Les déserts médicaux ne sont pas près de disparaître

No car à Paris byGuilhem Vellut(CC BY 2.0)

Les déserts médicaux ont une cause : le fait que l’État ne cesse d’entraver la liberté des médecins en intervenant en permanence dans la législation.

Par Patrick de Casanove.

Le 13 octobre 2017 le Premier ministre Édouard Philippe et le ministre de la Santé Agnès Buzyn ont annoncé un nouveau plan de lutte contre les déserts médicaux.

Les déserts médicaux, c’est quoi exactement ?

Ce que les Français comprennent habituellement par désert médical est un territoire rural, peu peuplé, dépourvu de médecins, en particulier de médecins généralistes. Le problème est alors de médicaliser ce désert, mal desservi, abandonné par les pouvoirs publics, (la poste, la gendarmerie, l’école…) par les commerces, les jeunes actifs etc.

Mais les déserts médicaux, ce n’est pas que cela.

Ce sont aussi des spécialités, autres que la médecine générale, qui manquent sur le terrain et pour lesquelles les délais de consultation augmentent, même dans les zones dites bien pourvues. La file d’attente a toujours été un moyen de gérer la pénurie.

C’est aussi Paris, qui n’est pas un désert rural, mais qui a perdu un quart de ses généralistes en neuf ans. Le coût de l’immobilier y est tellement élevé par rapport aux recettes des médecins, qu’ils ont bien du mal à trouver un local. Ce n’est pas tout.

Jusqu’à plus ample informé, pour l’instant, de manière générale, il faut encore que le patient se rende à un cabinet médical. Cabinet à proximité duquel il devrait pouvoir stationner si besoin, et le médecin garer sa voiture.

Parfois il est nécessaire que le médecin se déplace au chevet du malade. Les restrictions draconiennes à la circulation automobile et au stationnement, retrouvées dans bien des villes, ne sont pas sans influence sur le départ des médecins des centres ville.

Un nombre important de médecins sur un territoire comme Paris ne veut pas dire qu’il n’y a pas désertification. Beaucoup, comme certains MEP (Médecins dit « à Exercice Particulier »),  peuvent ne pas être des médecins de premiers recours.

C’est encore le temps administratif, de plus en plus important, qui dévore le temps de soin. Quand le praticien perd son temps de médecin dans l’administratif, le temps disponible pour le soin est réduit, ce qui concourt aussi à la pénurie.

Bien des causes sont évoquées dans ce phénomène (numerus clausus, féminisation, recherche d’une meilleure qualité de vie par les praticiens, etc…)

Quelle est la véritable cause des déserts médicaux ?

Un indice, on lit sur 20minutes.fr :

La France n’a jamais compté autant de médecins, mais certains territoires font face à une pénurie de généralistes.

L’existence, à la fois, d’un nombre important de médecins et de déserts médicaux est une caractéristique d’une économie socialiste où, faute d’information fiable (que sont les prix libres) l’offre et la demande ne peuvent s’ajuster.

D’où surproduction d’un côté et pénurie de l’autre. Cela vaut pour tous les versants de l’économie, des produits de consommation aux services médicaux.

La pénurie est la signature d’une économie socialiste. Elle en est la conséquence logique et inéluctable : le socialisme détruit le signal des prix et les incitations productives.

La contrainte est la caractéristique d’une économie socialiste. Nous avons le monopole de la Sécu, l’URSSAF et un gigantesque arsenal répressif pour faire tenir le système de protection sociale à la française.

En fait, personne ne sait s’il y a trop ou pas assez de médecins

Le désert médical n’est pas automatiquement synonyme de manque de médecins, ni même de manque de médecins généralistes.

Si dans les déserts médicaux on déplore essentiellement le manque de généralistes c’est parce que ce sont les médecins de premier recours, donc très visibles. Mais ce sont aussi les médecins parmi les plus mal lotis du système, que ce soit pour leurs conditions de travail, matérielles et psychologiques, ou de  rémunération. Conditions et rémunérations qui n’ont rien d’incitatif puisque les jeunes étudiants désertent cette spécialité, qui n’a d’ailleurs de spécialité que le titre.

En vérité, faute d’informations fiables que sont les prix, personne ne sait s’il y a suffisamment ou pas de médecins en France. Personne ne sait non plus si les dépenses de santé sans cesse croissantes sont un témoignage d’un secteur dynamique, innovant et en expansion ou la conséquence de gaspillages structurels abyssaux.

Et les causes des déserts médicaux dont on ne parle pas ?

Le désert médical existe parce qu’aucun prix n’est libre dans notre pays, nous l’avons évoqué. Ce qu’en France on nomme les prix sont des marqueurs politiques et administratifs.  Or les prix sont des informations sur l’offre et la demande dans leurs moindres détails.

Le désert médical existe parce que les gouvernements, les médias, les syndicats médicaux nomment « incitation » ce qui n’en est pas. Ce sont des individus qui échangent des services et, par conséquent, déterminent leur valeur. Or la valeur est subjective nous dit Frédéric Bastiat. Elle dépend du service échangé et des personnes qui échangent. Chaque personne est un cas particulier, chaque échange est donc unique. Une incitation ne peut être appréciée qu’individuellement et subjectivement.

Les dites incitations mises en place par l’État ne sont que des outils collectivistes. Elles ne donnent pas les résultats escomptés parce qu’elles ne tiennent pas compte de la diversité humaine, de l’action humaine et, qu’au final, ce sont les individus qui agissent. Chacun est plus ou moins sensible à une même incitation. Ce qui est une incitation pour un politicien peut ne pas l’être pour un médecin, qui mettra dans la balance beaucoup d’éléments qui lui sont propres.

Le désert médical existe parce que l’État, en intervenant dans l’économie, ici l’échange de services « soins -santé», brise l’harmonie des échanges. Son intervention se traduit par des réglementations intempestives et nocives.  Par exemple, la tarte à la crème du numerus clausus insuffisant alors qu’il est inadapté dans son principe même.

Le désert médical, traduction concrète de la pénurie de soins, est toujours la conséquence du socialisme.

Accordons-nous sur les mots :

C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, droit au travail, droit au profit, droit au salaire, droit à l’assistance, droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme. La Loi (1850)

Plusieurs années de politique de lutte contre les déserts médicaux

Le plan du 13 octobre : « Doubler le nombre des maisons de santé pluriprofessionnelles, accélérer le recours la télémédecine, développer des « consultations avancées », faciliter le cumul emploi-retraite des médecins libéraux, permettre des « exercices partagés », généraliser le contrat de médecin adjoint » n’est qu’un catalogue, sans originalité, de mesures techniques prises par des technocrates et des politiciens, après d’autres catalogues de mesures techniques, tels que le Pacte territoire-santé du 13 décembre 2012 décidé sous le mandat Hollande et porté par Marisol Touraine. En voici un résumé :

  • Changer la formation et faciliter l’installation des jeunes médecins1
  • Transformer les conditions d’exercice des professionnels de santé2
  • Investir dans les territoires isolés3

Cinq ans plus tard chacun peut juger la remarquable efficacité de ce plan. Le gouvernement actuel ne tire aucune leçon des échecs antérieurs. Il est permis de penser que le plan d’Édouard Philippe, qui est parfois le copier-coller de celui de Marisol Touraine, connaîtra le même succès.

Ce n’est pas tout. On lit dans La Croix :

Convention médicale signée le 25 août 2016 entre l’assurance-maladie et trois syndicats de médecins. Ce texte prévoit que tout nouvel arrivant dans une zone sous dotée pourra bénéficier d’une aide de 50 000 €, versée en deux fois. À condition de signer un contrat d’engagement de 5 ans. En 2005, l’assurance-maladie avait instauré une majoration des honoraires de 20 % pour les médecins exerçant en groupe dans les zones déficitaires. Selon la Cour des comptes, la mesure a coûté cher : 20 millions d’euros en 2010 pour seulement 50 professionnels installés en quatre ans. C’est la même logique qui anime le ministère de la Santé qui, depuis 2014, propose des contrats visant à « sécuriser les premiers mois » d’une installation dans un désert médical. S’il n’assure pas assez de consultations, le médecin bénéficie d’un complément de revenus lui permettant de gagner au moins 6 900 € brut par mois pendant deux ans. Depuis 2014, ils sont 650 à avoir déjà signé un contrat de ce type.

Les collectivités locales mettent la main à la poche. On lit dans le même article :

Alain Ouiste, le maire de Mareuil-sur-Belle, commune de 1 100 habitants.
Il y a six ans, ce village disposait de cinq médecins. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un seul, âgé de 64 ans. « Bref, c’est la catastrophe car on est dans un bassin de vie de 5 000 habitants », explique Alain Ouiste, convaincu que sa commune a de solides atouts à faire valoir. « On a une maison de santé avec un kiné, un podologue, trois infirmières, un orthophoniste… Mais nos trois cabinets médicaux restent vides. Pourtant, financièrement, c’est attractif. Les praticiens pourraient louer ce cabinet pour 300 € par mois. Ils auraient leur matériel informatique payé par l’Agence régionale de santé (ARS) et le matériel médical financé par la communauté de communes », détaille le maire.

Ici aussi on constate que ce qui est une incitation pour ce maire ne l’est pas pour un médecin.

Le socialisme n’est jamais remis en cause

Ces catalogues ne sont que des changements de réglementions, des mesures paramétriques dérisoires devant l’ampleur du problème. Le socialisme est le point commun de toutes ces mesures.  Or le socialisme est en place dans notre pays depuis les ordonnances de 45 qui ont créé notre système de protection sociale. C’est à cela qu’il faut mettre fin. La France n’en prend pas le chemin.

La spoliation légale a pour corollaire la contrainte, la force, la violence légale.

La France forme suffisamment de médecins. Leur nombre se situe dans la moyenne haute de l’OCDE. Mais où le bât blesse, c’est dans leur répartition sur le territoire. À titre d’exemple, on dénombre à Paris 798 médecins pour 100 000 habitants, alors que dans le département de l’Eure, ils ne sont que 180 pour 100 000 habitants.

http://www.gouvernement.fr/action/la-lutte-contre-les-deserts-medicaux

D’où la tentation des vases communicants : prendre arbitrairement là où il y a trop pour mettre là où il n’y a pas assez. Bien entendu ce sont les hommes de l’État qui déterminent le trop et le pas assez. Le socialisme  considère la société comme une mécanique, dont on peut modifier les réglages en jouant sur quelques leviers, et les individus qui la composent comme des rouages interchangeables. Les projets de vie des gens sont balayés d’un revers de main au nom de « l’intérêt général »

D’où la tentation de la coercition, logique et inévitable dans leur raisonnement collectiviste. « Déserts médicaux : un catalogue de solutions sans mesures coercitives » regrette Le Monde. 

Les élus locaux sont sur la même longueur d’onde, dans le Courrier des maires :

Je crois à la liberté ».4 En une petite phrase, Édouard Philippe a rapidement douché les espoirs des acteurs locaux qui attendaient du Plan de lutte contre les déserts médicaux, annoncé par le Premier ministre lors de son discours de politique générale, des mesures coercitives sur l’installation des médecins libéraux.

Cela revient à traiter les professionnels de santé comme des gosses incapables de s’organiser, de choisir librement, d’être responsables de leurs choix, comme de leurs vies, aussi bien professionnelles que privées. Une minorité, qui a le pouvoir, demande à confisquer la vie d’autres personnes, pour corriger les échecs d’une politique étatique dont ils sont responsables. Nous sommes bien sur La route de la servitude.

Des solutions contre les déserts médicaux ?

Toutes les mesures prises par les gouvernements successifs ne font que singer le marché. Le système de libre échange soumis à la responsabilité personnelle et à la concurrence, reposant sur l’offre et de la demande pour aboutir à un profit mutuel,  est remplacé par la planification, l’irresponsabilité collective et  un système récompense-punition étatiques. Or,

On peut affirmer encore que, grâce à la non-intervention de l’État dans des affaires privées, les Besoins et les Satisfactions se développeraient dans l’ordre naturel. La Loi (1850)

La solution consiste à redonner toute leur place aux échanges libres entre les hommes.5

Il faut en finir avec les ordonnances de 45, mettre fin au monopole de la Sécurité sociale, rendre aux gens la liberté de choisir.

Pour cela ils doivent pouvoir jouir de l’intégralité de leurs revenus (pour un salarié c’est le salaire complet), et n’avoir qu’un seul prélèvement minimum proportionnel. Les prix des services de soins doivent être libres pour qu’ils retrouvent le rôle d’information que l’État n’aurait jamais dû leur enlever. Il faut un filet de sécurité sous forme d’un chèque assurance-soins pour les personnes en difficulté.

En ce qui concerne l’organisation territoriale des soins et la disparition des déserts médicaux qui est l’objet de cet article il faut rendre la responsabilité de leur vie aux médecins, faire confiance à l’initiative individuelle et à l’innovation. Laisser jouer la liberté de choix entre les différentes organisations de cabinets et de structures de soins, afin que chaque patient puisse choisir ce qui lui convient le mieux. Chaque médecin et patient saura exactement ce qu’est pour lui une incitation. Chaque patient saura si le service rendu par le professionnel vaut le prix demandé et choisira en conséquence.

Il faut respecter les projets de vie des personnes.

En une phrase l’État doit se limiter à défendre les droits naturels individuels qui sont la Liberté, la Propriété la Personnalité.

Pour moi, je pense que lorsque le pouvoir a garanti à chacun le libre exercice et le produit de ses facultés, réprimé l’abus qu’on en peut faire, maintenu l’ordre, assuré l’indépendance nationale et exécuté certains travaux d’utilité publique au-dessus des forces individuelles, il a rempli à peu près toute sa tâche.

En dehors de ce cercle, religion, éducation, association, travail, échanges, tout appartient au domaine de l’activité privée, sous l’œil de l’autorité publique, qui ne doit avoir qu’une mission de surveillance et de répression. » Frédéric Bastiat Profession de foi électorale de 1848.

La propriété, le droit de jouir du fruit de son travail, le droit de travailler, de se développer, d’exercer ses facultés, comme on l’entend, sans que l’État intervienne autrement que par son action protectrice, c’est la liberté »  Propriété et loi (1848).

  1.  Pour les étudiants : 1 500 Contrats d’engagement de service public d’ici à 2017. Un stage en médecine générale pour 100 % des étudiants d’ici à 2017.
    Pour les jeunes médecins : encourager l’activité de nouveaux médecins dans les territoires manquant de professionnels de santé grâce au contrat de Praticien territorial de médecine générale (PTMG). Un référent installation dans chaque région. Les Agences régionales de santé (ARS) sont désormais dotées d’un référent installation.
  2.  Développer le travail en équipe 1000 Maisons de santé en service en 2017 ; Rapprocher les maisons de santé des universités, rapprocher des lieux de formation et des lieux de soin. Développer la télémédecine ; Accélérer les transferts de compétences.
  3.  L’accès aux soins urgents en moins de 30 minutes d’ici à 2015, 600 médecins correspondants du Samu fin 2015.
    Permettre aux professionnels hospitaliers et salariés d’appuyer les structures ambulatoires. Pour renforcer l’offre médicale de proximité, des dispositifs sont déployés dans les zones isolées.
    Adapter les hôpitaux de proximité et responsabiliser les centres hospitaliers de niveau régional à l’égard de leur territoire.
    Conforter les centres de santé : Le rapport de l’Igas, remis en juillet 2013, a mis en évidence l’utilité des centres dans l’offre de soins et la nécessité d’adapter leurs modalités de rémunération. Une concertation nationale entre les représentants des centres de santé et le ministère de la Santé a été mise place.
  4.  On appréciera l’humour !
  5.  « Tous les intérêts légitimes sont harmoniques. Tous ceux qui adopteront ce point de départ : les intérêts sont harmoniques, seront aussi d’accord sur la solution pratique du problème social : s’abstenir de les contrarier et de déplacer les intérêts. Il ne faut pas étendre artificiellement la solidarité de manière à détruire la responsabilité ; en d’autres termes, il faut respecter la liberté. À la jeunesse française (1850).