Médaille aux soignants : la solution du gouvernement pour aider l’hôpital français

Nos héros auront bientôt leur médaille : une médaille créée au XIXe siècle, ce qui illustre parfaitement la manière dont a été gérée cette crise.

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Medal by Emil on Flickr (CC BY-SA 2.0)

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Médaille aux soignants : la solution du gouvernement pour aider l’hôpital français

Publié le 19 mai 2020
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Par Olivier Maurice.

Une blague ciculait à l’époque de la guerre froide :

« Comment reconnait-on un soldat de l’armée rouge d’un général de l’armée américaine ?
– Le soldat de l’armée rouge, c’est celui qui a le plus de médailles. »

Ceux qui ont vécu cette période se souviennent de ces photos de vétérans sibériens, les cheveux hirsutes, le sourire édenté et les yeux perdus dans le vague, que la propagande soviétique affichait régulièrement en prenant bien soin de mettre en avant le tapis de breloques qui couvraient leur poitrine : les héros du peuple, immensément récompensés par la nation reconnaissante pour leur sacrifice et leur abnégation.

Peut-on aller jusqu’à trouver des points communs entre les pauvres recrues envoyées une semaine après leur incorporation à l’assaut des mitrailleuses allemandes avec un fusil pour trois et le folklore de la guerre contre l’ennemi invisible et sournois (sic) qui a été le quotidien des soignants pendant un mois et demi ? Absence totale de préparation, absence incompréhensible de matériel, conséquences dramatiques de la lourdeur d’une machine hiérarchique et administrative omniprésente, omnipotente et totalement dépassée par les événements…

La fleur au fusil

Nos héros de Stalingrad à nous, ce sont ces étudiants en sixième année qui ont été envoyés en service de réanimation avec un masque pour trois. Les mêmes qui découvrent aujourd’hui le montant de leur « sacrifice envers la nation » : une prime de 47,18 euros et une médaille en chocolat. Eux, et tous les autres : infirmières et médecins, personnels des EPHAD, médecins de ville…

 

Cela fait combien de temps que le personnel médical français hurle son mécontentement ?

« Ni bonnes, ni nonnes, ni connes », scandaient les infirmières en septembre 1988. Certains se souviennent encore de leur campement de fortune qui était resté planté devant le ministère de la Santé et avait bloqué tout le quartier Ségur pendant des mois.

Cela fait combien d’années que la Sécu est en déficit, que les hôpitaux subissent des coupes sombres, des réorganisations, des reports de travaux pour faute de budget, des fermetures de services ?

Cela fait combien de temps que l’on nous répète en boucle que nous avons « le meilleur système de santé au monde, que le monde entier nous envie » alors qu’absolument aucun personnel médical ne doute que cette affirmation n’est qu’une immense mascarade faite pour museler la grogne d’une profession totalement sinistrée, sacrifiée à l’autel du « service public » qui en l’occurrence signifie service régenté par l’administration, la paperasserie et les apparatchiks.

Mais nos héros auront bientôt leur médaille : une médaille créée au XIXe siècle, ce qui illustre parfaitement la manière dont a été gérée cette crise : comme si la France avait subitement fait un énorme bond en arrière dans le temps, comme si cette épidémie avait effacé deux siècles de progrès, deux siècles d’innovations techniques, économiques et sociales.

Les enfants du marais

Elle illustre parfaitement l’épidémie de nostalgie romantique, de mélancolie passéiste qui frappe gravement la société française et plus particulièrement sa classe politique qui ne parvient pas à s’intégrer dans le monde moderne : la nostalgie du fait-maison et de l’agriculture d’avant l’industrialisation, de l’école publique et de ses instituteurs laïcs, du monde des petits commerçants et des artisans traditionnels, du médecin de famille avec sa barbe et sa pipe : un monde sans voiture, sans ordinateur, sans internet, sans nucléaire, sans pesticides, sans mondialisation et sans virus chinois.

Les deux premières actions politiques de la première semaine de déconfinement auront été consacrées à célébrer ce culte du retour en arrière : censurer Internet et inscrire l’épidémie de coronavirus dans l’imaginaire populaire des épidémies de choléra du XIXe siècle et des drames nationaux historiques.

Combien de temps encore une minorité d’enfants gâtés pourra-t-elle continuer à imposer son utopie du temps des cerises à toute une population ? Que faudra-t-il pour que la population se réveille et réalise que nous ne pouvons pas vivre dans un parc d’attractions dirigé par un marionnettiste qui contrôle nos moindres actions, que nous ne pouvons pas vivre dans l’illusion qu’il existe toujours quelqu’un pour vivre notre vie à notre place ?

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  • on pourrait aussi créer une médaille pour les cons finis , dédiés à ce gouvernement d’incapables ;

    • Non merci pas de médailles à l’effigie d’un bon a rien….mais des coups de pieds au cul et direction la sortie avec une belle condamnation responsable et coupable

      • J’ai des médailles de membres de la famille décédés dans des tiroirs, qu’ils n’ont jamais arboré et dont-ils n’ont jamais fait état …

        Quand je vois un guignol à la TV avec une décoration, j’ai envie de gerber.

  • Très bel article
    Malheureusement, avec un contrôle presque total sur l’éducation nationale (que tout le monde nous envie …) et sur les médias télévisuels, les clowns jouent sur du velours.
    Commençons par diviser par deux le nombre de députés et de sénateurs (pour limiter leur capacité à produire des lois), désubventionner les médias et libérer l’éducation nationale.
    On pourra alors faire entrer progressivement les Français dans une logique adulte : votre vie dépend de vous et pas du gouvernement.

  • Entendu sur Europe 1 hier au soir une infirmière du public se plaindre de son salaire et que pour espérer le salaire qu’elle souhaiterait il faudrait qu’elle aille dans le privé.Mais allez-y au lieu de vous plaindre,au passage personne n’évoque le statut de fonctionnaire raison pour laquelle ils restent tous,et la retraite à quelle âge au passage?57 ans en moyenne à l’AP!
    De même hier au soir un professeur d’urologie a expliqué très sereinement que tout était lié au fonctionnement de l’hôpital et non un manque d’argent et bien sûr il a mis en avant les 35h et que les personnels ne travaillaient pas assez et qu’avec le système de congés ,de RTT, de récupération ,congés bonifiés,les enfants…des effectifs ne sont jamais là…

    • La charge de travail des soignants dépend des services. Il est des services qui sont très tranquilles. Pour les médecins, cela dépend du statut, les vacataires se tapant les urgences et les horaires largement supérieurs à 35 heures. Les médecins ont 5 semaines de RTT, quand même.

    • Si le coût de l’hôpital public est plus élevé qu’en clinique privée (trois fois plus cher pour une même opération ?), il n’y a pas de mystère. La principale variable explicative est la masse salariale, et non les missions spécifiques du service public, ce que le discours officiel tente pourtant de faire accroire.

      En dehors des médecins, un temps plein à l’hôpital public, c’est à peine 180 jours par an de présence effective, et encore moins si on lisse l’activité compte tenu des départs à la retraite. Si le salaire dans le public est plus faible que dans le privé, le salaire horaire y est en réalité plus élevé. Pour le personnel, Il y a un arbitrage à faire entre faible temps de travail (public) et rémunération élevée (privé), le fantasme étant d’obtenir le salaire du privé tout en conservant le statut de la FPH. Le beurre et l’argent du beurre.

      A cela s’ajoute la surcharge pondérale du personnel administratif non soignant. L’IMC de l’hôpital public est déjà supérieur à 35, et dépassera bientôt 40 si on continue d’y injecter de l’argent à fonds perdus, sans contrepartie de travail.

      • et on met toujours en avant les médecins et les infirmières mais les aide-soignants sont les plus à plaindre, ce sont elles et eux qui font tourner la boutique, se mangent les maux de dos et les heures de nuit et supplémentaires….perso pour cette crise je n ‘y vois aucun héros ils sont fait leur taf ils sont payés pour ça et ont signé et se sont tus bien vite quand Macron a été les voir en parlant petite prime et une médaille en chocolat ..

  • Pour la médaille, faites qu’elle ait le bon format pour emprunter un caddie au Sup’rU, pour le coté utile…

  • Le paradoxe c’est l’importance du battage médiatique autour des « héros » et les résultats qu’a obtenu l’institution qui restent dans le bas du tableau des comparatifs internationaux..
    a des coûts supérieurs!
    il y a forcement un probleme quelque part.. de plus idéologiquement la gauche syndicale rends l’argent honteux ,mais passe son temps a demander des augmentations de salaire…

    Pour etre clair , l’hôpital public a puissamment merdé, mais comme on a pas le droit de le dire…on distribue des médailles

  • cette médaille, c’est assez maurassien ?

  • .la distribution de médailles était très pratiquée dans l’ex URSS. mais on préfère le fric en principe.!

    • Aux USA aussi…faut voir les poitrailles.

      • Ne mélangez pas médailles et « awards » & co : ce sont ces derniers qui composent la majorité de ce que vous voyez sur les poitrines des soldats US. Ils ne sont pas accompagnés d’une médaille et indiquent souvent juste les déploiements ou accomplissements professionnels du soldat. Par exemple, le « Army Sea Duty Ribbon » indique que son porteur a servi au moins 2 ans sur un bateau militaire. Les « Overseas Service Ribbon » (un différent par arme) indique que le militaire a été déployé en dehors des USA.

        Cela peut surprendre, je n’aurai pas été fan personnellement (je n’ai même pas été chercher les médailles auxquelles j’avais droit, c’est dire ^^), mais cela offre l’avantage, pour les soldats qui bien évidemment les connaissent, de savoir s’ils ont en face d’eux un bureaucrate ayant fait toute sa carrière sous les néons, ou quelqu’un ayant été réellement déployé sur des théâtres dangereux.

    • Et puis ce n’ est pas complètement absurde si je m’ en réfère aux hommes du régiment de chasse Normandie Niémen, qui sont revenus en France très décorés et bien moins reconnus pour leur engagement en France….comme quoi tout est relatif.

  • Une médaille pour être resté sagement chez soi et laisser son entreprise crever, oui, non?

  • Une médaille! Le ridicule ne tue pas, vraiment! Il me semble avoir entendu M. Macron rétorquer à quelqu’un à la Salpêtrière hier concernant cette fameuse médaille: si vous n’en voulez pas, vous ne la prenez pas. Très classe! (C dans l’air hier, 00:13.37)

  • Qu’attendent tous ces gens pour demissionner et créer leur établissement ?

    Pour rester au milieu de ces connards méprisants, la soupe doit être bonne.

  • La médaille c’est la dernière insulte en date et un pas de plus vers la république bananière.

    • Ca fait très début du XXème siècle, pour un monde d’après startup nation et tout le tintouin je m’étonne.

  • La plupart des employés du public veulent de ce système collectiviste qui les a menés là où ils sont. La médaille est dans l’esprit soviet, qu’il la prennent…

  • Après les grands débats obtenus par les gilets jaunes, nos soignants auront leur médaille. Si ce n est pas se fiche de la gueule des gens je ne sais pas ce que c est ou alors c’est simplement de la bêtise politicienne.

  • Un article aussi court qu’efficace, bravo !

    Une réflexion d’un copain – très ironique bien sûr, mais l’ironie est-elle encore permise de nos jours – qui s’étonnait de voir ma femme taper sur une casserole à la fenêtre le soir : « Applaudir les soignants alors qu’ils n’ont pas réussi à sauver 25 000 personnes d’une méchante grippe, franchement, vous êtes maso ? »

    À la décharge de ma femme, il faut reconnaître que le culte de la défaite est solidement ancré dans l’esprit français depuis 40, suffit de voir la dernière célébration de Macron. Comme disait mon arrière grand-père : « le Français est un animal qui crie cocorico à chaque fois qu’il se prend un coup de pied dans le cul. »

    • « il faut reconnaître que le culte de la défaite est solidement ancré dans l’esprit français depuis 40 »

      C’est selon moi une pièce importante de la psyché collective française mais les contours sont très flous parce qu’il y a eu les 30 « glorieuses », Concorde, un monde nouveau qui arrivait et le soufflé est retombé dans l’autoflagellation et la médiocrité. Il me semble que fin 70 on voyait déjà les prémisses du défaitisme et du fatalisme.

    • Quand j’étais gamin en colo, formaté par l’E.N. à un patriotisme dont je suis revenu, je gueulais avec les autres :

       » C’était un soir la bataille de Reichshoffen,
      Il fallait voir les cuirassiers charger…  »

      Plus tard j’ai appris que les fameux cuirassiers y avaient bel et bien pris la patée *…

      *merci R. Pierre et J-M. Thibault

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