Coronavirus : la crise amplifie les divisions entre États

Viktor Orbán By: European People's Party - CC BY 2.0

Les divisions et tensions mises en avant actuellement ne sont pas nées lors de cette crise, elles existent depuis plusieurs années et montrent ainsi des causes plus profondes.

Par Alexandre Massaux.

Accusation de coup d’État en Hongrie, critiques à l’encontre des Pays-Bas qui refusent les coronabonds, perte de confiance envers l’Union Européenne (UE) en Italie : l’actualité médiatique nous dresse le portrait d’une Europe divisée en pleine crise. Cette situation crée des inquiétudes concernant la gestion de crise au niveau européen. L’image envoyée est celle de tensions entre les différents membres de l’UE et tend à fragiliser cette dernière. Qu’en est-il vraiment et quelles solutions peuvent être proposées ?

Des divisions qui ne sont pas nouvelles

Les divisions et tensions mises en avant actuellement ne sont pas nées lors de cette crise, elles existent depuis plusieurs années et montrent ainsi des causes plus profondes.

Le renforcement des pouvoirs du gouvernement hongrois a commencé dès les années 2010. Viktor Orban, connu pour son admiration pour les figures conservatrices, ne cache pas vouloir accomplir un tournant gaulliste dans la politique hongroise. Si on peut arguer que De Gaulle a dirigé à une autre époque et dans un autre contexte, cette nostalgie reste présente en France comme dans un certain nombre de pays, et contribue à expliquer ce choix de politiques chez Viktor Orban.

Concernant les Pays-Bas, leur opposition aux politiques dépensières promues par d’autres États membres de l’UE existe depuis le Brexit. À la fois membre des Frugal Five et de la nouvelle ligue hanséatique, Amsterdam tend à être le porte-parole de ces deux groupes qui prônent une gestion rigoureuse des dépenses publiques au niveau européen.

Une position qui fait écho à la situation économique interne de ces pays. Dès lors, le refus des coronabonds par le Premier ministre néerlandais Mark Rutte n’est absolument pas une nouveauté, celui-ci s’étant opposé à la France sur le budget commun de la zone euro dès 2018 et aux pays du sud et de l’est au début 2020 sur l’élaboration du nouveau budget de l’UE.

Le danger de chercher des boucs émissaires

Du fait de la situation d’urgence liée à la crise du Covid-19, ces divergences prennent une ampleur politique plus accentuée qu’à la normale. Néanmoins, les critiques trahissent une envie de trouver des boucs émissaires. L’Europe de l’ouest s’exaspère de la politique d’Orban qui a renforcé son pouvoir tout en étant le second bénéficiaire net des aides européennes. L’Europe du sud, région la plus touchée par le coronavirus sur le continent, critique les Pays-Bas et les autres Frugal Five pour leur manque de solidarité.

Le problème étant que cette attitude politique ne conduira qu’à la division de l’UE. S’il est vrai que les libertés publiques ont baissé en Hongrie, la crise du coronavirus a abouti à des restrictions de libertés dans la plupart des pays d’Europe et en Amérique du Nord. Certes, certains aspects de la loi hongroise dans la lutte contre le coronavirus sont problématiques dans leur application comme les un à cinq ans d’emprisonnement pour propagation de fausses nouvelles (la loi anti fake-news française, tout aussi critiquable sur son principe, n’est pas aussi sévère et ne prévoit pas de la prison). Néanmoins, est-il judicieux de se concentrer sur Viktor Orban à l’heure où la plupart des pays européens ont fermé leurs frontières et restreint la circulation des personnes ?

De la même manière, est-ce le moment de se focaliser sur le manque de solidarité des Frugal Five alors qu’ils représentent à eux seuls la moitié des contributions nettes au budget européen et qu’ils sont donc essentiels pour relancer la machine européenne ?

Le respect du droit comme solution

Si l’UE et ses membres veulent sortir de ce marasme politique, une des solutions serait juridique : le respect des règles de droits au niveau européen et national par tous ses membres. Le non-respect des règles budgétaires européennes par un grand nombre d’États (qui pourtant les ont votées au début) a conduit à cette situation dans laquelle les États qui se sont montrés précautionneux dans ce domaine sont désormais réticents à aider les autres.

De la même manière, la Hongrie et la Pologne ont souvent pointé du doigt le relâchement du respect de l’État de droit dans les pays d’Europe de l’ouest comme la France pour justifier leur politique. Il leur aurait été plus difficile de tenir ce discours si l’Europe de l’ouest montrait l’exemple.

Par conséquent au lieu de multiplier les normes, il conviendrait de revenir à des bases fondamentales juridiques et s’assurer du respect de celles-ci. C’est de cette manière que l’UE et ses membres pourront relever les défis actuels et futurs.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.