L’ISF de retour avec le Covid ?

dollar being cut in half by Images Money(CC BY 2.0) — Images Money, CC-BY

Avec la crise du Covid les idées de faire revenir l’ISF fleurissent.

Par Xavier Fontanet.

Avec la crise du Covid les idées de faire revenir l’ISF fleurissent. On retrouve toujours les mêmes, un certain nombre de journalistes qui se sont passé le mot, des politiques qui profitent pour ressasser leurs dogmes et aussi des économistes engagés.

Dans une société démocratique et ouverte cela est tout à fait normal. Rappelons simplement qu’un économiste c’est exactement comme un médecin qui peut se tromper lourdement, même si il est travailleur, informé, diplômé, voire même lauréat de grands prix. Quand cet économiste est militant il y a davantage de chances qu’il s’égare en mettant sa discipline au service de ses convictions.

Il est utile de rappeler que Friederich von Hayek, pourtant récipiendaire, était contre le concept même du prix Nobel d’économie car il considérait que cette science n’était pas encore assez solide pour faire l’objet d’un prix qui donnerait un tel poids à ses lauréats.

Il existe deux concepts simples qu’il faudrait leur expliquer.

Tout d’abord l’idée que toute action entraîne une réaction en sens inverse, d’autant plus forte qu’elle a mis du temps à se mettre en place ; il ne faut pas juger une politique sans tenir compte des réactions qu’elle a provoquées. On ne peut pas parler d’ISF sans évoquer l’exil qui l’a suivi.

La deuxième idée c’est qu’il y a des politiques à effet instantané et des politiques où les effets se cumulent, ce qui est évidemment le cas de l’ISF qui a duré 14 années.

L’ISF cause des fuites

Le groupe Rexecode a fait un calcul en se fondant sur les chiffres de Bercy : il suggère qu’au moment où il a pris fin, la perte annuelle de PIB s’évaluait à 45 milliards à cause des fuites de capital et de talents. La perte est évidemment sans commune mesure avec le cash annuel collecté par Bercy.

Ce résultat est d’autant plus inquiétant que certaines agences étrangères spécialisées dans le recensement des millionnaires dans tous les pays et capables de mesurer les flux par les différences de stock donnent des chiffres d’exil beaucoup plus importants. Elles classent la France comme le premier exportateur de millionnaires après la Chine et l’Inde. Ces chiffres recoupent les intuitions de tous ceux qui voyagent beaucoup et voient sur le terrain le formidable exil de nos compatriotes à l’œuvre depuis 20 ans.

Une façon simple de prendre la mesure de la saignée est de lire les journaux suisses publiant chaque année la liste des premières fortunes. Dans un seul canton, sur les 26, les fortunes d’origine française cumulées supérieures à 100 millions s’élevaient à 70 milliards.

L’exode actuel est probablement de la même violence que celui qui a sévi lors de l’abolition de l’Édit de Nantes et a alimenté la Prusse pour ne citer que ce pays de talents, de capitaux français et de savoir-faire dans les domaines du textile, de l’horlogerie et de l’agriculture.

Pratiquement tous les pays du monde ont aboli l’ISF puisque les bonnes politiques publiques consistent précisément à attirer les entrepreneurs comme l’a fait intelligemment Frédéric Guillaume en son temps. Ajoutons que l’idée même de réintroduire l’idée de l’ISF décourage actuellement les retours qui commençaient à s’envisager. Il suffit d’avoir des expatriés parmi ses proches pour s’en rendre compte.

Il faut faire comprendre aux Français que ceux qui risquent leur argent contre des concurrents étrangers pour créer de l’emploi sur le sol national (dans un pays averse au risque) rendent en fait un service immense au pays. Cet argent ne devrait pas être pris en compte dans la mesure de la richesse, ce qui a d’ailleurs été l’idée sous-jacente à propos de l’IFI.

Une solution beaucoup plus simple

Si l’on veut que chaque Français bénéficie de la création de richesse en provenance de l’entreprise, une solution beaucoup plus simple est de remettre l’accent sur l’actionnariat salarié.

L’ISF démotive l’entrepreneur, il fait fuir l’actionnaire alors que l’actionnariat salarié motive tout le monde. La démonstration de son efficacité économique est simple : les études montrent que les entreprises à fort actionnariat salarié sont en moyenne plus rentables. La France dispose en la matière d’une solide expérience sur laquelle on peut s’appuyer.

Une autre preuve de l’intérêt de revenir à l’actionnariat salarié (et c’est peut être la meilleure) vient paradoxalement de ceux mêmes qui veulent rétablir l’ISF, et mettent en évidence le fait que la rentabilité de long terme du capital est plus élevée que la croissance de l’économie en dépit des crises temporaires ! Pardi, si la valeur va au capital comme ils le disent, hé bien ! associons-y significativement les salariés.

On peut aussi faire de même pour nos fonctionnaires en créant des fonds diversifiés dans lesquels investir une partie de leur rémunération. Il y a d’ailleurs un début d’expérience très satisfaisante avec la Prefon.

On ajoutera pour conclure que c’est une façon élégante de contribuer à la solution du problème lancinant de la retraite, comme le démontrent de façon éloquente les entreprises ayant pratiqué l’actionnariat salarié depuis longtemps.

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