Les tests au cœur de la gestion de long terme de l’épidémie Covid-19

Il est de la première importance de tester les individus à grande échelle.

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Les tests au cœur de la gestion de long terme de l’épidémie Covid-19

Publié le 25 mars 2020
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Par Cécile Philippe.
Un article de l’Institut économique Molinari

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’époumone à répéter que la capacité à faire des tests à grande échelle est une priorité. Lors d’une conférence de presse lundi 16 mars (8.20), le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus affirme :

Nous avons un message simple pour tous les pays du monde : testez, testez, testez.

Il ajoute qu’il est impossible de se battre à l’aveugle contre ce virus. Or, on continue à entendre en France que les tests ne sont pas prioritaires. Ce raisonnement à courte vue est inadapté à la longue crise sanitaire et économique à laquelle nous devons faire face.

Si on veut que le confinement, coûteux mais nécessaire, auquel des millions d’individus se soumettent actuellement soit utile, il faut davantage de tests. Ils sont indispensables pour préparer activement le moment où il sera possible de relâcher ce confinement strict, sans risquer de voir l’épidémie s’envoler à nouveau dans des pays épuisés. D’un point de vue économique, cela signifie qu’allouer des moyens à cet objectif a du sens. Certains acteurs, comme le laboratoire Roche, ont heureusement compris l’importance de cette démarche. Il faut aussi que les politiques en fassent une priorité. À l’heure qu’il est, cela ne semble pas encore être le cas.

 

L’exemple de la Corée du Sud

Aujourd’hui, le pays qui semble gérer la crise sanitaire de manière la plus efficace est la Corée du Sud. Comme je l’ai expliqué dans plusieurs articles, les Coréens étaient prêts à l’éventualité d’une épidémie depuis leur expérience du MERS en 2015. Aux premiers signes, ils ont dégainé leur arsenal de tests. Bravo à eux.

Trop tard pour nous ? Pas si vite. Il est probable que la Corée du Sud aura moins de décès qu’ailleurs et moins de dommages collatéraux, car ils n’ont pas eu besoin de mettre leur économie à l’arrêt. Mais ne nous y trompons pas : leur capacité de tests leur est tout aussi utile aujourd’hui qu’au début. Elle permet, au fur et à mesure du déploiement de l’épidémie, de maintenir la contagion sous contrôle. C’est une stratégie à long terme. Et c’est ce dont nous avons impérativement besoin, le plus rapidement possible dans nos pays européens, pour tenir dans la durée.

Les mesures de confinement actuelles sont nécessaires pour limiter, autant que possible, la saturation du système de santé. En effet, le covid-19 est bien plus consommateur de lits d’hôpitaux que n’importe quel autre virus.

Comme l’expliquent Nicholas Nassim Taleb et Joseph Norman, des mesures coûteuses sont impératives pour ne pas saturer le système de soins. Taleb et Normann prennent l’image de la salle de cinéma en feu, dont il faut sortir en urgence et qui n’est dotée que d’une petite porte. La petite porte aujourd’hui, c’est celle du système des soins intensifs. On ne pourra pas la passer tous ensemble. Rester confinés chacun chez soi limite la propagation du virus. C’est un geste qui, indépendamment de l’obligation, relève de la responsabilité individuelle. C’est aussi une marque de respect vis-à-vis des soignants et des autres en général.

 

Le scénario de Neil Ferguson

Ce confinement n’est cependant pas viable à long terme puisque nos économies sont en partie à l’arrêt. Il va falloir, à un moment donné, se remettre à travailler. Pour ce faire nous devrons ressortir, en courant le risque qu’une nouvelle vague de contamination conduise à nouveau au confinement. C’est le scénario évoqué par le professeur en médecine Neil Ferguson, inspirant nombre de prises de décision récentes.

À défaut de pouvoir tabler sur une immunité de groupe, la meilleure planche de salut est probablement le vaccin. Or, les nombreuses équipes de chercheurs qui travaillent sur la mise au point de vaccins, misent sur un horizon incompressible de 18 mois. Il faudra pouvoir attendre jusque-là, à savoir remettre progressivement nos économies en marche dès lors que les mesures de confinement auront ralenti l’engorgement des services de santé.

Pour que ces mesures de confinement soient vraiment utiles, il faut que nos pays soient en ordre de bataille pour tester les individus de façon massive lorsqu’elles cesseront. Ce sera crucial pour maintenir la contagion sous contrôle, sans recourir aux mesures drastiques que nous subissons actuellement. Comme les Coréens, nous pourrons réserver le confinement aux malades, au lieu de l’appliquer de façon aveugle faute de pouvoir discriminer. Nous pourrons reprendre nos activités, diverses et variées, indispensables au fonctionnement de nos sociétés.

 

Un gage de confiance

Cette capacité de test est un gage de confiance dans des économies gagnées par la défiance que suscite une épidémie. Comme le rappelle Paul Seabright dans La société des inconnus, notre niveau de coopération entre individus ne partageant pas de liens du sang est presque miraculeux. Dans le monde animal, il est inhabituel entre espèces. L’espèce humaine est tout à la fois extrêmement sociale et extrêmement antisociale. Ces tendances opposées nous sont tout aussi naturelles l’une que l’autre. Fort heureusement, nous arrivons généralement à surmonter nos instincts naturels dans la plupart des cas. Cependant, dans une situation d’épidémie, l’autre devient un danger. Par conséquent, il devient crucial de trouver un moyen de reconstruire cette confiance. La pratique de tests à grande échelle est de nature à redonner cette confiance et préserver le lien social.

Les tests sont aussi cruciaux pour minimiser les risques pris par ceux qui sont quotidiennement en première ligne pour la collectivité. Bien sûr, le confinement n’a rien de drôle. Il faut jongler entre le télétravail, les enfants, le rangement, l’hygiène etc. Mais cela reste facile par rapport aux praticiens s’exposant dans les laboratoires, les cabinets médicaux, les hôpitaux, les installations nucléaires et stratégiques ou les chaines d’alimentation assurant notre survie au quotidien. Nous sommes de plus en plus nombreux à exprimer la reconnaissance qui leur est due, comme l’illustrent les séances d’applaudissements à la nuit tombée. Ces applaudissements seront peu de chose s’ils ne sont pas accompagnés des moyens permettant d’éviter une nouvelle phase de saturation à l’issue de la période de confinement. Il ne faudrait pas que ceux en première ligne, perdent confiance ou s’épuisent faute de support.

 

Il n’est pas trop tard

Par conséquent, et contrairement à ce que l’on entend trop souvent, il n’est évidemment pas trop tard. Il est de la première importance de tester les individus à grande échelle. Des nouvelles très positives arrivent du laboratoire Roche, qui vient de développer un test automatisé dix fois plus rapide. Le déploiement de cette innovation technique implique de lever les contraintes pesant sur les laboratoires de ville qui, à l’heure actuelle, ne sont pas en capacité de tester massivement de façon sécurisée. Il faut qu’ils puissent faire les tests sans risquer de contaminer leur clientèle et leur personnel. Il faut qu’ils puissent se protéger et donc disposer de matériel : combinaisons, gants, masques, matériel de désinfection. Spontanément, des entreprises comme LVMH et Pernod Ricard ont proposé leur services, mais à ce stade tous les éléments permettant de déployer des tests à grande échelle ne sont pas en place.

Alors que certains parlent déjà de mise en jeu des responsabilités politiques, il est temps de corriger cette anomalie en nous dotant des armes dont nous avons besoin dans ce combat pour notre survie à tous.

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  • Merci ! Voilà une réflexion stratégique qui fait du bien. Ne courons pas comme des canards sans tête dans nos cages de confinement ! Préparons la sortie de confinement, qui est absolument essentielle pour nos économies.

  • Certes il n’est pas trop tard mais quand on a ni masques ni tests il est toujours trop tard.Depuis le début cette crise est gérée non pas comme une crise sanitaire,je ne parle pas des soignants bien sûr dont le dévouement est sans faille ,mais du pouvoir qui gère une crise de la pénurie.
    Le parallèle avec l’affaire du sang contaminé est criant on nous a ressorti des placards le concept de »gestion astucieuse du calendrier » concept inventé par un conseiller de Matignon à cette époque.
    Cela a commencé avec le risque d’importation du virus est très faible ,d’après notre ministre de la santé du début,puis par le port de masque ne sert à rien,les tests à grande échelle non plus ,le nouveau ministre tend à infléchir ces positions à mesure que les stocks se constituent et c’est tant mieux,mais nous sommes bien dans une gestion astucieuse du calandrier.

    • Vous faites le parallèle avec l’affaire du sang contaminé et du concept de « gestion astucieuse du calendrier ». Un concept qui a été l’une des composantes de l’enfumage gouvernemental ayant abouti à la théorie « responsable mais pas coupable ».
      La réalité hospitalière actuelle est que, face aux hospitalisations en nombres, un tri est fait entre les moins de 7O ans et les plus de 70 ans; ces derniers n’étant pas prioritaires pour être placés en réanimation… Quant aux plus de 80 ans… inutile de faire un dessein!
      Le résultat de cette situation de fait est que la mortalité des hospitalisés de plus de 70 ans est, en moyenne, 4 fois supérieure à celle de la mortalité des moins de 70 ans!
      Dans ce même temps, nous avons des « experts » qui nous bassinent en nous indiquant que, si les molécules préconisées par le Professeur Raoult présentent une efficacité certaine, elles peuvent néanmoins présenter un risque cardiaque pour certains malades….
      A mon avis, entre mourir de suffocation avec une quasi certitude ou mourir éventuellement d’un arrêt cardiaque…. il faut donner aux patients une possibilité de choix!!…

  •  » une stratégie à long terme « …et c’est là que le bat blesse ; malheureusement pour la France , ces dirigeants ne font jamais rien sur le long terme ; tout est basé sur le court terme ; leur vues est basse mais les dents sont longues ;

    • Vue basse, dents longues : excellente définition de ceux qui espèrent profiter de la situation pour faire avancer leur agenda politique et qui, déjà, polluent les médias de leurs fines analyses.

  • Chez Bourdin ce matin un philosophe se félicite et se dit rassurer que les 2 scientifiques qui conseillent Macron aient été déjà en responsabilité pendant la crise du SIDA des années 80 ….Courage fuyons!

  • Encore faut-il que les impératifs politiques, voire de connivence, ne soient pas prioritaires
    Quant au vaccin, il est lermis de s’interroger sur les conséquences à long terme d’un produit qui viendrait modifier l’ADN des cellules.
    Aucun vaccin n’est anodin, il n’y a pas que le délai qui fait problème. La panique ambiante ne doit pas conduire à accepter n’importe quoi (vrai pour toutes les conséquences que l’on peut dejà anticiper…)

  • Ceux qui ont été contaminés et guéris sont chanceux. Quelle que soit la stratégie de sortie de crise, ils pourront vivre normalement.

    • Autrement dit, c’est moins le test du virus chinois qui sera utile à la reprise qu’un test sur les anticorps. En effet, vous pouvez être testé négatif au coronavirus un jour et pourtant l’attraper le lendemain. Les tests actuels sont indispensables pour soigner aujourd’hui, mais peu utiles à long terme en l’absence de vaccin.

  • C’est vraiment un excellent article ! Merci !

  • Vous avez tout compris, bravo.

    Tomas Pueyo ne dit pas autre chose dans ses articles sur le sujet. La Corée pratique la stratégie de la « danse » (le contrôle de l’épidémie dans des limites raisonnables grâce aux tests à grande échelle et aux mesures associées, notamment le confinement des cas positifs.
    Quant à nos nos dirigeants, ils se sont montrés d’une incompétence crasse jusqu’ici, nous condamnant à la double et même à la triple peine : perte de notre liberté d’aller et venir, grave crise économique et bien sûr un nombre élevé de victimes, sans même parler du lourd tribut que va payer et paie déjà le corps médical.
    Il faut vraiment espérer qu’ils vont retrouver leur esprit, en espérant qu’ils en aient un, et se calent sur l’approche coréenne dès que possible.

  • Hong Kong ,on porte des masques pour éviter d’émettre …
    Le confinement personnel! mais c’est vrai ça ne sert à rien en énarchie .

  • A cette heure, aujourd’hui : on réduit le nombre de test faute de réactif (source très sûre)…

  • Et des thermomètres laser (5 à 10 € sur le net) ?

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