Presse & information : Macron poursuit son délire de contrôle

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Presse & information : Macron poursuit son délire de contrôle

Publié le 9 avril 2019
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Par Nathalie MP.

On pourrait facilement s’y méprendre. « Confiance et liberté », tel est l’intitulé merveilleux qui ouvre le récent rapport commandé par le gouvernement sur la « création d’une instance d’autorégulation et de médiation de l’information ». Il s’accompagne d’une non moins merveilleuse illustration représentant « la liberté assise sur les ruines de la tyrannie ». Ça se confirme, rien ne vaut la novlangue la plus sirupeuse pour réduire doucement les libertés sans faire crier.

Mais, me direz-vous, en cette époque de fake news, de circulation rapide de l’information via Internet et de défiance accrue du public envers les médias (voir ci-dessous les résultats 2019 du baromètre Kantar-La Croix), il n’est pas forcément absurde que la profession cherche un moyen de garantir déontologie et qualité journalistique à ses lecteurs.

Aussi, l’idée consisterait à regagner la confiance des Français par la création d’une instance supérieure de déontologie qui veillerait aux bonnes pratiques et vers laquelle les citoyens pourraient se tourner sans passer par un juge s’ils relevaient des erreurs manifestes dans les faits relatés.

Effectivement, dit de cette façon, ça a l’air simple et de bon goût. Plusieurs tentatives en ce sens ont d’ailleurs été lancées en France dans le passé.

Elles n’ont cependant jamais abouti car certains acteurs du secteur y discernent moins un vecteur de qualité qu’une façon détournée de brider la liberté de la presse. Derrière le prétexte de la « confiance » et des « bonnes pratiques », l’occasion dangereuse d’un contrôle renforcé. Une crainte qu’on ne peut guère leur reprocher quand on voit comment les choses se présentent aujourd’hui.

Le rédacteur principal du rapport, l’ancien Président de l’AFP Emmanuel Hoog, se plaît à répéter que :

La création de ce type d’instance n’a de sens que si elle est strictement professionnelle et basée sur un principe d’autorégulation. La présence des pouvoirs publics n’est pas possible. (Assises du journalisme de Tours, 14 mars 2019)

Un mode de création par la loi serait à l’évidence perçu comme une ingérence du pouvoir politique dans un domaine où la liberté doit totalement prévaloir. (Rapport Hoog, 27 mars 2019)

Il n’en demeure pas moins que M. Hoog a été spécialement mandaté cet automne par la ministre de la Culture, Françoise Nyssen d’abord, Franck Riester ensuite, pour dessiner les contours de la nouvelle instance. Sa mission est clairement pilotée par un ministre, donc pilotée d’en haut par les instances étatiques. On a vu plus indépendant. Sa nomination et la simple existence de son rapport entrent en contradiction directe avec l’absence supposée des pouvoirs publics dans la régulation des médias. Premier problème.

De plus, il n’est guère rassurant de savoir qu’en organisant cette concertation, Mme Nyssen ne faisait que reprendre une idée lancée à l’Assemblée nationale par le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon lors du débat de la loi sur les fake news. Grâce à la web TV Le Média lancée par les Insoumis, web TV qui signe un retentissant échec déontologique, on n’ignore plus rien des théories sur la presse et l’information de notre bruyant fonctionnaire de la révolution : la liberté y est sous surveillance étroite et se doit d’exclure tout « Mélenchon bashing » ! Second problème.

Mme Nyssen a néanmoins fait savoir qu’elle n’avait « aucune opposition de principe à une telle proposition », donnant ainsi à Jean-Luc Mélenchon l’occasion de pousser un cri de victoire quand la mission Hoog fut lancée.

L’alignement ponctuel d’intérêt entre le gouvernement et la France Insoumise sur ce sujet brûlant qui touche à la liberté de la presse peut surprendre, mais il n’est finalement pas très étonnant.

Rappelons d’abord qu’Emmanuel Macron entretient manifestement un lien complexe avec la liberté. Convaincu que ce qu’il tient pour « bien » doit absolument triompher de tout, y compris au mépris des libertés individuelles, on l’a vu successivement intégrer la plupart des dispositions administratives de l’état d’urgence dans le droit commun (2017), suggérer et obtenir une loi contre les fake news en période électorale (2018) et tenter d’imposer une interdiction de manifester sur la base de soupçons des plus vagues dans la récente loi anti-casseurs – disposition heureusement retoquée la semaine dernière par le Conseil constitutionnel.

Concernant spécifiquement la presse, si Jean-Luc Mélenchon se plaint de la façon dont les médias le traitent, Emmanuel Macron aussi. Il a dénoncé à plusieurs reprises le « pouvoir médiatique », notamment lors de l’affaire Benalla et plus récemment lors de la crise des Gilets jaunes. D’après lui, « nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité ». Quand on sait comment l’un de ses conseillers a bidouillé une vidéo afin de disculper Benalla, on comprend clairement qu’il n’existe qu’une vérité, celle de M. Macron.

Début février 2019, lors d’une rencontre à l’Élysée avec des journalistes – dont Emmanuel Berretta du journal Le Point qui a donné ensuite un compte-rendu des échanges – Emmanuel Macron en est venu à livrer sa conception super-étatique de l’information :

Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer. (…) Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes.

Ne se croirait-on pas revenu au temps de l’ORTF où chaque journal télévisé était visé par le ministre de l’Intérieur avant diffusion ? Comment pourrait-on encore parler de liberté de la presse si la « vérité » de l’information devait recevoir l’imprimatur de l’État ? Où serait la liberté d’expression si les organes de presse devaient se soumettre à une sorte de « bien » médiatique défini par le gouvernement ? Ce qu’il faut dire et ce qu’il ne faut surtout pas dire, au risque de déplaire.

On voit bien qu’il ne s’agit pas seulement de rectifier des erreurs basiquement factuelles dans un taux de chômage, les dispositions d’un traité ou la composition chimique d’un pesticide, erreurs qui sont d’ailleurs corrigées très facilement, par le média fautif ou tout autre qui s’est livré à une opération de désintox sur le sujet incriminé – merveille de la concurrence et du débat ouvert, pas du contrôle.

Non, il s’agit de faire vivre une information qui respecte la « hiérarchie des paroles » des émetteurs, le gouvernement constituant (avec les maires, les députés, les ministres) le sommet d’un triangle où l’individu lambda se retrouve tout en bas. Il s’agit de répandre dans le public la conception macronienne de ce qui est bien et de taire tout ce qui entraverait cette marche prédéfinie vers la « vérité ».

Dans ce projet, les journalistes ne sont à l’évidence plus les « garants » de quoi que ce soit mais des alibis, des idiots utiles d’une presse qui, de largement subventionnée qu’elle est déjà (presse écrite), devient de plus en plus étatisée.

Conception captée cinq sur cinq par Emmanuel Hoog. C’est ainsi qu’il préconise de créer une instance dont les membres seraient certes des journalistes, mais aussi des acteurs de la société civile. Lesquels ? Juliette Binoche ? Des ONG Mélenchon-compatibles, Macron-compatibles ? Troisième problème.

Évidemment tout ceci aura un coût. Qui paiera ? Emmanuel Hoog, qui a évalué les frais à une fourchette allant de 1 à 2 millions d’euros annuels, suggère que l’État participe à hauteur de 49 %. Vous voyez que l’indépendance est garantie, l’État ne serait pas majoritaire ! Sauf qu’on voit mal quel membre de l’instance pourrait avoir un poids financier à même de challenger le poids de l’État. Quatrième problème.

Il est aussi question d’inciter les entreprises de presse à rejoindre gentiment cette instance grâce à une jolie petite carotte financière demandée depuis longtemps par certain acteurs, Mediapart notamment, à savoir l’extension à la presse en ligne des aides au pluralisme – cette dernière expression n’étant que la version novlangue de subventions tout ce qu’il y a de plus étatiques. Dans le même ordre d’idées, l’attribution des fameux « droits voisins » serait plus favorable pour les sites des membres adhérents de l’instance. Les médias sont priés d’aller à la soupe. Cinquième problème.

Tout dans ce projet indique que la « confiance » qu’il s’agit de restaurer est moins celle des lecteurs vis-à-vis des médias que celle d’Emmanuel Macron vis-à-vis des journalistes. La liberté sortira forcément amoindrie de cette opération de recadrage jupitérien.

Alors que la presse déjà lourdement subventionnée, donc lourdement dépendante des pouvoirs publics, n’est absolument pas incitée à se remettre en question – seule opération qui serait à même de la rendre à nouveau attrayante pour le public, le rapport Hoog préconise à l’inverse une nouvelle couche d’embrigadement, au risque d’aggraver la crise de crédibilité des médias.

Qui se ralliera, qui résistera ? Le risque n’est pas nul de voir se développer deux presses : celle qui, par son statut de membre adhérent de l’instance de contrôle, bénéficiera du tampon de l’État, et celle qui, hostile aux manigances macroniennes, sera officiellement refoulée dans le camp du mal médiatique. Ça promet.

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  • que croyez vous qu’il va se passer avec un dirigeant dont je me demande s’il ne devient pas parano ; c’est dangereux ce type de problème , parce que ça pourrit la vie des autres ;

  • Je suis surpris que l’on conteste les decisions sans importance du parti elu ,elu donc …et je ne vois pas comment ils pourraient empirer la situation desastreuse de la culture en france dont ferait partie l’information . Tant qu’il y aura des subventions ,un ministere de la culture voir de l’education, il y aura corruption.

  • La petite bête
    9 avril 2019 at 10 h 30 min

    A chaque fois qu’ils vous parlent de confiance, de liberté, de démocratie, de justice… pensez à Orwell!
    Combien de temps, d’énergie et d’argent public sont consacrés à cette asservissement de l’information à la vérité officielle?

  • La petite bête
    9 avril 2019 at 10 h 34 min

    Emmanuel Macron entretient manifestement un lien complexe avec la liberté…
    Si l’on veut. Disons que c’est un digne héritier de Saint Just. Tout ce qui s’oppose à lui s’oppose à la liberté et au (fameux) progrès.
    Les heures les plus sombres sont… devant nous.

    • Il n’y a pourtant rien de complexe chez Macron, c’est juste un socialiste comme un autre.

      Et comme tout socialiste, il est contre la liberté et pour la dictature.

      Le résultat est connu d’avance puisque toute tentative de socialisme se termine de la même façon : misère, famine, dictature, controle des populations etc..

      Mais c’est ce que veulent les français, donc qu’ils en profitent.

      • A machin.
        Se proclamer « jupiter » démontre qu’il n’est pas « socialiste comme un autre ». C’est l’abominable mentalité du dictateur s’autoproclamant au-dessus des lois, au-dessus de la Constitution, en fait au-dessus de tout. Comme le Jupiter de l’Olympe, il veut gouverner le ciel, la terre et tout être vivant y habitant. Les dictatures promeuvent la misère des peuples oui, mais aussi des révolutions qui les ont brutalement balayées.

        • Disons que c’est un socialiste avec plus d’ambition, de réussite, et d’aisance médiatique que les autres… pour le moment.

        • Mais c’est bien le cas de tous les socialistes, seul l’impossibilité de le faire les retient.

    • Esprit critique
      9 avril 2019 at 20 h 15 min

      Elevé chez les Jésuites par sa prof qui a remplacé sa mère en devenant son épouse. Rien que de très logique de conséquences.

    • @ La petite bête
      Ben oui! C’est comme ça et ça n’a vraiment rien de nouveau! En fait, c’est à la presse encore libre de révéler l’intoxication par l’information, que cette presse soit française ou étrangère, pas forcément « ouvertement », mais de façon adroite.
      J’ai appris, dès mes 15-20 ans, qu’il fallait apprendre « à lire entre les lignes » et surtout que « le papier se laissait écrire »! Et ne pas se satisfaire d’une seule source d’informations. Recouper, confronter! (La presse étrangère est souvent utile!)
      Sinon, oui! Il y a un lien étroit entre liberté d’information et liberté citoyenne et démocratique. Évidemment!

  • En route vers la « La Pravda » française !
    La solution est pourtant simple : boycotter cette presse infamante, elle disparaîtra d’elle-même…

  • Du coup le sujet du bac sera cette année: l’intelligence nourrit elle la stupidité. Peut-on dire que l’Etat qui concentre les moyens (les nôtres) pour fabriquer du malheur (le notre aussi) est intelligent ? Le contrôle de l’information n’est-il pas un aveu d’échec ? Et pire que cela, au lieu de réformer ce qui ne marche pas, changeons les comportements des Français ! Mais comme dans l’histoire du moineau, à la fin l’on perd les graines et l’oiseau. Cpef et nous avec.

  • Quand il s’agit de maximiser les chances de rester au pouvoir, rien n’est trop beau.
    Dans un premier temps, chiffré à 1 million, cela passera gaiement à 10 millions.
    Et pour cela rien de tel qu’une nouvelle taxe, sur les connexions internet par exemple.
    Vu que ce sera nommé taxe, ils pourront toujours dire que les impôts n’augmentent pas.

    Comme si le pays avait un besoin urgent de taxes… Comme s’il n’y avait pas plus urgent ❗

  • Sur le même sujet, voir l’édito d’Étienne Gernelle dans Le Point (lisible ici, mais il peut nécessiter d’être abonné : https://www.lepoint.fr/editos-du-point/etienne-gernelle/etienne-gernelle-comment-macron-veut-controler-la-presse-03-04-2019-2305604_782.php).

    Le chapeau de l’édito est :
    « L’Élysée veut créer un comité de censure molle. Avec chantage financier à la clé. En clair, « soumettez-vous et vous aurez de l’argent ». Ce sera sans nous. »

    Quant au ton général, il est très proche de ce qu’on peut lire ici – pour tout dire, en le lisant j’ai pensé qu’il aurait parfaitement sa place sur Contrepoints.

    • TOUTE la presse écrite est subventionnée.

    • « L’Élysée veut créer un comité de censure molle. Avec chantage financier à la clé. En clair, « soumettez-vous et vous aurez de l’argent ». Ce sera sans nous.  »
      C’est d’ailleurs ce qui est écrit en toute lettre dans le pacte de Marrakech. Les médias refusant de faire le prosélytisme de l’immigration seront sanctionnés par le biais de la baisse, ou l’annulation, de leurs subventions. (Cela n’est pas un ouïe-dire ; je l’ai lu)

  • * Marx disait : la Religion est l’opium du Peuple… mais maintenant les églises sont vides ou presque… Le vide a été comblé par l’odieux-visuel qui a supplantées toutes les religions. Les Pdts de chaînes publiques ont été nommés directement depuis 2008 par Sarkozy ! Le CSA fonctionne comme 1 préfecture sous contrôle de l’administration gouvernementale. La nomination de ses membres dépend du Parlement ( donc choisis de préférence dans la majorité en place) par l’article 13 de la Constitution et la loi organique du 23 juillet 2010 . N’oubliez pas non plus, les nominations des autres membres par les présidents de chaque assemblée sont également soumises à un contrôle de la commission permanente chargée des affaires culturelles de l’assemblée concernée (v. art. 2 de la loi n° 2013-1028 du 15 novembre 2013) . … Dans le même sens, le Titre IV de la loi du 20 janvier 2017 organise des modalités de contrôle des parlementaires sur les autorités indépendantes : ces derniers peuvent faire évoluer ces textes en cas de problème. ! C’est ainsi que le déficit démocratique est 1 problème permanent & endémique dans notre Pays , on rebascule vers l’ex-ORTF depuis que le Pouvoir et la classe politique sont de + ne + discrédités !! Amen.. L’idéal serait probablement de prévoir qu’une partie des membres de ces autorités indépendantes soit élu directement par le peuple. C’est 1 voeu pieux tant que ce domaine reste la chasse gardée du Pouvoir… 4e Pouvoir en France ! http://www.droitducinema.fr/lecsaenfaitiltrop.html?fbclid=IwAR07YVCrELqG_fo9E-aQaYUsi-vtzF937f-KcNRqb0L99DHxcsNMk8ThwVE
    de nombreuses personnes souhaitent remplacer le CSA par 1 autre institution pour mieux assurer la souveraineté populaire..
    http://www.droitducinema.fr/lecsaenfaitiltrop.html?fbclid=IwAR07YVCrELqG_fo9E-aQaYUsi-vtzF937f-KcNRqb0L99DHxcsNMk8ThwVE

  • Vous avez raison et c’est très inquiétant!

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