Le sénat refuse d’endosser la responsabilité du déconfinement

Edouard Philippe-2 By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

Le sénat ne veut pas partager la responsabilité politique d’un déconfinement qui s’annonce chaotique.

Par Frédéric Mas.

Ils n’étaient pas très nombreux sur les bancs du sénat hier. Ceux qui avaient fait le déplacement pour participer au vote consultatif prévu par l’article 50-1 de la Constitution se sont en majorité prononcés contre le plan de déconfinement proposé par Édouard Philippe la semaine dernière. 135 sénateurs LR se sont abstenus, 7 ont voté pour, et 89 élus, essentiellement socialistes et communistes, s’y sont opposés.

Le Premier ministre fit appel au sens de la responsabilité des sénateurs, les empressant de voter comme leurs collègues parlementaires qui ont soutenu en masse l’exécutif. « Le moment est critique » reconnut-il, car le pays confiné est au bord de la catastrophe économique et sociale.

Les études le confirment : la récession en France est beaucoup plus violente que celle de ses voisins. Au premier semestre 2020, le pays devrait connaître une chute de 5,8 % de son PIB, soit la pire dégringolade de la zone euro.

Les raisons d’une catastrophe économique

Les raisons d’une telle catastrophe ? Un confinement strict pris dans la précipitation, qui a mis des millions de Français au chômage partiel et précipité la destruction du secteur touristique. Les raisons sanitaires et de solidarité envers les plus faibles et le personnel soignant invoquées pour la « mise entre parenthèses » de notre vie sociale et économique étaient sans doute raisonnables, et très certainement évitables1, et surtout devaient s’accompagner d’une réflexion sur le déconfinement le plus rapide possible.

Idéalement, confiner n’avait de sens que comme mesure temporaire courte et orientée vers le déconfinement, c’est-à-dire le retour à la vie normale ou du moins à une vie où la liberté de circuler et de commercer s’organise dans les meilleures conditions possibles.

Or, comme l’ont rappelé les interventions des sénateurs, l’impréparation de l’État face à la crise sanitaire comme la mise en œuvre problématique du déconfinement pourraient saper les efforts des pouvoirs publics pour contenir la progression du virus. De plus, les erreurs politiques du gouvernement ont largement entamé sa crédibilité aux yeux de l’opinion publique.

Reste que le confinement est en train de détruire la vie sociale et économique du pays, et habitue graduellement les citoyens à la servitude et à l’arbitraire d’un État dopé à l’« état d’urgence sanitaire ». L’appel au secours d’Édouard Philippe, sur le moment, c’était aussi celui des milliers d’entreprises qui vont devoir déposer le bilan après le 11 mai et de facto détruire des millions d’emplois.

Le sénat ne veut pas partager la responsabilité politique d’un déconfinement qui s’annonce chaotique. Judiciairement, les sénateurs se font du souci pour les élus locaux dont ils défendent les intérêts. Ils vont prochainement demander une meilleure protection des maires qui vont se retrouver en première ligne avec le déconfinement des écoles.

En effet, en cas de défaillance de l’État dans le cas du déconfinement des écoles, la responsabilité pénale des maires risque d’être engagée. Politiquement, impliquer les collectivités locales dans l’exécution du plan gouvernemental permet aussi de partager la responsabilité de sa réussite comme de son échec avec l’ensemble du spectre politique.

Une stratégie politique risquée pour les sénateurs

Dans les deux cas, échec comme réussite, l’opération d’« union nationale » aurait joué en faveur du président de la République et de sa formation politique La République en Marche. En cas de réussite, le sénat aurait gardé l’image de suiveur d’un exécutif détesté ; en cas d’échec, l’exécutif aurait pu se désolidariser de lui. Le calcul politique était donc vite fait.

Seulement toute cette lourdeur de fonctionnement entre les différents niveaux de l’État n’aurait sans doute pas vu le jour si le politique en France ne s’était pas institué arbitre de la société civile à tous les niveaux de son organisation. De la base au sommet, les élus ont cherché à se rendre indispensables dans la vie quotidienne des individus : trop d’échelons d’administratifs, trop d’établissements publics qui devraient être de la responsabilité des citoyens eux-mêmes, en un mot l’extrême politisation du pays aujourd’hui empêche le consensus sur les solutions à adopter pour sortir de la crise. Il y a pourtant urgence : l’après-crise sanitaire s’annonce plus dur que le confinement lui-même.

  1. Le confinement, après tout, n’est devenu nécessaire que pour rattraper les erreurs politiques des gouvernements successifs et pour pallier la pétrification bureaucratique de l’hôpital.
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