Internet est-il en train de devenir l’outil qui réduira nos libertés ?

Internet est-il en train de devenir un outil aseptisé permettant de contrôler les humains alors qu’il était au départ un outil de liberté et d’émancipation ?

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Sheeps by Colton Kats(CC BY-NC 2.0)

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Internet est-il en train de devenir l’outil qui réduira nos libertés ?

Publié le 30 décembre 2019
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Par Yannick Chatelain.

La liberté sur le net a continué à décliner en 2019.

C’est le triste constat du rapport de freedomhouse soulignant la crise engendrée par les réseaux sociaux et leurs usages les plus dévoyés – entre autres par les gouvernances – des réseaux sociaux qui mettent en péril nos démocraties.

En 2020, ce qui devait être une technologie dédiée à l’émancipation, Internet et ses outils afférents est en péril.

L’ Algorithmisme, cette nouvelle religion qui a pour Dieu l’algorithme, progresse et gangrène son mode de fonctionnement. Cette religion  a ses missionnaires acharnés : GAFAM, BATX et gouvernants. S’ils lui vouent un culte inconditionnel, c’est qu’ils le pensent à terme leur Dieu (Bêta) en mesure de les servir avec de plus en plus de fiabilité et de puissance !

  • les marchands visent un ciblage de plus en plus affiné poursuivant l’accès à ce qui leur apparaît être le nirvana : un marketing prédictif.
  • les gouvernants, eux se posant comme les garants, avec l’appui de leur Dieu bêta – d’une protection accrue des citoyens, visant une société du contrôle et de pensée unique : la leur.

Un nouveau Dieu Bêta au service de qui ? Des citoyens ? Certainement pas !

Comme déjà évoqués, ses plus fervents missionnaires – marchands et gouvernances – poursuivent des buts distincts. L’algorithmisme est en l’état, une religion violente, amorale, profondément antidémocratique et qui plus est non fiable.

Pourquoi s’inquiéter ? Aucune raison, d’autant plus que ses principaux missionnaires oublient au passage – ou en les balayant d’un revers de main – toutes les alertes des chercheurs et experts.

Ils feignent par exemple d’ignorer (et sont peu enclins à le publiciser) une défaillance majeure du nouveau Dieu qu’ils vénèrent : le biais algorithmique1.

Par delà toutes les atteintes à la vie privée que leur Dieu Algorithme tente d’imposer sans complexe dans ses domaines de prédilections (l’univers marchand et le contrôle social) ce nouveau Dieu peine – et c’est peu de le dire – à créer un monde fiable.

La reconnaissance faciale et le contrôle social

L’expérience de reconnaissance faciale des conducteurs mise en place par le MTA sur le pont de Brookling en 2018 – aurait ainsi – selon un courrier interne – était un échec cuisant, ce courriel soulignant un remarquable un taux de réussite de « 0 % » pour identifier des visages « avec des paramètres acceptables ». Une illustration d’une technologie balbutiante qui vient s’ajouter à de nombreuses autres contre-performances cinglantes.

Cette expérience vient corroborer une étude récente menée par Inioluwa Deborah Raji et Joy Buolamwini, publiée lors de la conférence AAAI / ACM sur l’intelligence artificielle, l’éthique et la société, qui a révélé que la version de l’outil de reconnaissance d’Amazon, Amazon Rekognition, disponible depuis août 2018, révèle des taux d’erreurs importants et remet en cause une nouvelle fois sa fiabilité ainsi « le taux d’erreur concernant les hommes blancs est nul, celui concernant les femmes de couleurs atteint plus de 30 %. »

L’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), qui avait effectué des tests sur le système de reconnaissance faciale d’Amazon avait déjà noté des résultats plutôt alarmants en terme de fiabilité : 28 membres du Congrès avaient été confondus avec des criminels.

En réponse, deux responsables d’Amazon, Matthew Wood et Michael Punke, se sont acharnés à tenter au travers d’une série d’articles de réfuter les résultats de l’étude. À la suite de ce constat, une lettre ouverte a été adressée à Amazon par de nombreux chercheurs, les implorant de cesser de « vendre ce produit tant qu’aucune législation ou garde-fou prévenant ce type d’abus ne serait mis en place. Parmi les signataires de la lettre, nous retrouvons des spécialistes de renom tel que Yoshua Bengio, professeur à l’Université de Montréal et colauréat du prix Turing 2019. »

En France, malgré une technologie à la fiabilité hautement douteuse, deux ans après Amazon Go, dans les pas de la Chine, ou plusieurs chaînes de magasins utilisent désormais les systèmes de paiement par reconnaissance faciale de Tencent (WeChat Pay) et d’Alibaba (Alipay), c’est Carrefour qui selon le site spécialisé Linéaires s’est lancé à son tour en France dans l’expérimentation de magasins sans caisse… s’appuyant sur la reconnaissance faciale et a ouvert son propre mini-Amazon Go à destination des salariés au siège social du groupe de supermarchés situé à Massy, près de Paris. Pour ce qui est des résultats… pas de nouvelles.

Quid de la liberté d’expression, d’information ?

Certains usagers l’ignorent peut-être, mais leur liberté d’expression est jour après jour de plus en plus menacée, et risque fort de devenir à court terme de plus en plus illusoire, ou en d’autres mots un simulacre.

Les algorithmes qui se profilent au niveau des moteurs de recherche, des réseaux sociaux, se décident en cercle très fermé : États et Entreprises Nations. Et si le Dieu algorithme n’en fait pas assez pour satisfaire les gouvernances, alors gouvernances et acteurs s’arrangent : en décembre 2019, Facebook a répondu favorablement à la demande du gouvernement de Singapour souhaitant corriger une publication d’Alex tan, le blogueur du site The States Times Review, Facebook a finalement opté pour marquer la publication comme comme calomnieuse !

Selon Reuters, ce texte uniquement visible par les utilisateurs de Singapour indiquait  : « Facebook est légalement obligé de vous dire que le gouvernement de Singapour dit que ce message contient de fausses informations. » Dans la même période, le Parti démocratique de Singapour (SDP), l’un des principaux partis d’opposition, a reproché à Google d’avoir refusé sa demande d’acheter des publicités sur le site…  Google invoquant la nouvelle loi chinoise, qui interdit la publicité visant à influencer l’opinion publique…

Voilà ce qu’il en est des petits arrangements entre amis ! Il semblerait lorsqu’il est question de business entre « Algorithmitiens », la liberté d’expression n’ait plus son mot a dire !

Nous pouvons raisonnablement craindre que leur nouveau Dieu, par delà les régimes dont c’est l’usage, veille et veillera à noyer tout ce qui s’inscrit en opposition à une pensée jugée conforme des commanditaires, et ce de façon plus ou moins radicale : censure directe pour les régimes autoritaires, ou censure par noyage de l’information dérangeante pour un résultat somme toute similaire, l’hypocrisie en plus, exposer la population à l’information qui convient au pouvoir en place.

Si vous en doutez, il y a des précédents : en Chine c’est bien le réveil et la fronde des salariés de Google qui a mis un coup d’arrêt au projet Dragonfly : un  Google à la botte de la gouvernance chinoise.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que Gafam, BATX ,et gouvernances, souscrivent au credo algorithmique : quelle aubaine que leur nouveau Dieu qui leur donne l’espoir de façonner à terme un monde à leur envie et à leur service le plus exclusif… l’algorithmisime est une religion qui leur semble à même de rétablir un biopouvoir à l’ancienne ! Aussi lorsque le temps de la reconquête d’un Biopouvoir en friche est en jeu, pourquoi s’encombreraient-ils de ce « virus » que sont les libertés humaines les plus fondamentales ?

Quid de la liberté d’expression dès lors que l’information peut être hiérarchisée, algorithmisée sans transparence ? Libre à Google de noyer une information selon son bon vouloir, voire accéder aux desiderata d’un tiers jouant dans la même cour de pouvoir. Libre à Facebook de laisser passer les mensonges les plus éhontés d’individus certifiés VIP ! Et moi et moi et moi… et vous ? Le drame, et le suraccident de l’affaire c’est que non contents de subir cette insulte à l’intelligence humaine, nous aidons chaque jour les adeptes plus frénétiques à établir leurs sociétés rêvées du contrôle, et accélérons l’avènement d’une dystopie qui finira par s’avérer fonctionnelle  !

Tous responsables, tous coupables… tous complices ?

Ne pas se préoccuper de l’usage qui est fait de nos données : coupable !

Vendre nos données personnelles sur des plateformes et applications dédiées : Coupable !

Dire sans rire que nous n’avons rien à cacher : coupable !

Ne pas dénoncer des ententes entre Algorithmitiens qui soutiennent la cause de la censure : coupable !

Dans le cadre qui se dessine, notre choix d’usagers est dichotomique :

— soit nous contribuons à la destruction collective de l’internet originel, celui de l’émancipation, et, quel que soit notre pays d’appartenance, de façon individuelle ou collective, nous acceptons sans sourciller le règne de ce Dieu aujourd’hui défaillant sans mot dire.

— soit nous nous défaussons et nous combattons pied à pied, comme l’on fait les salariés de Google (cf projet dragon fly), ou en soutenant lorsque cela est nécessaire, moult associations soucieuses de défendre et de préserver les droits et libertés individuelles garanties à chaque citoyen par leurs constitutions respectives afin d’empêcher l’avènement d’un Internet aseptisé au service non pas de la vérité, mais d’une « vérité » imposée et non discutable.

« Le Web est devenu une machine produisant de l’injustice et de la division, influencée par des forces puissantes qui l’utilisent pour imposer leurs propres agendas. » Tim Berners Lee

 

  1. Un biais algorithmique se produit lorsque les données utilisées pour entraîner un système d’apprentissage automatique reflètent les valeurs implicites des humains impliqués dans la collecte, la sélection, ou l’utilisation de ces données. Les biais algorithmiques ont été identifiés et critiqués pour leur impact sur les résultats des moteurs de recherche, les services de réseautage social, le respect de la vie privée, et le profilage racial. Dans les résultats de recherche, ce biais peut créer des résultats reflétant des biais racistes, sexistes ou d’autres biais sociaux, malgré la neutralité présumée des données.
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  • Oui, bon, comme tjs il y a du positif et du négatif dans toute chose. Internet est un formidable outil de liberté et les états ont des velléités de censure, mais au final, vaut mieux une censure de FB qui n’est pas monopolistique que celle étatique, massive, incontournable comme elle existait il y a 50-100 ans.
    Je regardais ‘la belle Hélène’, le livret a été modifié par la censure AVANT la première.

    • Qui vous dit, qu’au-delà de FB, il n’y a pas une censure monopolistique? Ignorez-vous que des fonctionnaires travaillent en collaboration avec FB France?
      Quels intérêts sert l’Etat français (puisque visiblement, ce n’est pas le nôtre)? uels intérêts servent les GAFAM?…

  • plutôt un outil de bannissement social pratique…et encore…parce certains sont en situation de monopole..

    • ce n’est pas internet la reconnaissance faciale ou la « modération » qui pose un problème réel de liberté..
      c’est le gouvernement…et les lois..
      oui on PEUT nous suivre obtenir des renseignements ..
      ou en conséquence, si une personne peut obtenir ses données il peu à coup sûr vous…discréditer..mais vis à vis de qui?

  • Cet article pose bien le problème et invite en effet, à ce que chacun en soit conscient et prenne ses responsabilités, ne serait-ce qu’en utilisant son droit sur ses données.
    A noter que « l’univers marchand et le contrôle social » se rejoignent sur le fond puisqu’il s’agit, dans l’un et l’autre cas, de maîtriser/prévoir/orienter les choix des citoyens.

    • En ce sens, ce n’est plus seulement la liberté d’expression qui est concernée, mais tout simplement la liberté de penser en dehors de ce qui est autorisé. Ce processus a d’ailleurs commencé avant l’arrivée d’internet, avec les lois – sous couvert de bonnes intentions comme d’habitude – qui limitaient la liberté d’expression ou sacralisaient une vision de l’histoire.

  • Tout ce qui mets l’information sous le controle du peuple est dangereux pour les pouvoirs..
    La civilisation « Gutenberg » était plus facile a maîtriser par la censure puisqu’on contrôlait la « production » de l’information
    Avec la civilisation « marconi » ce n’est plus possible, le citoyen « produit » de l’information, soumet un avis , dénonce un abus.. et çà c’est incontrôlable..

    Pour les réseaux sociaux il ne faut jamais oublier que « quand c’est gratuit , c’est que c’est toi le produit ».. et comme tu es un citoyen consommateur , électeur, c’est facile de te mettre au catalogue pour etre livré a ceux que tu intéresses..
    Le pire étant les cartes de crédit, ou de fidélité, que personne ne soupçonne mais qui en disent beaucoup plus que FB.. d’ou le projet de limiter au maximum la circulation des espèces anonymes par nature..
    Ainsi si vous tirez 200 euros/ semaine a un distributeur et que vous paye vos courses en espèces sans cartes de fidélité , vous restez non traçables …
    Rien sur Facebook, la localisation désactivée sur votre portable.. et hop un gros pavé dans les algorithmes
    bonne année a tous

    • Il faut voir le bon côté des choses , connaître tes habitudes permet d’optimiser la production des produits et leur distribution géographique, ce qui est bon pour le commerçant est bon pour le client !

  • On s’en fout , je suis sur internet depuis toujours et avant le minitel ,je ne pourrais pas m’en passer , c’est une drogue de liberté, il est impossible de me la retirer quoiqu’ils fassent et quoiqu’on en dise ,même l’EDF n’y peut rien , ni mon fai avec ses blocages , j’ai un vpn et une batterie et plein d’autres trucs pour éviter toutes censures

  • Excellent article, même si le vocabulaire déiste employé me semble un peu gros.
    J’ai lu ya quelques mois un livre (L’autogestion de Henri Arvon), et bien qu’il ait été écrit ya 40 ans, une phrase sur l’aide à la prise des décisions m’avait marqué. Aide basée sur l’informatique. Qu’il suffirait d’introduire des données pour avoir une série de solutions ou de résultats. Et déjà il y avait une petite mise en garde sur la responsabilité de l’Homme vis-à-vis de la Machine. C’était en 1980.

  • Ah j’aime la conclusion de l’article, pour une fois qu’on nous sert un « non il ne faut pas dire que je n’ai rien à cacher » alors qu’en plus ça vient d’entreprises privées.. Une première sur contrepoints !

    C’est vrai que si on zappe la Chine et quelques états totalitaires au Moyen Orient, le constat actuel est avant tout aux multinationales qui se gavent de nos données personnelles et nous « fichent » nous et nos comportements par des algorithmes inhumains etc..

    Orwell l’avait vu venir mais à travers les Etats, au final dans l’Occident c’est les entreprises qui le font !

    Mais l’article ne pose pas la question : pourquoi ? Pourquoi font-ils ça ? Pourquoi nous surveiller, nous suivre sur internet à la trace comme ça ?
    Ce n’est pas parce qu’ils sont méchants évidemment. Non c’est très simple : c’est seulement dans le but de gagner toujours plus d’argent, l’objectif premier de toute entreprise bien évidemment ! Il faut bien manger.

    Hors comment Google ou Facebook (par exemple au hasard hein) gagnent de l’argent ? A plus de 75% par les publicités, ces dernières étant ciblées pour qu’elles soient plus efficaces… Ce facteur explique à lui seul tout ce pistage et ces algo déshumanisants etc et donc tout ce qui amène au constat de cet article…. car évidemment il faut augmenter les revenus chaque année, donc aller toujours plus loin !…

    Mais il existe une solution ! Encore très peu connue : le navigateur Brave ! Je ne vais pas entrer dans les détails mais ils cherchent à nous rendre la main, nous internautes, sur nos données et sur le système publicitaire en général sur internet. Pour faire de nous, internautes, des acteurs au lieu de victimes du Web. En gros le navigateur vous rémunère vous en priorité plutôt que le site lorsque vous regardez une publicité, et c’est VOUS qui décidez ensuite quel site mérite cet argent en lui reversant (ou alors vous pouvez tout bonnement le retirer pour que ça finisse dans votre poche, mais ce sont évidemment de petites sommes !).
    Je met en lien cet article qui se débrouillera mieux que moi pour expliquer tout ça en détails : https://supple.support-vision.fr/articles/comment-le-navigateur-brave-compte-r%C3%A9volutionner-i-19#resume-de-l-article-pas-lu-c-est-trop-long

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