Pouvons-nous surmonter la crise économique ?

money by Hans Splinter (CC BY-ND 2.0) — Hans Splinter , CC-BY

Nous avons actuellement un choc sanitaire avec des conséquences négatives sur la production. Il est vain de penser qu’une politique économique ou monétaire peut aider à surmonter les problèmes.

Par Pascal Salin.

Il est malheureusement évident qu’il y a actuellement une crise économique, susceptible de se développer pendant un certain temps, en France comme dans la plupart des pays du monde.

Les crises économiques sont des événements qui apparaissent de temps en temps. De manière générale, elles sont dues à un choc de grande dimension. Le plus souvent ces chocs sont dûs à la politique économique ou à la politique monétaire.

En effet les États ont des activités de grande dimension de telle sorte que les chocs qui en proviennent affectent un très grand nombre d’activités productives. C’est ainsi que la crise économique précédente – celle de 2008 – a eu pour origine l’instabilité de la politique monétaire des États-Unis, mais aussi de la Banque centrale européenne et d’autres banques centrales dans le monde.

La crise actuelle a une cause totalement différente – et en fait plus rare – à savoir, comme on le sait bien, la diffusion dans le monde entier du coronavirus. Les causes de ces deux crises sont donc extrêmement différentes. Or nous devrions admettre de manière logique que, pour résoudre un problème, il faut en connaître les causes et que à causes différentes, remèdes différents.

L’idée fausse de la relance aux États-Unis et en Allemagne

Mais il existe malheureusement des préjugés dans ce domaine, en particulier l’idée dominante de l’opinion publique et des politiciens selon laquelle l’activité économique peut être stimulée — et donc une crise économique surmontée – en augmentant la demande globale, ce qui implique par exemple une augmentation des dépenses publiques ou une politique monétaire expansionniste.

II serait trop long de le faire dans le présent texte, mais on peut démontrer que la politique de demande globale est incapable d’aboutir aux conséquences positives qu’on lui attribue et même que le concept de demande globale est dépourvu de sens1.

La crise de 2008 nous semble constituer une illustration tout à fait justifiée de ce que l’on nomme la « théorie autrichienne du cycle économique », développée en particulier par Ludwig von Mises et Friedrich Hayek)2.

Selon cette théorie une crise peut être provoquée par la variabilité de la politique monétaire qui provoque des distorsions dans les structures productives. Ceci implique qu’il n’est pas possible de surmonter une crise de ce type en utilisant une politique monétaire ou une politique de demande globale ; il faut au contraire laisser les marchés faire les ajustements nécessaires pour supprimer les distorsions dans les structures productives.

Comme nous l’avons déjà dit, la crise actuelle est provoquée par une cause très différente de celle de 2008. Nous pouvons cependant faire des remarques similaires : la crise a une cause globale – en l’occurrence le découragement des activités productives du fait de la diffusion d’une maladie – mais les conséquences en sont spécifiques et il est incorrect – et même dangereux – de vouloir la surmonter par une politique monétaire expansionniste ou une politique d’augmentation de la demande globale, c’est-à-dire, en particulier, un déficit public.

En effet, puisque le problème actuel est un problème d’offre, résultant du fait que moins de personnes sont susceptibles de travailler comme salariées ou comme entrepreneurs, il est vain de penser qu’il est possible de le surmonter au moyen d’une politique économique d’augmentation de la demande globale ou d’une politique monétaire expansionniste.

De ce point de vue il est surprenant qu’un important plan de relance ait été décidé aux États-Unis – conformément au préjugé de type keynésien – puisque 2000 milliards de dollars vont être injectés dans l’économie.

Il est également surprenant qu’en Allemagne, un pays caractérisé par des excédents budgétaires au cours des années récentes, on décide un déficit budgétaire.

Les options françaises

En ce qui concerne la France, on doit reconnaître que le gouvernement n’a pas vraiment décidé – pour le moment tout au moins – une politique de croissance de la demande globale, mais qu’il a décidé une diminution des charges fiscales et sociales, comme cela est justifié. Dans la situation actuelle les décisions de politique économique ne consistent pas, purement et simplement, à augmenter les dépenses publiques.

En effet il a plutôt été décidé de diminuer les prélèvements d’impôts et de cotisations sociales afin d’aider les entreprises à maintenir leurs ressources en dépit des difficultés productives. Cette baisse est logique puisqu’une diminution de la production est nécessairement à l’origine d’une diminution de la valeur des prélèvements publics. Mais il en résulte un plus important déficit public.

Or, étant donné précisément que le problème est un problème d’offre et que le déficit public est incapable d’accroître la production globale, cela signifie que l’État doit prélever des ressources en empruntant des ressources d’épargne, ce qui diminue par conséquent les possibilités d’investissement privé.

Ainsi les individus et les entreprises disposent d’un peu plus de ressources du fait de la diminution des charges sociales et économiques, compensant ainsi un peu la diminution de leurs revenus. Mais par ailleurs l’État disposant de ressources plus faibles, il aurait été normal qu’il diminue ses dépenses d’un montant correspondant à la baisse des charges.

Étant donné que ce n’est pas le cas, il est obligé d’emprunter davantage, ce qui diminue l’épargne disponible pour financer les besoins de financement des entreprises dus aux difficultés actuelles.

Le gouvernement français a annoncé par ailleurs que l’État allait aider les entreprises en difficulté en investissant dans leurs fonds propres ou même en nationalisant certaines entreprises. Il est tout à fait surprenant que le président du Medef ait considéré comme souhaitable cette politique étatique concernant les fonds propres.

Il est certain que certaines entreprises vont se trouver en difficulté financière, par exemple parce qu’elles doivent produire moins du fait du confinement de leurs salariés, ou même éventuellement des entrepreneurs eux-mêmes, ou parce que la demande pour leurs produits diminue.

Mais on doit certes considérer que cette situation est provisoire et que les entreprises pourront retrouver leurs activités normales dès la fin du problème sanitaire. Pour subsister pendant cette période transitoire certaines d’entre elles doivent trouver un financement.

Normalement la solution consiste à emprunter des fonds que l’on remboursera après le retour à une situation normale. Bien entendu, cette possibilité dépend de la capacité des individus à se procurer de l’épargne. Or, le déficit public doit précisément être financé par l’épargne. Par conséquent si l’État achète des actions d’entreprises pour accroître leurs fonds propres, il diminue l’épargne disponible pour les emprunts éventuels des entreprises.

Autrement dit, cette soi-disant politique de soutien des entreprises par l’État correspond en fait simplement à une situation dans laquelle l’État joue un rôle d’intermédiaire dans le financement, ce qui n’a évidemment pas de justification. Par ailleurs il est regrettable qu’une partie des fonds propres de certaines entreprises – ou même la totalité en cas de nationalisation – soit possédée par une organisation dont les dirigeants sont irresponsables.

Certes on pourrait penser que l’augmentation du déficit public de l’État français, du fait de sa politique concernant les fonds propres, peut être financée par l’épargne étrangère. Mais ceci est actuellement illusoire puisque la plupart des pays se trouve dans la même situation que la France, de telle sorte qu’il n’y a probablement pas d’épargne disponible pour cette politique publique. Ceci constitue en tout cas un exemple du fait qu’il est vain d’attendre des conséquences positives d’une augmentation du déficit public.

Un choc sanitaire aux conséquences diverses sur la production

En résumé, nous avons actuellement un choc sanitaire avec des conséquences négatives et diversifiées sur la production. Il est vain de penser qu’une politique économique ou monétaire peut aider à surmonter les problèmes.

Il faut donc compter sur la capacité de chacun à s’adapter à cette situation provisoire en attendant le moment où l’on pourra retrouver les situations antérieures. Reconnaissons cependant que le confinement – qui constitue l’une des causes des difficultés économiques actuelles – est justifié pour atténuer le problème sanitaire.

En l’absence d’une politique obligatoire de ce point de vue, les Français auraient peut-être pris d’eux-mêmes la décision de se confiner. Mais dans la mesure où le résultat positif du confinement est d’autant plus important qu’il est respecté par un plus grand nombre de personnes, la politique de confinement obligatoire peut être considérée comme justifiée.

Le scepticisme à l’égard des capacités de la politique économique et de la politique monétaire à résoudre les problèmes conjoncturels ne concerne pas seulement la situation actuelle, mais il doit être considéré comme plus général. Par contre il est important d’essayer de résoudre les problèmes structurels de long terme.

Ainsi, pour accroître le taux de croissance économique et pour diminuer le taux de chômage, il convient d’atténuer ou de supprimer les mesures qui réduisent les incitations productives (incitations à entreprendre, à innover, à épargner, à investir, à travailler, etc.).

Cela signifie en particulier pour la France une diminution importante de la fiscalité et des règlementations. Peut-on espérer qu’il en soit ainsi après la récession actuelle ?

  1. Nous évoquons cette question dans un article du journal Le Monde du 28 mars 2020 et nous envisageons éventuellement la publication ultérieure d’une démonstration détaillée de la critique du concept de demande globale.
  2. On peut se reporter à ce sujet à notre ouvrage, Revenir au capitalisme… pour éviter les crises, éditions Odile Jacob, 2010
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