Rationnement des soins : ce qu’a révélé le Covid-19

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Tant que la France gardera son système, dont le but est, en circonstances habituelles, le rationnement des soins, il lui sera toujours impossible de faire face à une crise sanitaire, fût-elle médicalement parfaitement gérable.

Par Patrick de Casanove.

La première partie de cet article a été publiée ici

La pénurie a éclaté au grand jour. Le rationnement est devenu officiel, par exemple pour les masques, au détriment des professionnels de santé libéraux. Afin d’éviter l’explosion du système de soins, l’État a décidé de confiner toute la population pour lisser le pic épidémique et éviter que les services hospitaliers et de réanimation soient débordés.

Tous les Français savent que l’hôpital public est en difficulté. Tous pensent que c’est à cause d’un manque de moyens. C’est faux. Les moyens ne manquent pas. Ce qui frappe l’hôpital public c’est l’absence d’information fiables concernant l’offre et les besoins de soins, le mal-investissement, la disparition des incitations productives, la dissolution de la responsabilité individuelle.

Ce que les Français ne savent pas c’est que le secteur privé est lui aussi à la peine.

Il a été très largement sous-utilisé, voire mis de côté, par le gouvernement dans sa gestion de l’épidémie. Ce qui n’a pas contribué à améliorer la situation !

Hospitalisation privée

Pour faire face à l’épidémie, l’hospitalisation privée a été sollicitée lors de la mise en place du Plan Blanc. Elle a donc reporté toutes les interventions non urgentes pour libérer des lits, dont des lits de soins intensifs. Elle n’a été que très peu sollicitée, les pouvoirs publics préférant concentrer les accueils sur les hôpitaux voire orienter à grand frais les patients vers des structures publiques, même lointaines ou étrangères.

L’hospitalisation privée représente 1030 cliniques et hôpitaux qui assurent la prise en charge de neuf millions de patients par an. Environ 150 000 salariés et 40 000 médecins y travaillent. Elle prend en charge 55 % des interventions chirurgicales, 65 % de la chirurgie ambulatoire, 20 % des accouchements, 33% des soins de suite et réadaptation, 25 % de la psychiatrie pour 22,8% des dépenses hospitalières.

25 % de ces établissements ont des difficultés financières. (Fédération de l’Hospitalisation Privée). Pour ses interventions la Consommation de Soins et de Biens Médicaux CSBM) de l’hospitalisation privée est de 21543 millions d’euros en 2018 sur un total de 94502 millions d’euros. (22,8%.) La même année celle de l’hospitalisation publique est de 72959 millions d’euros (77,2%).

Médecine de ville

La médecine de ville « concerne les médecins généralistes et spécialistes, les chirurgiens-dentistes, les pharmaciens, les sages-femmes, les infirmiers, les masseurs-kinésithérapeutes, les pédicures-podologue etc. Ces professionnels, libéraux ou salariés, exercent à titre individuel en cabinet, en groupe ou de manière coordonnée en maison ou centre de santé. »

Les généralistes, les infirmières, les laboratoires, acteurs de santé de première ligne, ont été mis à l’écart de la prise en charge de l’épidémie par les pouvoirs publics. Raréfier l’offre de soins, déjà bien, maigre (dépistage, prévention, traitement) a participé aux très mauvais résultats sanitaires en France.

Le bilan complet de l’épidémie devra prendre en compte les personnes qui ne se sont pas rendues dans les cabinets médicaux de médecine générale ou spécialisée, pour des pathologies aiguës ou chroniques qui auraient nécessité une prise en charge rigoureuse. Parmi ces personnes certaines sont décédées ou décéderont, d’autres ont vu leur état se santé se détériorer et pourront en garder des séquelles. Il ne devra pas non plus oublier les conséquences humaines délétères de la crise économique.

Pour faire face à cette épidémie les médecins généralistes ont de leur propre chef pris des dispositions pour organiser leur activité. Ils ont prouvé ainsi leur capacité à gérer rapidement les situations difficiles même en cas de défaillance étatique.

Il faut être conscient que cette crise sanitaire a mis à nu la grande misère de la médecine générale française par rapport à la médecine de pays de même niveau de développement. Le monopole d’État a bloqué les évolutions, les innovations au sein des cabinets médicaux.

Pour s’en sortir

Des solutions existent.

L’épidémie COVID-19 a mis, entre autres, en évidence ce qui transparaissait depuis de nombreuses années, l’hospitalo-centrisme de notre système de santé. Ce n’est pas un hasard.

Nous l’avons vu en première partie :

– Le système de santé français est un monopole public. Sa tendance est de privilégier ce qu’il connaît, la fonction publique, au détriment de ce qu’il ne connaît pas et très souvent n’apprécie pas, le secteur privé. C’est pourquoi le monopole d’État néglige le privé.
La grippe H1N1 de 2009 avait déjà vu la mise sur la touche des généralistes et l’installation de « vaccinodromes soviétiformes. »
Le Covid-19 voit cette mise à l’écart se répéter. Lors de son intervention du 28 avril 2020 Édouard Philippe a dit qu’il fallait rationner les masques pour «  réserver le stock existant aux soignants hospitaliers pour garantir la fourniture de ces masques à ceux qui en première ligne auraient à soigner les gens ». Ce qui signifie que dans le subconscient de ces gens-là, les généralistes, les infirmières libérales, les laboratoires de ville, les pharmaciens, n’existent pas, ne sont pas en première ligne et ne soignent pas.

– Pour créer la Sécurité sociale, l’État a détruit ce qui préexistait : charité gratuite, solidarités familiales, sociétés de secours mutuel, assurances.
Ayant construit sa Sécurité sociale sur les ruines de la protection privée il lui restait à soumettre le soin privé. C’est pourquoi il s’est appliqué, au fil des ans, à l’étouffer sous le poids d’une réglementation omniprésente et à l’étrangler financièrement progressivement.

Le privé a perdu ainsi son autonomie tant financière qu’organisationnelle. Cela s’apparente à la manière dont l’école privée a été détruite.

Cela fait très longtemps que l’on parle des relations privé/public. Ce problème ne pourra pas être résolu dans un cadre rigide du monopole public. Ce monopole implique des arbitrages clientélistes.

Toute amélioration ne pourra venir que d’un retour à la responsabilité personnelle et à la liberté économique. Cette liberté économique ne se limite pas aux conditions matérielles. C’est une éthique de vie où la personne humaine est sacrée. Ce qui est en parfaite harmonie avec la médecine.

Les cliniques, comme les hôpitaux, doivent retrouver leur autonomie organisationnelle et financière. Ces structures retrouveraient la responsabilité de leur gestion donc de leur destin. En cas de nécessité elles pourraient coopérer directement sans attendre de subir les décisions d’un tiers détenteur d’un monopole centralisateur.

Les médecins libéraux doivent retrouver la liberté tarifaire et organisationnelle. Les syndicats médicaux doivent faire leur aggiornamento. Tous doivent comprendre que l’État n’est pas leur ami et que la Sécu n’a jamais « solvabilisé la demande ». Ce n’est pas la Sécu qui les nourrit, c’est leur qualité professionnelle.

En bloquant, en gelant par une réglementation étouffante, l’exercice de la médecine en France, l’État a contribué à l’appauvrissement des cabinets médicaux, en termes de revenus, comme de moyens matériels et humains pouvant être mis à la disposition des patients.

Le summum de l’appauvrissement étant les déserts médicaux, les files d’attentes aux urgences et pour avoir un rendez-vous, le manque de médicaments, de masques, de respirateurs etc. Cela s’appelle la pénurie de soins. L’épidémie de Covid-19 l’a mise à nu.

Cette liberté tarifaire et organisationnelle des médecins devra être harmonique avec la liberté de choix de leurs patients. Cette liberté de choix s’appuiera sur un Compte épargne santé et une Assurance santé. L’un et l’autre pouvant être souscrits auprès du même organisme. Il n’y aura plus alors qu’un seul interlocuteur au lieu de deux, Sécu et mutuelles. Ce dispositif sera complété par un fonds de solidarité pour les plus démunis. Corollaire : les prélèvements obligatoires seront faibles et la quasi- intégralité des revenus laissée aux Français.

Les socialistes sont dogmatiques. Ils sont dans l’émotionnel et fuient la réalité qui est leur ennemie. C’est pourquoi les grands sentiments leur suffisent. Personne ne leur demande de trouver un pays où leur idéologie contribue au bonheur des individus :  il n’existe pas.

Les libéraux doivent sans cesse prouver que leurs idées sont les bonnes. Chacun sera heureux d’apprendre que ce type de système de santé existe à Singapour avec Medisave (Compte épargne santé), Medishield (Assurance santé), Medifund (Fond de solidarité)1 et qu’il est très performant.

Le pays dispose d’un très haut niveau de vie. Avec une population de 5,639 millions d’habitants soient 7876 habitants au kmau 7 mai il comptait 20 décès liés à SARS-coV2.

Conclusion

Quand les soins sont rationnés en situation normale, il ne faut pas s’attendre à des merveilles en situation exceptionnelle. Tant que la France gardera son système, dont le but est, en circonstances habituelles, le rationnement des soins, il lui sera toujours impossible de faire face à une crise sanitaire, fût-elle médicalement parfaitement gérable.

Il n’a échappé à personne que pour « l’après Covid-19 » beaucoup de politiciens, d’intellectuels, d’ONG nous promettent un avenir totalitaire vert, noir ou rouge

Si nous voulons y échapper il faut être extrêmement vigilants et actifs. La seule solution pour retrouver des soins généreux et accessibles à tous s’appelle la liberté économique qui repose sur la responsabilité individuelle. Elle n’est pas l’adversaire de la santé, bien au contraire. Elle apporte la prospérité, l’abondance de moyens, les innovations, la sécurité dans le secteur sanitaire comme en dehors de ce secteur.

« La fraternité est spontanée, ou n’est pas. La décréter, c’est l’anéantir. […] Ah ! sans doute, la fraternité, c’est la chaîne divine qui, à la longue, confondra dans l’unité les individus, les familles, les nations et les races ; mais c’est à la condition de rester ce qu’elle est, c’est-à-dire le plus libre, le plus spontané, le plus volontaire, le plus méritoire, le plus religieux des sentiments. Ce n’est pas son masque qui accomplira le prodige, et la spoliation légale aura beau emprunter le nom de la fraternité, et sa figure, et ses formules, et ses insignes ; elle ne sera jamais qu’un principe de discorde, de confusion, de prétentions injustes, d’effroi, de misère, d’inertie et de haines. » Frédéric Bastiat, Justice et Fraternité. (1848)

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