Données personnelles volées : les politiciens, arroseurs arrosés ?

facebook privacy by Stock Catalog(CC BY 2.0) — Stock Catalog, CC-BY

Avec l’affaire Griveaux, les politiciens se mettent à craindre pour leur vie privée… après avoir fait voter des lois qui permettent justement d’espionner celle de leurs administrés. Paradoxal.

Par Margot Arold.

« Faillite républicaine », « déballage délétère », « dégradation de notre vie publique », les politiques s’inquiètent aujourd’hui de l’atteinte à la vie privée qui pourrait avoir lieu… les concernant. Le fait que Benjamin Griveaux ait dû retirer sa candidature aux élections municipales pour diffusion d’une vidéo personnelle à caractère pornographique les fait –enfin !– s’interroger sur ce qu’il pourrait leur arriver à eux si par malheur quelqu’un s’en allait fouiller dans leur vie privée.

C’est une préoccupation qu’ils n’avaient pas avant : de lois de surveillance en récupérations des données des particuliers, l’État se permet, lui, de prendre les données personnelles des citoyens au nom de motifs plus ou moins valables.

Collecter les données de santé avec un petit problème lors de l’anonymisation ? C’est pour mieux faire des économies, mon enfant ! Écouter vos conversations téléphoniques ou piller vos mails ? C’est pour mieux lutter contre le terrorisme, mon enfant ! Utiliser contre vous vos publications sur les réseaux sociaux ? C’est pour mieux lutter contre la fraude fiscale, mon enfant !

Cette surveillance généralisée n’inquiétait jusqu’à présent que les défenseurs des libertés civiles. Et tout à coup, des données privées, qui ne concernent qu’un seul individu, et ont été sorties du domaine privé où elles auraient dû rester, suscitent l’indignation collective des politiciens ?

Pour une fois, dans ce domaine, ils sont nos égaux : ce qu’ils font sur les réseaux sociaux ou de leurs communications privées peut se retourner contre eux.

Il est ironique que ce soit ceux-là même qui minimisaient les risques des lois de surveillance, ou de collecte massive de données personnelles qui se mettent aujourd’hui à se méfier de ce qu’il peut advenir de ces informations.

Certains dénoncent une « américanisation de la vie publique ». En quoi est-ce « américain » de violer la vie privée ? On se trouve décidément les coupables qui arrangent, au Parti socialiste.

Espérons qu’il ne leur viendra pas à l’idée d’interdire encore plus, de verrouiller encore plus les communications sur les réseaux sociaux, avec le prétexte habituel de nous protéger : non seulement c’est inutile (ces interdictions de communiquer se contourneront toujours et c’est tant mieux). Mais c’est contre-productif : plus on tente d’empêcher l’accès à l’information, quelle qu’elle soit, plus on sert la mauvaise cause.

Au contraire il serait bénéfique qu’ils comprennent enfin que la vie privée doit être protégée au maximum. Qu’ils s’en souviennent lors du prochain vote qui concernera celle de leurs concitoyens…

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