Du confinement évitable au déconfinement problématique (1)

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À l’heure où Emmanuel Macron organise le déconfinement, revenons sur l’impréparation et la cascade de décisions inappropriées de l’État quant au confinement évitable que subissent les citoyens français.

Par Patrick de Casanove.

Partie I : le confinement

On entend parfois qu’il était difficile d’imaginer une épidémie de cette ampleur, parce qu’il s’agit d’un nouveau coronavirus, pour lequel l’humanité n’a pas d’expérience. Certes. Mais si c’était vrai, il faudrait être sacrément inquiet, parce que des épidémies avec de nouveaux germes, l’Humanité en connaîtra d’autres. Certains probablement bien plus agressifs que SARS-coV2.

L’Humanité a l’expérience des épidémies et les médecins savent ce qui est nécessaire pour rompre la chaîne de contamination. Même si ce n’est pas facile cela reste valable quelle que soit l’épidémie. L’Humanité a aujourd’hui beaucoup de moyens et, espérons-le, en aura encore plus demain.

Ce qui était surtout difficile à imaginer c’était l’impréparation et la cascade de décisions inappropriées de l’État, qui précipiteraient la France dans une crise autrement plus grave que le Covid-19 lui même.

Ce que révèle le Covid-19 c’est que l’État-providence s’est effondré comme un château de cartes. L’État stratège s’est lamentablement « viandé ».

Une épidémie maîtrisable

L’épidémie en elle-même était médicalement maîtrisable, sans confinement collectif. Bien des pays l’ont fait : Corée du Sud, Taïwan, Singapour, mais aussi le Vietnam présenté comme moins développé que nous, ou Hong Kong.

Bien gérée l’épidémie s’est révélée peu meurtrière.

Malheureusement en France, elle n’a pas été gérée médicalement. L’État n’a pas mis en pratique les principes basiques nécessaires à la rupture de la chaîne de contamination. Il ne s’est pas appuyé sur les acteurs de terrain. Il a traité l’épidémie politiquement et de manière centralisée.

Les politiciens ont l’entière responsabilité de l’épreuve que nous traversons.

Face à l’épidémie de SARS-coV2 la France était et reste démunie. Les Français sont enfermés à cause de l’incurie de l’État, pas à cause de Covid-19.

Ne pas perdre la face

Bien sûr tout le monde peut se tromper. Il faut tenir compte du facteur humain qui est faillible. Au début, il est possible de mal interpréter les données disponibles. Les réactions face à un événement sont prises en fonction de la culture, de la mémoire, du contexte, de l’émotivité des décideurs ou de leurs conseillers.

Mais, en cas d’erreur, il est toujours possible de corriger. Or les Hommes de l’État, quand ils se trompent, ne corrigent pas leurs erreurs. C’est vrai sur le terrain sanitaire comme sur le terrain économique. Ils ne modifient pas leur comportement au fur et à mesure que la réalité du terrain s’impose, à eux comme à tous.

Quand Emmanuel Macron dit « Nous en tirerons toutes les conséquences, en temps voulu, quand il s’agira de nous réorganiser », c’est une ineptie. C’est tout de suite qu’il faut commencer à corriger et ne pas laisser perdurer les erreurs, au risque d’en faire des fautes dont les conséquences dramatiques auraient pu être évitées.

Le problème initial vient du fait que les Hommes de l’État ont affirmé que la France était prête à faire face à Covid-19. Version moderne de « Il ne manque pas un bouton de guêtre ». À partir de là, ils ont été préoccupés par l’idée de ne pas se contredire ni perdre la face.

Un exemple simple peut être donné par la trop longue Adresse aux Français du 13 avril où, dès le début, Emmanuel Macron ne dit pas la vérité.

Quand, dès 3 minutes 30, il affirme « comme tous les pays du monde, nous avons manqué de blouses, de gants, de gels hydroalcooliques », c’est un mensonge. Les pays ou l’épidémie a été vaincue avaient, et ont encore, ces dispositifs en abondance.

Quand, dès 3 minutes 59, il prétend « il est difficile d’entendre qu’une pénurie mondiale empêche les livraisons », c’est encore un mensonge. Les Hommes de l’État ont sans cesse contribué à aggraver la pénurie en France.

Pour ne parler que des masques, la pénurie a été considérablement accrue par la politique de réquisition de l’État au détriment de la population, au détriment d’entreprises privées de pays amis ou au détriment des régions par des confiscations sur les aéroports. Pire que les Américains qui, eux, surenchérissent.

Cadenasser la société civile

Non seulement le gouvernement fait des erreurs et s’y accroche, mais il empêche les gens de les corriger. Le problème en France est que les Hommes de l’État sont tellement imbus d’eux-mêmes qu’il ne se remettent jamais en question.

Au nom du principe, très français, qui veut que l’État ne se trompe jamais et que les Français sont incapables de gérer convenablement leur vie. La culture collectiviste centralisatrice est tellement ancrée qu’elle interdit les adaptations à l’épidémie qui viendraient du terrain.

Surtout quand il s’agit de pallier ou corriger l’incurie du pouvoir. C’est un crime de lèse-majesté. Le politicien ne peut pas supporter d’être ainsi pris en flagrant délit de nullité. Nous assistons à la lutte de l’initiative individuelle et de l’adaptabilité, contre le centralisme et la rigidité.

Par exemple, au début de l’épidémie,

  • l’utilisation des tests diagnostics étaient sévèrement codifiée et restreinte,
  • la fabrication de solutés hydroalcooliques était réservée à des structures agréées mais interdites en dehors, même aux pharmaciens.

Autre exemple : après avoir, il y a quelques semaines, drastiquement réglementé l’utilisation du seul traitement qui pourrait être efficace, la fameuse Chloroquine/hydroxychloroquine, voilà que pour la même raison (pas de consensus scientifique), il ne systématise pas aujourd’hui le port du masque. Malgré les faits et les avantages de le porter systématiquement, très bien synthétisés par l‘Académie de médecine.

Non seulement le gouvernement ne demande pas de porter le masque, mais il attaque les maires qui veulent l’imposer sur leur commune.

Sur demande de Christophe Castaner, les arrêtés des maires sont retoqués au contrôle de légalité..

Un zèle mal venu

Quand ce n’est pas l’État, il y a toujours des gens pour empirer les choses.

Pour la Ligue des Droits de l’Homme, le port du masque systématique serait une atteinte intolérable à la liberté de circuler, et le tribunal administratif lui donne raison. Le Conseil d’État également. On lit dans son ordonnance du 17 avril 2020 : « L’arrêté contesté porte une atteinte immédiate à la liberté d’aller et venir et à la liberté personnelle des personnes appelées à se déplacer sur le territoire de la commune de Sceaux. »

Porter un masque porterait atteinte à la liberté d’aller et venir mais le confinement, qui est un enfermement, ne le ferait pas. Pourtant porter un masque permet d’alléger le confinement et de rendre la liberté d’aller et venir à la population. (Voir l’Adresse aux Français du 13 avril). Il n’est pas inutile de remarquer que la Ligue des Droits de l’Homme n’a jamais brillé par la défense des droits naturels (personnalité, liberté, propriété) en France.

Pour l’Union syndicale Solidaires (Sud) il y aurait des problèmes de sécurité pour les employés d’Amazon et cette entreprise devrait se contenter d’envoyer des produits essentiels. Elle a été suivie  par le tribunal de Nanterre. Triste victoire syndicale au détriment des personnes confinées qui ne sont même plus jugées aptes à choisir ce qui leur est nécessaire pour tenir pendant l’enfermement. C’est un syndicat qui décide pour elles.

Même les forces de l’ordre s’y mettent pour empêcher :

Outre le côté inhumain, les personnes sont considérées comme incapables de juger correctement ce qui est important pour elles. Il est du ressort des forces de l’ordre de le déterminer.

Cela met en évidence que la France est un pays où la loi est tellement pervertie que toute notion du juste et de l’injuste a disparu, ou est en voie de disparition. Cette notion est remplacée par ce qui est légal ou ne l’est pas.

Il ne pouvait donc s’introduire dans la Société un plus grand changement et un plus grand malheur que celui-là : la Loi convertie en instrument de spoliation. Quelles sont les conséquences d’une telle perturbation. Il faudrait des volumes pour les décrire toutes. Contentons-nous d’indiquer les plus saillantes. La première, c’est d’effacer dans les consciences la notion du juste et de l’injuste.
Frédéric Bastiat, La Loi (1850) 

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