En France, le déficit de la Sécu ne sert à rien

Green face mask by Marco Verch Professional(CC BY 2.0) — Marco Verch Professional, CC-BY

Penchons nous sur le déficit de la Sécurité Sociale qui en dit tellement long sur l’efficacité socialiste en comparaison de notre voisin allemand.

Par Claude Robert.

La France croule de façon chronique sous les déficits de toutes sortes. Profitons de ces temps de pandémie pour nous pencher sur celui de la Sécurité sociale. Il en dit tellement long sur l’efficacité socialiste en comparaison de notre voisin allemand.

Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin vient de nous alerter : cette année, le déficit de la Sécurité sociale atteindra la bagatelle de 41 milliards d’euros ! Motif invoqué ? La crise pandémique qui, d’une part, réduit fortement les rentrées de cotisations du fait du chômage partiel, et qui, d’autre part, impose des dépenses complémentaires en matière de prévention et de soins (Le Figaro 22 avril 2020).

Un tel chiffre donne le vertige. Il n’est pourtant pas le premier du genre. Les comptes de la Sécurité sociale ne sont qu’une longue litanie de déficits, tous plus ou moins abyssaux. Certes, le contexte sanitaire actuel est historique. Mais qu’en est-il vraiment chez nos voisins outre-Rhin ?

On sait que l’Allemagne a considérablement mieux géré la crise. Les conséquences de l’épidémie de coronavirus y seront-elles aussi importantes sur les comptes ? Au fait, les Allemands dépensent-ils moins que les Français pour la santé ?

La Sécurité sociale française et son interminable déficit

Il suffit de regarder l’évolution des comptes de notre Sécurité sociale pour prendre peur. Véritable serpent de mer, ce déficit n’a toujours pas disparu, et refait parler de lui à chaque nouveau dérapage. Le dernier en date était celui de 2009/2010. S’en est suivi une espèce de prise de conscience qui a permis une diminution progressive, jusqu’à cette nouvelle rechute, encore plus grave que les autres, cette année…

Un simple coup d’œil sur le solde général de la Sécurité sociale germanique (en % du PIB) suffit pour appréhender le fossé culturel qui sépare les deux systèmes. Depuis 2006, seule l’année 2009 a été déficitaire1 :

Ô surprise, dans son rapport du 14 mai 2015, la Cour des comptes avait recommandé au gouvernement français de prendre exemple sur le système en vigueur en Allemagne. Non pas parce que celui-ci n’atteint l’équilibre qu’au prix d’une moindre prise en charge des frais de santé, mais au contraire, parce qu’il est conçu pour l’intérêt et la responsabilisation de tous ! Ainsi que le résume le rapport, « l’exemple allemand montre que des règles strictes dans le contrôle de certaines dépenses sectorielles permettent en définitive à toutes les parties prenantes du système de santé d’en retirer des bénéfices »2.

L’Allemagne, modèle d’excellence en matière de santé

Contrairement à ce que racontent les gauchistes, toujours prompts à dépeindre l’Allemagne comme sauvagement libérale et donc sans pitié pour ses habitants (ce qui est finalement assez drôle compte tenu de l’actuelle hécatombe française), la santé apparaît comme l’un de ses nombreux domaines d’excellence.

France et Allemagne dépensent un peu plus de 11 % de leur PIB pour la santé ce qui les positionne toutes les deux au-dessus de la moyenne européenne. Mais par habitant et en parité de pouvoir d’achat, il apparaît que l’Allemagne consacre 4200 euros par personne, contre seulement 3626 euros pour la France3. Le déficit de la Sécurité sociale française ne peut donc même pas s’expliquer par un meilleur effort sanitaire ! Où passe l’argent en comparaison de chez nos voisins ?

La répartition des coûts donne une réponse assez claire à cette question. Selon l’étude réalisée par l’IFRAP, les dépenses hexagonales sont nettement plus orientées vers l’hôpital et « l’administration » de la santé, tandis que les dépenses allemandes vont davantage vers la médecine libérale et la prévention. En deux mots : les dépenses y sont plus proches des gens, plus ciblées sur l’efficacité opérationnelle et moins absorbées par la bureaucratie !

Quant aux capacités hospitalières, la comparaison est encore plus défavorable à la France, avec une moyenne de 3,09 lits pour 1000 habitants, contre 6,02 outre Rhin4. Pour un soi-disant monstre ultra-libéral, n’est-ce pas confondant ? Pour un pays socialiste comme la France, n’est-ce pas révélateur ?

L’Allemagne, modèle d’efficacité contre le coronavirus

L’inconséquence hexagonale est désespérante. Alors qu’il n’a toujours pas déclenché de vaste opération de dépistage et qu’il n’a toujours pas distribué des masques de protection, le gouvernement français parle déjà de dé-confinement.

Encore plus troublant, président, Premier ministre et ministre de la Santé se relaient dans les médias pour mettre en doute la fiabilité des tests et l’utilité des masques, après avoir opposé une fin de non-recevoir à l’utilisation de tests proposés par des laboratoires vétérinaires, ceci pour des raisons de normes ISO ou de risques5.

Comment nos gouvernants osent-ils mettre en doute les recettes qui ont prouvé leur efficacité contre la pandémie ? Est-ce simplement pour dissimuler leur incurie en matière de stocks ?

Cette incurie que le Conseil Scientifique a d’ailleurs fini par admettre, en filigrane, puisqu’il qualifie le confinement de « seule stratégie réellement opérationnelle, l’alternative d’une politique de dépistage à grande échelle et d’isolement des personnes détectées n’étant pas pour l’instant réalisable à l’échelle nationale »6.

Pendant ce temps, de l’autre côté du Rhin, les commerces ont rouvert leurs portes et les établissements scolaires en feront de même à partir du 4 mai. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’épidémie est « sous contrôle », ainsi qu’a pu le déclarer très légitimement le gouvernement allemand ce 17 avril7 !

En corollaire logique de ce relâchement précoce des mesures de restriction de nature à minimiser l’impact sur l’économie et sur les comptes de la nation, le port du masque est décrété obligatoire par une dizaine de Lands, en particulier dans les transports en commun et dans les magasins.

La comparaison des chiffres de la pandémie est sans appel. L’Allemagne semble avoir freiné la propagation du virus. Selon le tableau ci-dessous, seulement 1815 cas par million d’habitants y ont été relevés, contre 2387 dans l’Hexagone.

Certes, des raisons culturelles (on se fait moins la bise que dans le Sud) et sanitaires (le virus n’a pas été aussi invasif au départ) ont sans doute contribué à cet écart. Mais au final, grâce notamment à une politique de dépistage quatre fois plus intensive que la nôtre, le nombre de décès par million d’habitants est cinq fois moindre :

Que faire après un tel tableau qui montre que si l’épidémie avait été affrontée comme chez nos voisins, nous aurions probablement pu sauver jusqu’à 17 000 vies à ce jour ? Pleurer ? Se désoler d’être citoyens d’un pays qui semble géré comme une république bananière ?

Ne faut-il pas au contraire se demander pourquoi un État qui possède le record des prélèvements de l’OCDE, et qui est donc de facto socialiste, puisse obtenir des résultats aussi époustouflants de médiocrité ?

Sur le web

  1. Et depuis 2017, l’excédent budgétaire allemand s’est révélé encore plus important que prévu !
  2. BFM 15 septembre 2015.
  3. Source IFRAP 15 avril 2020 – Eurostat.
  4. Source Toute l’Europe.eu, 3 avril 2020.
  5. LCI 30 mars 2020.
  6. L’internaute 22 avril 2020.
  7. L’Express 17 avril 2020.
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