Loi contre la haine : une nouvelle loi de justice et d’amour

Les temps changent, l’esprit des gouvernants reste toujours le même : nous protéger des mauvaises pensées en les censurant.

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Loi contre la haine : une nouvelle loi de justice et d’amour

Publié le 14 mai 2020
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Par Gérard-Michel Thermeau.

Nous étions sous le règne d’Emmanuel Macron de Charles X. Il y a 193 ans, l’illustre Laetitia Avia Charles-Ignace de Peyronnet présentait à l’Assemblée nationale la Chambre des députés un projet de loi sur Internet la presse. La loi pleine de bonnes intentions visait à lutter contre les discours haineux et les livres emplis de sectarisme. Les mauvais esprits du temps devaient rebaptiser ce magnifique projet, loi de justice et d’amour et y voir un retour à la censure.

Les temps changent, l’esprit des gouvernants reste toujours le même : nous protéger des mauvaises pensées en les censurant.

Qui était Charles-Ignace de Peyronnet ?

Qui était donc Laetitia Avia Charles-Ignace de Peyronnet ? Ce Bordelais était un avocat que les méchantes langues ont prétendu sans talent, qui, pour faire carrière, était monté dans le train de La Royauté En Marche. Louis XVIII en ayant fait un comte à dormir debout, Emmanuel Macron Charles X crut devoir le nommer Garde des Sots Sceaux.

Peyronnet avait la réputation d’être hautain et méprisant : une attitude que l’on chercherait en vain en nos temps de démocratie libérale. Il avait une faiblesse, c’était un mordu de poésie comme en témoigne ces vers :

Si l’on te dit que tu me plais,
Vas, ne crois pas à ce langage ;
Si l’on te dit que je te hais,
On te trompe encore davantage.

Vous le voyez c’est clair, aucune chinoiserie dans l’art poétique du noble Peyronnet. Rien d’efféminé non plus, des vers lents mais droits.

À la fin de l’an 1826, il présentait son beau projet de loi, soigneusement réfléchi. Comme il le fit remarquer aux députés : « Aujourd’hui la presse est parvenue au dernier degré de la licence la plus effrénée, et il est nécessaire d’y mettre un terme. »

Une de ces formules fut célèbre en son temps : « le mal produit plus de mal que le bien ne produit de bien. »

La seule plaie d’Égypte oubliée par Moïse

Un des membres de la majorité, M. de Salaberry devait soutenir le texte en février 1827 en soulignant combien Internet l’imprimerie était dangereuse : « Redoutons, messieurs, les fléaux de l’imprimerie, seule plaie dont Moïse oublia de frapper l’Égypte. » Il dénonçait ce qu’il appelait le « quatrième pouvoir » « qui sera bientôt plus puissant que les autres. »

Un autre distingué membre de la majorité, le comte de Rougé, expliquait combien il était dangereux de laisser librement circuler des idées néfastes :

« On répond que, s’il est des écrits dont la publication présente quelque danger, la carrière est également libre pour ceux qui les réfutent et qui propagent des doctrines salutaires : c’est-à-dire que parce qu’il existe des contre-poisons, il faut rendre libre la circulation des substances vénéneuses, et en accorder le débit à tous ceux qui voudront en distribuer ! »

Tous ces députés dénonçaient avec véhémence les textes de Voltaire, Diderot et Rousseau dont de nombreux passages outrageaient la morale publique, incitaient à la haine ou au mépris de la religion et du clergé.

Qu’est-ce que la censure ?

Mais attention, attention, notre Garde des Sceaux insistait là-dessus. Il était hors de question d’établir une censure. En effet, qu’est-ce qu’une censure ?

« C’est le droit attribué au gouvernement de juger les écrits par des agents spéciaux de son choix et de condamner à l’oubli tout ce qu’ils estiment dangereux ou inconvenant, sans être obligés de rendre compte à qui que ce soit des motifs de leur décision. »

Comme c’est le ministre de la Justice qui s’exprime, on peut penser qu’il sait de quoi il parle. Pour donner une idée concrète au lecteur d’aujourd’hui de cette chose du passé, absolument inimaginable à notre époque, ce serait comme si la police pouvait bloquer de façon discrétionnaire un site web. Heureusement, nous vivons à l’ère des droits de l’Homme et non sous une monarchie parlementaire. La censure n’existe plus.

À cette époque lointaine, ce fut un concert de protestations. De Chateaubriand à la frileuse Académie française, d’ordinaire aplatie devant le pouvoir, on dénonça un projet qui allait détruire Internet  l’imprimerie. Le texte prévoyait en effet de lourdes pénalités financières pour les plate-formes imprimeurs déclarés civilement responsables de tous les écrits qu’ils imprimeraient. De même les propriétaires des journaux ou écrits périodiques devaient répondre de tous les articles publiés devant la justice.

La liberté produit nécessairement le bien et le mal

Le Figaro, qui était d’humeur folâtre en ce temps-là, proposa l’amendement suivant : On pourra se servir, en toute liberté, des voyelles, mais il sera défendu d’user des consonnes.

Les libéraux, par la bouche de Royer-Collard, rappelèrent que la liberté produisait nécessairement le bien et le mal. Et qu’à vouloir détruire le mal, on détruisait simplement la liberté.

Le projet échoua. Les pairs, notamment, qui n’étaient pas des élus mais des aristocrates nommés par le Roi, étaient foncièrement hostiles au texte. Sous Charles X, les Chambres n’étaient pas aveuglement soumises au chef de l’État. La séparation des pouvoirs causait bien des soucis au pouvoir exécutif.

Heureusement, nous vivons en des temps plus éclairés. On doit limiter le pouvoir d’un monarque héréditaire, on ne saurait limiter le pouvoir d’un président élu du peuple.

Une admirable justification de la censure

Peyronnet devait, quelques années plus tard, avec ses collègues signer les fameuses ordonnances qui allaient provoquer la révolution de 1830. Les ministres avaient fait précédé les ordonnances de considérations pour Emmanuel Macron Charles X :

« À toutes les époques… la presse périodique n’a été et il est dans sa nature de n’être qu’un instrument de désordre et de sédition. […] Elle s’applique, par des efforts soutenus, persévérants, répétés chaque jour, à relâcher tous les liens d’obéissance et de subordination, à user les ressorts de l’autorité publique, à la rabaisser, à l’avilir dans l’opinion des peuples, et à lui créer partout des embarras et des résistances.

Son art consiste, non pas à substituer à une trop facile soumission d’esprit une sage liberté d’examen mais à réduire en problème les vérités les plus positives ; non pas à provoquer sur les questions politiques une controverse franche et utile, mais à les présenter sous un faux jour et à les résoudre par des sophismes.

[…] Dans l’état des choses, les faits, quand ils ne sont pas entièrement supposés, ne parviennent à la connaissance de plusieurs millions de lecteurs que tronqués, défigurés, mutilés de la manière la plus odieuse. Un épais nuage, élevé par les journaux, dérobe la vérité, et intercepte, en quelque sorte, la lumière entre le gouvernement et les peuples… »

Nous sommes heureusement au pays des droits de l’Homme

Quel fatras n’est-ce pas ? Pardon, quelle belle justification de la censure.

C’est comme si notre président tenait des propos du style :

« Nous sommes confrontés à la lutte contre les fausses informations, les détournements sur les réseaux sociaux. L’éducation reste le fondement de cette lutte. Il nous faut donc pouvoir répondre à ce défi contemporain, définir collectivement le statut de tel ou tel document. »

Ou bien c’est comme si le gouvernement décidait de mettre en place une plateforme visant à « réinformer » ou à « valider » les informations circulant sur Internet.

Inimaginable n’est-ce pas ? La censure au XXIe siècle, vous n’y pensez pas.

Mais bon, je ne sais plus pourquoi j’ai eu l’idée de me replonger dans ce projet de loi de justice et d’amour.

Aujourd’hui, on ne fait plus de loi d’amour. On fait des lois contre la haine. Mais tout contre.

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  • AVIA, c’est l’essence même de la connerie.

  • La censure survient quand le pouvoir a peur,, c’est le cas en France!
    mais si a cette époque on pouvait circonvenir les imprimeurs, les réseaux sociaux ce n’est pas la meme limonade.. je leur souhaite bien du plaisir avec les proxy

  • ils n’ont pas encore rendu l’amour obligatoire..

  • Les States ont Netflix… La France a Netflic !

  • Sans surprise, c’est en ex-RDA qu’il y a le plus de néo-nazis, résultat direct du bouillon de culture que générait la censure et la presse démocratique et populaire, conforme au dogme qu’il n’y avait de fascistes qu’à l’ouest

  • C’est sympa de vivre dans un pays plein d’amour et où la haine aura disparu, surtout la haine pour notre roi, macron le debonnaire, la France va apprendre à t’aimer, du matin jusqu’au soir sur ton tapis tu priras, longue vie au roi.

  • Pour juger correctement de la réalité, il faut se défaire de deux préjugés:
    – l’Etat nous veut du bien
    – les médias disent la vérité
    Il est évident que cette loi est destinée à renforcer ces deux préjugés.
    Il est à noter que d’autres pays européens adoptent de telles lois. Le pouvoir qui est derrière n’est pas que l’Etat français.

    • La haine n’aura pas disparu : on aura légiféré contre. La haine sera donc, par décision du gouvernement, hors la loi. Les amendes vont pleuvoir.

    • Et d’ailleurs la loi Avia est très similaire à une loi quasi-identique votée en Allemagne l’an dernier. Le problème n’est pas que français, bien que notre Etat soit oarticulièrement zélé pour piétiner les libertés de ses citoyens.

  •  » on n’a plus le droit de parler d’immigration et d’islam  » ( Eric zémmour ) ; je serai curieuse de savoir si certains rappeur seront sanctionnés lorsqu’ils mettent en paroles un appel déguisé au meurtre sur les blancs ….

    • Vous n’y pensez pas, c’est de l’art, pas de la haine! Et le meurtre de bébés juifs? C’est aussi de l’art?

  • Ce n’est pas un gouvernement qui est pouvoir, c’est une secte.

  • En tant que libéral de conviction, je suis sans cesse stigmatisé par la majorité de nos élus qui n’arrête pas de fustiger le machin-libéralisme. J’y vois même de la haine contre ce qu’il faut bien appeler ma minorité.

    Vous frères libéraux, je ne peux que vous encourager à utiliser cette loi pour faire cesser ces comportements nauséabonds.

  • Bravo GM, du grand art, tant d’avoir exhumé cet épisode que de l’avoir relaté de si belle manière.

  • Le piège dans ce type de législation est dans son application.
    La loi sera la même pour tous mais appliquée inégalement selon la catégorie dans laquelle on sera classé.
    C’est ce que l’on voit souvent actuellement où les propos de haine ou de dénigrement ne sont médiatisés, contestés et poursuivis que contre certains et non tous.

    • Le piège n’est pas que dans son application ; il est dans son essence même.

    • Oui. Tenez quelques exemples « tendancieux »: les ultra-féministes, les défenseurs de la cause noire, les musulmans et permettez-moi aussi d’ajouter la plupart des SJW; un moment ou un autre, il faudra bien qualifier leur démarche comme du harcèlement, voir même de la haine pure ! Une bonne raison supplémentaire de ne plus fréquenter les réseaux sociaux, ces gigantesques exutoires.

    • Clovis à Soissons.

  • Excellent et drôle, je diffuse de ce pas sauf peut-être sur FaceBook qui semble avoir largement anticipé sur la peste AVIAire

  • + 1000 pour le rappel (et surtout son élégance !)

  • merci pour rappel/parallèle d’histoire, fort bien conté !

    Il n’y a plus qu’à attendre « notre » révolution de 1830…

  • Si l’on veut voir le bon côté des choses, on se rassurera en se souvenant qu’un des plus fantastiques romans de tous les temps est Le Maître et Marguerite, écrit sous la censure soviétique et en partie contre elle.
    Anastasie a le don de provoquer, en réponse, des fulgurances créatrices à la fois subtiles et géniales.
    Pour contourner la censure du net, les internautes développeront un mode de communication plus modéré en apparence, bien plus malin qu’aujourd’hui mais tout aussi violent en profondeur… Et les algorithmes des GAFAs à qui est désormais confié le droit de dire le droit, à la place du juge, n’y verront que du feu !

    • Cette loi n’a d’emprise que sur le territoire français. Les serveurs partiront (encore un pan de notre industrie qu’on jette au feu puisqu’on n’a pas assez de chômeurs apparemment) tandis que les VPN (installés dans des pays soucieux des libertés individuelles) deviendront la norme (terroristes et pédophiles seront d’autant plus difficile à traquer).

      Quel sera le bilan de cette loi ? Quelques milliers de chômeurs en plus et quelques milliards de plus dans le déficit de la balance commerciale.

  • Cette démonstration : Analogique, et comparative, étale clairement les motivations totalitaires et absolutistes du Pantin Macron et de ses agitateurs marionnettistes, Non seulement ce texte Avia doit disparaître, mais il est vital d’écarter leurs auteurs et soutiens des sphères du pouvoir. L’extrémisme n’est pas la ou on nous le montre, et le vrai fondement du populisme est une forme de sagesse naturelle.

  • AVIA , je n’avais pas compris..je pensais au station service de carburant..Vous me direz pourquoi pas Loi Total (e)…

  • Très instructif!
    Consolation, Macron devrait finir comme Charles X!
    Et la Monarchie de Juillet tout comme le Second Empire furent profitables à l’économie du pays.
    Encore 2 années à espérer à moins que, comme Charles X……..

    • En attendant, sa majesté devrait consulter pour ses acouphènes : sur CNews, on est en train de comparer les taux de mortalité aux urgences entre la Frrrance et l’Allemagne (et Marseille).

  • Et que faire quand on hait la haine et les haineux qui pondent ces derniers temps des lois haineuses, est-on répréhensible ?

  • Bon, on pourrait faire plus court en se demandant qui, au gouvernement actuel ou dans les députés « à l’arrêt », que ce soit au perchoir, en commissions parlementaires ou en « délégation de bonne parole » sur les plateaux d’info en continu, se comporterait comme un démocrate ou tout du moins en relais de ceux qu’ils représentent. Aucun(e)…
    Reste à en tirer les conclusions et se préparer à l’opposition à l’occupant intérieur.

  • et voilà c’est fait, cette loi scélérate a été acceptée par l’Assemblée: RN, LFI, LR ont voté contre. Prochaine étape: des stages de rééducation (payants comme pour le permis à points) pour les récalcitrants en vue de l’obtention du carnet BVC dit de bonne et vertueuse citoyenneté. Capitalisme de connivence oblige, le club Med est déjà dans les starting blocks pour louer ses centres dédiés aux stages intensifs pour les récidivistes avec des gentils Kapos, des fleurs, beaucoup de ladirladadas mais pas de nanas, elles seront dans des baraquements séparés.

  • et la haine de la grande distribution et la haine des pesticides des engrais, des produits « industrielles, du tourisme « de masse » etc etc..

  • Les commentaires sont fermés.

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