignement de cette crise c’est que la France n’a pas qu’un seul boulet au pied mais plusieurs. Avec plusieurs boulets au pied nous sommes sûr de couler rapidement.

  • En écoutant l’ancienne ministre de la Santé ce matin chez Bourdin refaire l’histoire de cette crise à sa sauce,on hésite entre déni ou cynisme au plus haut point de son analyse.Déni le plus total ou cynisme au plus haut point, cela relève plus de la psychiatrie que de la justice!

  • Peut-on imaginer que ceux qui ont amené la Nation France, a l’abattoir, en refusant d’avoir des stocks de masques en fermant des lits d’hôpitaux tout en multipliant les parasites administratifs dans les agences de santé, qui n’ont pas compris que la fabrication des test de dépistage devait se faire dans le pays a tester.
    Peut-on admettre que ces corrompus, incapables, malfaisants, incompétents, nuisibles, … restent a leur poste et continuent leurs exactions ?

  • masques ou visières maisons , des bénévoles jettent l’éponge face aux normes imposés par l’état ….qui était pourtant bien content en pleine crise que les dits bénévoles , par leur travail , pallient aux manque de masques ;

  • Et encore, cet article ne rappelle pas qu’en nombre de morts par million d’habitants, la France aurait pu, et dû, faire beaucoup mieux, cf l’Allemagne ou l’Autriche pour ne prendre que des exemples européens.
    Donc nous aurons payé 4 fois, en réalité.

  • « L’État aurait vaincu l’épidémie »

    En vérité, c’est le coronavirus qui a vaincu l’Etat obèse, la profonde incompétence de ce dernier soudainement mise à nu. L’Etat qui se voulait omnipotent apparaît totalement impotent aux yeux de tous.

    « Les hommes devraient savoir lorsqu’ils sont vaincus. Le sauras-tu Quintus ? Le saurai-je ? »

  • Autre point très important de « ce qui ne se voit pas ».
    Avant leur monopolisation pour le Covid-19, les lits de réanimation étaient occupés. A 80% environ.
    Une petite portion par les accidentés de la route, une grosse part par les AVC (infarctus, notamment).
    Dans ce dernier cas, beaucoup de gens n’ont pas été pris en charge correctement. Parfois, les symptômes d’un infarctus sont vagues et peuvent se confondre avec un rhumatisme (douleur au côté gauche) ou même une indigestion. « Restez chez vous avec un Doliprane » ont entendu des patients dont certains sont décédés ou ont des séquelles graves.
    On constatera très probablement dans les prochaines statistiques une surmortalité due à ces pathologies.

    • oui…..il ya aussi les cancers non t d »pistés traités trop tard etc etc etc…donc crise économique + morts diffus…pas de quoi être fiers…

  • L’état a payé les salariés du privé ?
    C’est l’assurance chômage qui a payé. Enfin normalement parce qu’il y a longtemps que cet argent a servi à autre chose. Donc les salariés payeront là aussi deux fois.

  • Les commentaires sont fermés.

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