Médaille aux soignants : la solution du gouvernement pour aider l’hôpital français

Medal by Emil on Flickr (CC BY-SA 2.0) — Emil ,

Nos héros auront bientôt leur médaille : une médaille créée au XIXe siècle, ce qui illustre parfaitement la manière dont a été gérée cette crise.

Par Olivier Maurice.

Une blague ciculait à l’époque de la guerre froide :

« Comment reconnait-on un soldat de l’armée rouge d’un général de l’armée américaine ?
– Le soldat de l’armée rouge, c’est celui qui a le plus de médailles. »

Ceux qui ont vécu cette période se souviennent de ces photos de vétérans sibériens, les cheveux hirsutes, le sourire édenté et les yeux perdus dans le vague, que la propagande soviétique affichait régulièrement en prenant bien soin de mettre en avant le tapis de breloques qui couvraient leur poitrine : les héros du peuple, immensément récompensés par la nation reconnaissante pour leur sacrifice et leur abnégation.

Peut-on aller jusqu’à trouver des points communs entre les pauvres recrues envoyées une semaine après leur incorporation à l’assaut des mitrailleuses allemandes avec un fusil pour trois et le folklore de la guerre contre l’ennemi invisible et sournois (sic) qui a été le quotidien des soignants pendant un mois et demi ? Absence totale de préparation, absence incompréhensible de matériel, conséquences dramatiques de la lourdeur d’une machine hiérarchique et administrative omniprésente, omnipotente et totalement dépassée par les événements…

La fleur au fusil

Nos héros de Stalingrad à nous, ce sont ces étudiants en sixième année qui ont été envoyés en service de réanimation avec un masque pour trois. Les mêmes qui découvrent aujourd’hui le montant de leur « sacrifice envers la nation » : une prime de 47,18 euros et une médaille en chocolat. Eux, et tous les autres : infirmières et médecins, personnels des EPHAD, médecins de ville…

 

Cela fait combien de temps que le personnel médical français hurle son mécontentement ?

« Ni bonnes, ni nonnes, ni connes », scandaient les infirmières en septembre 1988. Certains se souviennent encore de leur campement de fortune qui était resté planté devant le ministère de la Santé et avait bloqué tout le quartier Ségur pendant des mois.

Cela fait combien d’années que la Sécu est en déficit, que les hôpitaux subissent des coupes sombres, des réorganisations, des reports de travaux pour faute de budget, des fermetures de services ?

Cela fait combien de temps que l’on nous répète en boucle que nous avons « le meilleur système de santé au monde, que le monde entier nous envie » alors qu’absolument aucun personnel médical ne doute que cette affirmation n’est qu’une immense mascarade faite pour museler la grogne d’une profession totalement sinistrée, sacrifiée à l’autel du « service public » qui en l’occurrence signifie service régenté par l’administration, la paperasserie et les apparatchiks.

Mais nos héros auront bientôt leur médaille : une médaille créée au XIXe siècle, ce qui illustre parfaitement la manière dont a été gérée cette crise : comme si la France avait subitement fait un énorme bond en arrière dans le temps, comme si cette épidémie avait effacé deux siècles de progrès, deux siècles d’innovations techniques, économiques et sociales.

Les enfants du marais

Elle illustre parfaitement l’épidémie de nostalgie romantique, de mélancolie passéiste qui frappe gravement la société française et plus particulièrement sa classe politique qui ne parvient pas à s’intégrer dans le monde moderne : la nostalgie du fait-maison et de l’agriculture d’avant l’industrialisation, de l’école publique et de ses instituteurs laïcs, du monde des petits commerçants et des artisans traditionnels, du médecin de famille avec sa barbe et sa pipe : un monde sans voiture, sans ordinateur, sans internet, sans nucléaire, sans pesticides, sans mondialisation et sans virus chinois.

Les deux premières actions politiques de la première semaine de déconfinement auront été consacrées à célébrer ce culte du retour en arrière : censurer Internet et inscrire l’épidémie de coronavirus dans l’imaginaire populaire des épidémies de choléra du XIXe siècle et des drames nationaux historiques.

Combien de temps encore une minorité d’enfants gâtés pourra-t-elle continuer à imposer son utopie du temps des cerises à toute une population ? Que faudra-t-il pour que la population se réveille et réalise que nous ne pouvons pas vivre dans un parc d’attractions dirigé par un marionnettiste qui contrôle nos moindres actions, que nous ne pouvons pas vivre dans l’illusion qu’il existe toujours quelqu’un pour vivre notre vie à notre place ?

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